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Espagne. « Il faut une nouvelle constitution sociale, participative »

José-Luis Centella, Secrétaire général du Parti Communiste d’Espagne. Pour le dirigeant communiste, il n’y aura pas d’issue à la crise actuelle sans des réponses positives aux urgences sociales et au droit à l’auto-détermination, comme le réclame une majorité de catalans.

L’Humanité. Comment réagissez-vous à la déclaration unilatérale d’indépendance (DUI) de la Catalogne et l’application immédiate de l’article 155, mettant de facto sous tutelle la région ?

José-Luis Centella. Nous vivons un véritable choc entre la DUI et un gouvernement central du Parti populaire (PP, droite réactionnaire) qui a été incapable d’ouvrir un dialogue pour trouver un accord. Un sondage indique que 80% des Catalans souhaitent pouvoir décider de leur sort. La Constitution de 1978 a joué un rôle important au moment de la sortie du franquisme mais elle est désormais incapable de répondre au désir d’une partie importante de la population catalane. Il faut un nouveau cadre constitutionnel. Mais la droite espagnole nie les aspiration du peuple catalan. Nous vivons actuellement une situation préoccupante qui peut dégénérer en une confrontation entre Espagnols et Catalans. On le sait, les affrontements entre nationalismes pénalisent toujours la classe ouvrière. Le nationalisme catalan et le nationalisme « espagnoliste » s’auto-alimentent. En son cœur, on retrouve une bourgeoisie hégémonique.

L’Humanité. Ces affrontement entre nationalismes n’est-il pas lié à la crise sociale et économique que connait l’Espagne ?

José-Luis Centella. Oui. La Catalogne, l’Espagne et l’Europe vivent une grave crise sociale. Mais la bourgeoisie catalane, faute d’apporter des réponses à là crise, a fait grandir l’idée que l’Espagne les volerait. Ce genre de discours n’est ni récent, ni isolé. D’autres régions en Europe, comme en Italie, considèrent que leur État les pénalisent.

L’Humanité. Considérez-vous que les élections du 21 décembre pourraient résoudre la crise ?

José-Luis Centella. Encore faut-il savoir ce qu’il va se passer d’ici là. Tout peut arriver. Les élections ne seront pas une solution au problème mais elles peuvent être un instrument pour que les Catalans puissent se manifester librement afin de décider de la future majorité au Parlement. Les solutions pour résoudre la crise en Catalogne existent. Elles sont d’ordre social et territorial. Comme dans le reste de l’Europe, il faut résoudre le problème du chômage, des expulsions locatives de la santé publique. L’autre dimension est de permettre au peuple catalan d’exercer sont droit de décider afin qu’il choisisse s’il veut vivre dans une république indépendante ou dans l’État espagnol. Si l’on ne laisse pas le droit de décider aux Catalans, le problème ne sera pas résolu.

L’Humanité. Comment articuler une réponse qui soit à la fois sociale et territoriale ?

José-Luis Centella. Le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC, Parti communiste de Catalogne) avance une proposition à la fois nationale et de classe. Elle vise à restituer les droits perdus ces dernières années en raison de la crise économique dans les domaines de la santé, l’éducation, le logement, l’emploi. Cela passe par un changement de gouvernement pour élire un exécutif de gauche qui porte réellement ces questions contrairement à celui qui était en fonction. L’autre dimension de nature national, est que la Catalogne est un peuple, une nation et que cette dernière doit être reconnue comme telle. Nous considérons que la meilleur réponse à apporter est la construction d’une République fédérale où la Catalogne, le Pays basque, la Galice, l’Andalousie… auraient reconnaissance de leur propre identité. Cela doit être décidé par las Catalans, les Basques, les Andalous, les Galiciens… Les communistes ont défendu tout au long de leur histoire le droit à l’auto-détermination. Nous sommes face à ce moment historique. J’espère à ce titre que Catalogne en commun, le mouvement où se retrouve Izquierda Unida (IU), Podemos et d’autres partis comme celui qui gouverne la ville de Barcelone, avec la Maire Ada Colau, aura une marge électorale positive pour que puisse exister un gouvernement de gauche. C’est vrai à l’échelle de l’État.

L’Humanité. Izquierda Unida parle de « processus constituant pour élaborer une constitution fédérale, démocratique, rupturiste, participative ».

José-Luis Centella. La nouvelle constitution viserait à garantir les droits fondamentaux qui ne le sont pas actuellement en Espagne. Elle devrait également assurer le droit à l’auto-détermination. Ce processus constituant concerne l’Espagne mais aussi l’Europe. La gauche européenne doit être à l’offensive face à l’extrême droite, qui gagne du terrain. Nous devons défendre l’Europe de l’éthique et du progrès. Car, et c’est un aspect très important, la droite agite les drapeaux nationaux car ils permettent d’occulter la question sociale et les graves problèmes de corruption. Le PP a été inculpé pour avoir favorisé des entreprises en échange de financements. Cela n’a fait l’objet qu’une demi-colonne dans la presse, contre 7 pages sur la crise catalane. C’est vrai également pour la Catalogne. Plusieurs membres de la formation de l’ancien président de la région, Jordi Pujol, se trouvent en prison pour corruption. Il s’agit de l’ancien parti d’une frange des indépendantistes.

L’Humanité. Et dans l’immédiat ?

José-Luis Centella. Il faut que le gouvernent suspende son intervention et l’exécutif catalan doit faire de même avec la DUI. Ensemble, ils doivent dialoguer et le futur gouvernement issu des urnes se devra de résoudre la crise.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos (L’Humanité, le 30 octobre 2017)

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