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L’indépendantisme catalan a-t-il déjà gagné la partie ?

A titre personnel j’ai toujours cru à l’irréversibilité du processus souverainiste ou indépendantiste en Catalogne. D’une certaine manière le statut d’autonomie avancée, dont jouissent quelques régions espagnoles, ne peut qu’y conduire dans une situation culturelle, historique, économique particulière comme en Catalogne. L’accélération du processus qui se produit sous nos yeux depuis de 2006 et plus particulièrement depuis 2010 est la conséquence des fautes graves commises à l’égard du statut (estatut) de la catalogne par les gouvernements espagnols successifs de droite ou socialistes et de la lutte tant pacifique qu’obstinée des partisans unis pour l’Indépendance. Si aujourd’hui les velléités indépendantistes représentent peu ou prou la moitié des habitantes et des habitants des territoires gouvernés par la Generalitat de Catalunya, avant 2010 ce courant représentait à peine 15%.

Jeudi 7 septembre, au Castillet de Perpignan, l’Esquerra Republicana de Catalunya Nord (ERC) avait convoqué ce que l’on pourrait appeler une rencontre -débat- meeting avec comme thème « construir una nova Republica ». Aux côtés de deux autres orateurs, j’étais invité à prendre la parole pour donner un avis sur le sujet, précisant en préalable que c’était à titre strictement personnel. Les deux brillants personnalités qui avaient franchi les Albères pour l’occasion, n’étaient autre que Teresa Jordà et Jordi Marti, respectivement Députée et Sénateur catalans de l’ERC, élus aux parlements espagnols.

Avec talent, verve, conviction, ainsi qu’une langue et un vocabulaire qu’ils maitrisent à la perfection, les deux parlementaires catalans ont évoqué une situation vécue et connue par eux de l’intérieur. Devant un public attentif et curieux, ces personnalités engagées « par la gauche » dans le processus indépendantiste, ont expliqué, analysé et fait la genèse des évènements en cours. Ils ont défendu leur position et affirmé qu’au delà du résultat et même de la tenue ou pas du vote(1) du 1er octobre, l’indépendance avait déjà gagné.

En effet quelles que soit notre opinion sur le sujet, force est de constater que le gouvernement catalan, la majorité du parlement et la citoyenneté catalane (la ciutadania)(2) n’ont commis aucune erreur dans le processus conduisant à cette situation, quand le gouvernement espagnol les accumule toutes. Mariano Rajoy et son PP veulent arrêter brutalement le processus, mais n’amènent dans la négociation avec les autorités catalanes aucune contreproposition sérieuse et construite.

Le premier ministre espagnol, noyé sous les affaires de corruption ne dispose que d’une majorité très relative au parlement, cela ne l’empêche pas de menacer de suspendre de leur fonction, quitte à les faire arrêter par la Guardia Civil  (gendarmerie espagnole) tous les Maires de Catalogne, les Députés, les membres du gouvernement et quelques hauts fonctionnaires. Il promet de confisquer les urnes et vient de faire une imprimerie près de Tarragone, fouiller tous les véhicules et personnes qui en sortent pour « saisir » les bulletins de vote contenant la question qui sera posée au référendum.

Ce que fait aujord’hui l’état espagnol est une atteinte gravissime à la démocratie ! Où l’attitude de Rajoy peut-elle l’amener ? Si le réactionnaire poursuit sur cette voie le pire est à craindre ! Et en même temps, il finaliserait la victoire des indépendantistes et garderait son « statut » de meilleur allié de l’Indépendance.

En réalité quand en Catalogne, deux personnes sur trois en situation de voter sont d’accord avec le référendum, il faut laisser celui-ci aller à son terme, d’autant que c’est une véritable occasion de tourner définitivement la page du franquisme, de la monarchie constitutionnelle (mise en place par Franco) et de faire cheminer l’Espagne vers la 3ème Republica si désirée par les progressistes de toute l’Ibérie.

En attendant, le gouvernement et le parlement Catalan sont prêt. Jeudi 7 septembre avec l’aval de la majorité absolue (72 députés) et l’abstention des 12 écolos - communistes, la loi transitoire a été voté. Le parlement a décidé de la marche à suivre pour séparer la Catalogne de L’Espagne si le oui l’emporte le 1er octobre, avec notamment des élections pour choisir une constituante.

En quelques sortes les bases de la Republica catalana et comme un pied de nez au pouvoir madrilène, ils ont même décidé que l’Espagnol et l’occitan sous sa forme aranaise seraient, aux côtés du catalan, langues officielles de leur futur État.

Nicolas Garcia

(1) Par trois fois le premier ministre espagnol a affirmé jeudi 7 septembre que le référendum n'aurait pas lieu.
(2) Le contenu de ce mot en catalan est unique, la ciutadania (citoyenneté en Français) signifie en catalan l'ensemble des citoyens.

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