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Espagne. Mariano Rajoy sur une poudrière

Le chef du gouvernement a porté un coup fatal à la tenue du référendum d'autodétermination de sa région indépendantiste mercredi. Mais si la vox populi ne peut plus s’exprimer dans les urnes, où va-telle le faire ?

Arrestations à tous crin, saisie du matériel électoral, discours à la nation… en quelques jours, le chef du gouvernement espagnol a sans nul doute décapité le processus d’organisation du référendum d’autodétermination de la Catalogne. Mais alors que des milliers de manifestants sont redescendus dans les rues hier, l’issue de la crise reste aussi incertaine qu’inquiétante.

« Renoncez une fois pour toutes à cette escalade de radicalité et de désobéissance », a demandé dans la soirée de mercredi Mariano Rajoy, lors d’une allocution télévisée, contestant les arguments des séparatistes. « Voter est bien l’image exprimant le plus clairement… la démocratie . Mais pas pour violer la loi », a argué le dirigeant conservateur. Un discours aussitôt défendue par le Parti socialiste, pourtant premier parti d’opposition, comme par les centristes de Ciudadanos, plus habitué à lutter contre le séparatisme. Une unité politique à la force indéniable. Mais c’est sur le terrain que M. Rajoy a surtout marqué des points décisifs cette semaine. Non seulement, l’arrestation d’une douzaine de figures politiques pro-référendum a déstabilisé l’organisation de la consultation et a affiché la détermination du gouvernement. Mais la saisie d’une bonne partie du matériel électoral rend de surcroît la tenue du scrutin impossible. Ce référendum « n’est plus qu’une chimère », résumera Mariano Rajoy.

« Il n’y a pas de marche arrière possible »

Une chimère qui n’en demeure pas moins effrayante. Car la rue catalane n’a pas dit son dernier mot et nul ne sait comment elle va réagir au tour de vis madrilène. Hier, à l’appel de l’Association nationale catalane, une des principales associations indépendantistes, des milliers de Catalans sont une nouvelle fois descendus battre le pavé pour lancé une « mobilisation permanente ». « Si tout au long de l’histoire tout le monde avait respecté la légalité du moment, nous en serions encore à l’époque de Cro-Magnon », argumentait Martí Rodríguez, un sociologue de 30 ans interrogé par l’AFP. « Il n’y a pas de marche arrière possible », renchérissait un autre manifestant. Pis, au regard de plusieurs analystes, l’arc-boutage du gouvernement pourrait renforcer le sentiment catalan et fédérer le ressentiment envers Madrid. Le FC Barcelone, des universités publiques et le prestigieux festival de musique Primavera Sound ont ainsi condamné les opérations de police. Et dans le grand théâtre du Liceu, symbole de la bourgeoisie catalane, le public a entonné l’hymne régional après les arrestations.

D’autant que là aussi, le mouvement a reçu un soutien politique majeure. Les deux formations de gauche radicale -qui ont le vent en poupe depuis les dernières élections- Podemos et Izquierda unida, ont convoqué une manifestation à Madrid au nom de la « fraternité et la cohabitation » avec la Catalogne. Le Parti populaire (au pouvoir, ndlr) porte atteinte aux « droits civils des Catalans et de tous les Espagnols », accusera même Pablo Echenique, un des leaders de Podemos.

Au milieu de ce bras de fer, la majorité des Espagnols affichaient leur inquiétude ce jeudi, à l’instar d’une presse qui mettait en garde M. Rajoy. Cette « affirmation de l’autorité de l’État sans alternative politique », pourrait avoir des conséquences « catastrophiques » écrira Enric Juliana, éditorialiste du quotidien La Vanguardia.

Frédéric Dutilleul (La Marseillaise, le 22 septembre 2017)

La crise en 10 dates

Mars 2006. Le Parlement espagnol adopte un statut renforçant l’autonomie de la Catalogne, une « nation » à l’intérieur de l’État.

Juillet 2006. le Parti populaire alors dans l’opposition conteste le nouveau statut devant la Cour constitutionnelle.

Juin 2010. La cour annule une partie du statut et la référence à une « nation ». Elle rejette le catalan comme langue « préférentielle » dans les administrations et médias. Les Catalans dénoncent « une humiliation » dans la rue.

11 septembre 2012. Plus d’un million de personnes manifestent à Barcelone avec pour slogan « Catalogne, nouvel État d’Europe », alors que M. Rajoy dirige l’Espagne avec une politique d’austérité.

20 septembre 2012. M. Rajoy refuse de négocier avec le Président catalan Artur Mas une plus grande autonomie budgétaire. M. Mas remporte les élections régionales en promettant un référendum d’autodétermination.

9 novembre 2014. La Catalogne organise une consultation symbolique, déclarée anticonstitutionnelle. Le taux de participation est de 35% et 80% des votants se prononcent pour l’indépendance.

27 septembre 2015. L’ensemble des partis indépendantistes obtiennent 47,6% des voix et deviennent pour la première fois majoritaires en sièges au Parlement régional.

9 novembre 2015. Le Parlement catalan lance un processus devant aboutir à la création d’un « État indépendant prenant la forme d’une République » au plus tard en 2017. La justice l’annulera.

10 janvier 2016. Un séparatiste de longue date, Carles Puigdemont, devient Président de la région.
Juin 2017. M. Puigdemont annonce la tenue d’un référendum d’autodétermination le 1er octobre en dépit de son interdiction. En cas de victoire du « oui », et si le taux de participation n’est pas « ridicule », la région amorcera la « déconnexion » d’avec l’Espagne. Madrid assure que le référendum ne se tiendra pas.

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