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Logement : « des réponses à courtes vues »

Marianne Louis. Financement, vente, abattement iscal... la secrétaire générale de l’Union sociale de l’habitat décrypte la loi Logement du gouvernement.

La stratégie du gouvernement en matière de logement présentée mercredi est très inquiétante pour le logement social qui se verrait plus que fragilisé par de nombreuses mesures. Le secteur HLM qui est en congrès de mardi à jeudi prochain est sur le qui-vive. Entretien avec Marianne Louis, Secrétaire générale de l’Union sociale de l’Habitat qui rassemble les bailleurs.

La Marseillaise. Qu’impliquerait la baisse des loyers pour compenser la baisse de l’APL ?

Marianne Louis. Le secteur qui loge 11 millions de personnes en France dégage un solde d’exploitation de 2,2 milliards d’euros par an dont on se sert pour financer la rénovation et la construction. Les sommes perdues via les pertes non programmées des loyers ne pourront pas être prélevées sur les autres postes qui servent à rembourser nos emprunts et au paiement des taxes foncières. Il y a certes aussi la gestion puisque nous avons 80.000 salariés essentiellement composés de gardiens d’immeuble et d’agents de terrain. Rogner ici reviendrait à réduire la présence humaine dans les quartiers.

La Marseillaise. Qu’en est-il de la proposition de compenser cela par un allongement des prêts ?

Marianne Louis. Cela peut certes faire baisser une mensualité mais augmente le coût global du prêt donc à long terme cela dégrade notre économie. Il propose aussi de geler le taux du livret A sur lequel sont indexés nos taux d’intérêt. Ce taux du livret A aurait du augmenter donc on nous fait passer cela pour un gain, ce qui est déjà délirant, mais de plus, on nous propose ce gel pour deux ans. Ce sont des réponses à courtes vues, imaginées sur un coin de table par des technocrates qui n’ont aucune connaissance du dossier. Ils n’ont pas pris la mesure du sujet. Notre dette est de 140 milliards. A titre de comparaison, celle de la Grèce qui a mobilisé de nombreuses personnes -et ce sans commentaire sur les réponses apportées- était de 200 milliards.

La Marseillaise. Qu’en est-il des ventes qu’on veut vous imposer à hauteur de 40.000 par an ?

Marianne Louis. Un chiffre théorique qui correspond à 1% du patrimoine. Dans la réalité, un quart de notre patrimoine est en quartier prioritaire où, sans même parler de l’attractivité des logements, l’achat ne fait ni partie des priorités ni des possibilités des locataires et où notre souhait est plus de poursuivre une réhabilitation lourde que de concourir à créer de futures copropriétés dégradées. Toute une partie du parc en ensuite en zone détendue où quand les locataires ont les moyens d’acheter, ils préfèrent s’orienter vers de l’accession sociale dans du neuf et souvent dans la maison individuelle. La dernière partie est donc celle qui pourrait être vendue mais c’est aussi celle où l’on a le plus de demandes locatives. Donc quand on vend, c’est vraiment pour redévelopper l’offre. Pas pour faire baisser les loyers.

La Marseillaise. Quid de l’abattement fiscal de 100% en cas de vente de terrain pour faire du social ?

Marianne Louis. Il existait déjà depuis la loi de finances de 2014 et a été prolongé jusqu’en décembre 2018, sans effet réellement notable. En revanche, il n’y avait pas de proposition similaire pour le logement libre comme l’annonce le gouvernement avec un abattement de 70%.

La Marseillaise. N’a-t-on pas le sentiment que le gouvernement veut cantonner le HLM au logement des plus pauvres dans les quartiers défavorisés ?

Marianne Louis. C’est effectivement le sentiment que cela donne même si ce n’est pas assumé ainsi. Mais les réactions des associations de locataires ou de solidarité montrent qu’elles ne sont pas dupes. Il n’y a pas qu’une opposition « techno » des HLM à ce plan mais une réaction globale. Les gens sentent bien venir le danger.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 23 septembre 2017)

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