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Un silence complice des autorités européennes

La crise espagnole qui s’aiguise n’arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. On en parle certes abondamment mais en agitant le chiffon des apparences. Par contre, c’est bouches cousues s’agissant des scandales à Madrid comme à la Généralitat de Catalogne, de la violence des politiques d’austérité sur ordre de la Commission de Bruxelles engendrant souffrances, chômage de masse et précarité du travail ! Silence aussi sur la crise de représentation parlementaire à tel point que le gouvernement Rajoy n’existe que grâce à la bienveillance du Parti Socialiste espagnol : crise démocratique et institutionnelle liée au refus de faire évoluer la Constitution de 1978 qui devait servir de transition entre le franquisme et un système plus démocratique. Faute d’une telle évolution la loi fondamentale espagnole ne correspond plus aux demandes de la société. La décision de M. Rajoy il y a des années de réduire l’autonomie de la Catalogne a encore aggravé les multiples fractures qui la secoue. L’application sans discernement des choix austéritaires commandés depuis Bruxelles après la crise de 2008, comme en Italie, au Portugal ou en Grèce, le refus d’entendre le « mouvement des Indignés » qui s’est ensuivi et l’absence de vision d’un pouvoir espagnol d’une grande fragilité n’ont fait que renforcer un mouvement indépendantiste sous l’égide de forces conservatrices.

Or ce dernier ne pose à aucun moment la question de l’émancipation sociale et démocratique. Bien au contraire, en Catalogne comme ailleurs, tout ce passe comme si ces mouvements voulaient prouver à la Commission européenne qu’ils seraient encore plus dociles que leurs « États-nations ». Pourtant, jusque là, avec leurs multiples défauts on n’a pas, depuis les périodes révolutionnaires en Europe, trouvé meilleur système d’organisation que celui des États-nations. Il convient certes de les transformer pour une autre mondialisation en fixant pour ambition de servir le bien-être humain et le respect des équilibres écologiques. Bien que très imparfaitement, ces États souverains permettent, dans le conflit de classe, que s’expriment les rapports de forces, l’expression populaire et une certaine répartition des richesses. Tout ne revêtent pas la même forme. Ainsi, l’Espagne, mais aussi l’Allemagne ont choisi d’être beaucoup plus décentralisées que la France. Mais les uns et les autres restent des obstacles à la recherche planétaire de profit d’un capitalisme de plus en plus financiarisé. C’est à cette obstacle que ce sont attaquées les oligarchies avec les traités de Maastricht et l’Acte unique européen. Pour mieux endiguer la montée de résistances nationales, l’idée d’une « Europe des régions »  comme celle de « l’Europe fédérale », voire les deux à la fois, pourrait très bien faire l’affaire d’une oligarchie transnationale qui n’entend pas que les luttes sociales et politiques viennent perturber son festin ! Dans les actuelles controverses tout est fait pour camoufler la lutte entre les classes dominantes et l’immense majorité de celles et ceux qui ont intérêt au progrès social, démocratique et écologique : ici, elles prennent la forme de luttes religieuses, là de luttes entre régions et ailleurs de luttes en nationalismes.

Heureusement, d’autre voix se font entendre en Espagne, comme celle d’Ada Colau Ballano, l’admirable Maire de Barcelone, de la Gauche unie et de Podemos. La sortie de ces impasses passe par la possibilité pour les Catalans de se prononcer. Que n’a-t-on pas commencé par cela ? Ces élections sont enfin décidées mais assorties de la destitution et de l’emprisonnement des dirigeants catalans régulièrement élus. Le silence des institutions européennes les rend complices. que n’aurait-t-on pas entendu de leur part si un tel déni démocratique avait eu lieu en Russie, en Chine ou au Venezuela ! Où sont les belles proclamations sur l’État de droit ? Vouloir résoudre un tel différend en jetant les élus catalans en prison, en supprimant l’autonomie de la Catalogne et en la plaçant sous tutelle du pouvoir central, en bâillonnant la presse et en destituant des Maires, constituent d’intolérables actes de répression politique, idéologique et culturelle contraire aux valeurs d’une démocratie moderne et à celle dont l’union européenne se réclame. Il est inadmissible de traiter M. Puigdemont et ses amis, dont je ne partage pas les idées politiques et les desseins, comme des criminels ou des terroristes. Ils ne peuvent mériter des sentences aussi grotesques et aussi excessives d’une parodie de justice dans un pays si proche, qui siège au Conseil européen. Ces décisions de la droite espagnole, chaleureusement applaudies par le PSOE, ne sont pas un coup contre l’indépendance de la Catalogne mais bien contre la démocratie espagnole et l’idée de la démocratie en Europe, plongée dans un trou noir. Qu’on ne s’étonne pas ensuite de la montée des extrêmes droites.

Les forces progressistes espagnoles et catalanes appellent les citoyens de la Généralitat de décider de leur avenir dans le cadre d’une nouvelle Constitution porteuse d’une République fédérale et solidaire garantissant réellement tous les droits humains. Elles peuvent compter sur notre solidarité.

Patrick Le Hyaric (L’Humanité Dimanche, le 9 novembre 2017)

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