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Catalogne. Rajoy conspué par l’opinion mais adoubé par l’Europe

Gouvernement espagnol et indépendantistes sont sommés de trouver une solution politique par la communauté internationale. Peu de messages clairs en revanche sur les violences et l’attitude de M. Rajoy.

Dans le bras de fer qui oppose les indépendantistes au gouvernement central de Madrid, les premiers ont indéniablement gagné une première manche. Celle de la communication. Si Mariano Rajoy a affirmé dès dimanche soir que « le référendum n’a pas eu lieu », tout le monde a pu constater que si, des bureaux de vote étaient bien ouverts et qu’il y a eu malgré l’interdiction un important mouvement populaire.

Mais surtout, le monde a été choqué par la violence des réactions policières, qualifiée « d’illégitimes » par de nombreux médias européens. Si bien que dès dimanche soir, le Président de la Catalogne Carles Puigdemont a crié victoire, affirmant dans une allocution télévisée que les habitants de sa région avaient gagné « le droit d’avoir un État indépendant qui prenne la forme d’une République ».

Il a d’abord affirmé qu’il « transmettra dans les prochains jours les résultats du scrutin au Parlement catalan, afin qu’il puisse agir conformément à la loi référendaire » - loi approuvée sans débat le 7 septembre au Parlement régional par une majorité simple et suspendue par le Tribunal constitutionnel, imposant que la sécession doit être proclamée dans les 48 heures suivant la publication des résultats, si le oui l’emporte. Puis Carles Puigdemont a appelé hier à une médiation internationale. « Il nous faut la présence d’un tiers, elle doit être internationale pour être efficace » a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Souhaitant l’instauration d’un « climat plus détendu », il a exigé « le retrait de toutes les forces policières » déployées en Catalogne.

La Commission européenne qui s’était retranchée jusque là derrière le « respect de l’ordre juridique et constitutionnel espagnol » n’est sortie de son silence qu’hier en milieu de journée. Si le porte-parole de l’exécutif européen Margaritis Schinas a mollement souligné que « la violence ne peut jamais être un instrument en politique », il s’est refusé à répondre à la question de savoir si la Commission condamnait, spécifiquement les violences policières qui ont fait de nombreux blessés. Il s’est borné à presser « tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue ». Prévenant que toute indépendance de la région conduirait ipso facto à une sortie de l’Europe, il a écarté toute éventualité de médiation. Surtout, ce porte-parole de l’exécutif européen a affirmé « faire confiance au leadership de Mariano Rajoy ».

Même son de cloche du côté d’Emmanuel Macron. L’Elysée a fait savoir que le Président français avait déclaré son « attachement à l’unité constitutionnelle de l’Espagne » et réaffirmé n’avoir « qu’un seul interlocuteur en la personne de M. Rajoy »… Sans un mot en revanche sur les violences policières. A Berlin, le Ministre des Affaires étrangères allemand Sigmar Gabriel s’est aussi cantonné à souhaiter des « discussions entre les deux parties afin de trouver une solution politique viable ».

L’ONU s’est en revanche montré plus ferme par la voix du Haut Commissaire aux droits de l’Homme Zeid Ra’ad Al Hussein. Ce dernier s’est hier dit « très perturbé par la violence dimanche en Catalogne » et a exhorté « les autorités espagnoles à garantir des enquêtes complètes, indépendantes et impartiales sur tous les actes de violence ». Ce n’est qu’en fin d’après-midi que Donald Tusk, Président du Conseil européen, a fini par demander à Mariano Rajoy d’« éviter » un nouvel « usage de la force » via… un tweet.

Nouvelles manifestations

A Madrid, le gouvernement conspué dans les médias européens mais adoubé par la commission européenne, est remonté fermement au créneau hier. Le Ministre espagnol de la Justice, Rafael Catala, a ainsi assuré « si quelqu’un prétend déclarer l’indépendance d’une partie du territoire par rapport à l’Espagne (...), il faudra faire tout ce que permet la loi pour que ce ne soit pas ainsi ». Parmi les possibilités figurent les sanctions judiciaires, l’exécutif catalan étant déjà visé par une enquête pénale pour « désobéissance, prévarication et détournement de fonds publics » en lien avec l’organisation du référendum, et sachant que dès le 25 septembre, le procureur général espagnol avait suggéré que l’arrestation de Carles Puigdemont était une possibilité.

Certains ont aussi appelé à l’utilisation par Madrid de l’article 155 de la Constitution qui permet au gouvernement central de prendre la direction d’une communauté autonome en cas de non-respect de la Constitution ou d’atteinte grave à l’intérêt général.

La journée d’hier en Catalogne a été également marquée par de nouvelles manifestations de militants indépendantistes, dénonçant les violences et criant « démocratie ! ». « Voter n’est pas illégal ! », lisait-on sur la pancarte d’un manifestant à Barcelone où, à la mi-journée, des milliers de personnes ont chanté et dansé sur la grande place de Catalunya.

Angélique Schaller  (La Marseillaise, le 3 octobre 2017)

En bref

Presse déchirée. La presse espagnole était hier déchirée entre la Vanguardia, catalane, qui craint une détérioration de la situation, un El mundo qui voit le référendum comme un « coup d’État », un ABC qui pointe un « référendum raté », La razon qui défend la guardia civile et El Pais qui, hostile à l’indépendance, est aussi très critique sur la gestion de la situation par Mariano Rajoy.

ONU. « Je suis très perturbé par la violence dimanche en Catalogne » a affirmé hier depuis Genève le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Zeid Ra’ad Al Hussein. « J’exhorte les autorités espagnoles à garantir des enquêtes complètes, indépendantes et impartiales sur tous les actes de violence ».

Soutien pratique des Catalans de France. « Plusieurs millions de bulletins » pour le référendum interdit de dimanche ont été imprimés dans les Pyrénées-Orientales, a affirmé à l’AFP le coordinateur du parti nationaliste catalan français « Oui au Pays Catalan » Jordi Vera. « Il fallait aider les Catalans du Sud à voter, à s’exprimer » a-t-il ajouté avant de dénoncer « la violence physique exercée par la Guardia civil ». Créé en octobre 2016, le parti a appelé à un rassemblement « pour la démocratie » hier à 18h30 devant le consulat d’Espagne à Perpignan afin de « réprouver la répression antidémocratique de l’État espagnol ». Le nouveau parti n’a pas de visée indépendantiste, contrairement à ses homologues espagnols, mais revendique un statut spécial pour la Catalogne, proche de ce qui existe pour les territoires français d’Outre-mer.

La Marseillaise, le 3 octobre 2017

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