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Salaires ouvriers, prix agricoles et… profits

François et Alain sont agriculteurs en Normandie, Didier a son exploitation dans le Lot-et-Garonne. Tous trois triment à en être découragés. Pourtant, ils n’ont pas ménagé leur peine pour répondre aux demandes des pouvoirs publics, persuadés qu’un avenir meilleur était possible et heureux d’être utiles à la société. Depuis, la banque les talonne.

Ils n’ont pas été invités aux États Généraux de l’agriculture et de l’alimentation. Ils avaient pourtant bien des choses à dire. Le prix de leur blé pour faire du pain a diminué cette année de 5%, tandis que leur voisin, retraité dans le village, paie sa baguette toujours plus cher. Le prix du lait produit par Alain, après avoir diminué toutes ces dernières années, s’est stabilisé à la baisse. Les remboursements d’emprunts qu’il a été contraint de contracter pour la mise aux normes de ses bâtiments d’élevage, eux, tombent avec une régularité de métronome.

Dans l’usine à gâteaux de la localité toute proche, le prix du beurre flambe et celui des biscuits, tartes et quatre-quarts avec. Ses cousins en ville lui répètent qu’ils ont du mal à acheter des gâteaux et de la viande, et que le lait dans la supérette ne cesse d’augmenter. Didier, lui, a vendu ses tomates et ses abricots en moyenne 35 et 22% moins cher que l’an passé.

Son frère, qui travaille dans une usine de Saint-Denis, lui dit qu’il doit sans cesse priver ses enfants de fruits et légumes. Tous ont entendu parler à la télévision de ces fameux « États Généraux » et vu les larmes de crocodiles du Président de la République et de ses porte-voix sur le sort des paysans. Pensez-donc, un tiers d’entre eux ne gagne que 350 euros par mois ! Ils ont beau tourner dans tous les sens une idée « géniale » assénée comme une évidence, ils ne la comprennent pas. C’est qu’ils se mettent à la place de la retraitée veuve qui touche 850 euros par mois, du smicard aux fins de mois qui commencent le 15, du couple de cadres qui ne sait plus comment payer le loyer. Tous, pour être modernes, sont priés d’accepter une augmentation des prix agricoles à la consommation… pour améliorer le sort des paysans. Le « Téléthon agricole » en quelque sorte. À votre bon cœur, Messieurs-dames ! Une nouvelle déclinaison d’une stratégie qui veut que les plus modestes viennent en aide aux plus pauvres pendant que les riches s’enrichissent davantage. Scandaleux ! Oui, macronien ! Il y a une corrélation entre la misère qui s’étale toujours plus dans les fermes et le maigre pouvoir d’achat des travailleurs des villes qui sont aussi des consommateurs. L’opération d’enfumage relayée par le petit monde qui tend micros et caméras vise à la masquer. Au nom de la salubrité publique, elle doit être stoppée immédiatement.

Sur un euro de produit alimentaire, seulement six centimes reviennent dans la caisse du paysan. Et ceci est organisé sciemment. Pour ne pas avoir à augmenter les salaires ouvriers, a été mis en place un système visant à abaisser relativement le prix de l’alimentation, comparé aux autres dépenses incompressibles des ménages. Il s’agit de drainer les plus-values vers les secteurs manufacturiers, bancaires, de l’industrie et de la grande distribution, ce dernier se livrant toutes ces dernières années une féroce guerre dont les paysans et les salariés ont été les fantassins. Et ceci continue. Pendant que les paysans triment, le tiers-état pousse des caddies de plus en plus chers et la haute-noblesse, composée de huit grandes familles, possède les hyper-marchés qui reçoivent le cash. Toutes sont archi-milliardaires grâce aux ponctions opérées sur les agriculteurs comme sur les consommateurs, telles la dime des fermiers-généraux de l’ancien régime. Ce sont elles qui vont maintenant bénéficier de nouvelles réductions d’impôt sur les entreprises et de la suppression de l’impôt sur la fortune.

De cela, le président de la République n’a dit mot dans son entretien sur TF1 ! S’il n’en parle pas, c’est qu’il était, dès l’origine, associé à la rédaction des préconisations formulées il y a neuf ans dans le rapport dit « Attali » duquel est inspirée la loi sarkozyste de « modernisation de l’économie ». Si chaque semaine, le service médiatique public, qui en a les moyens, opérait une décomposition des prix entre tous les acteurs de la chaine agricole et alimentaire, on constaterait une nouvelle fois que les seuls gagnants sont l’aristocratie du linéaire. Chiche ?

Augmenter les prix à la consommation sans agir pour l’amélioration du pouvoir d’achat est un marché de dupe pour les salariés comme pour les agriculteurs. Une ritournelle idéologique, parfaitement adaptée à la diminution des APL, l’augmentation de la CSG, aux prélèvements supplémentaires sur les catégories moyennes. Alors que ce sont les marges des centrales d’achat, des groupes d’hyper-marché et la question du niveau des salaires et des retraites qui devraient animer le débat public. On pourrait utilement y ajouter ce projet tombé de Bruxelles faisant croire que c’est en s’organisant par filière que les paysans vont faire remonter leurs prix. En vérité, la Commission européenne considère que la concentration des centrales d’achat n’est pas un problème. Par contre, elle condamne ce qu’elle appelle « les ententes », c’est-à-dire les organisations de producteurs, comme on l’a vu dans le secteur de l’endive et du lait. Pourquoi M. Macron ne le dit pas ? Enfin, il ne peut y avoir de prix tenant compte des coûts de production lorsque, au nom de la concurrence libre, on laisse faire les importations de fruits, de légumes et de viande comme l’écrit noir sur blanc l’accord avec les pays du Mercosur et le traité de libre échanges avec le Canada.

Prétendu grand réformateur devant l’éternel, il est également très silencieux sur la nécessité de sortir de l’actuelle politique agricole commune pour en rebâtir une nouvelle visant à instaurer des prix minimum intra-communautaires, rémunérateurs du travail paysan, avec les investissements nécessaires pour aider à une transition des modèles agricoles. Hérités des années soixante, ils appellent une nouvelle manière de produire et de travailler au bénéfice du paysan, de l’emploi, de la vie des territoires, de l’environnement et de l’amélioration de la biodiversité. La qualité alimentaire et la santé de tous en dépendent.

En vérité ce sont toutes ces fonctions d’intérêt public que devrait inclure un juste prix à la production. Ceci est incompatible avec la recherche du profit et du gavage de voraces actionnaires et de fonds financiers qui ont massivement investi dans l’industrie de la distribution sans que la vie des caissières de supermarché ne s’améliore. De meilleurs salaires et de meilleures retraites, des prix agricoles tenant compte des hautes missions publiques des paysans-travailleurs, des profits et des plus-values partagés dans toute la chaine alimentaire, autant de questions sur lesquelles les « États Généraux » de l’agriculture et de l’alimentation feront l’impasse ! Nos concitoyens, eux, auraient grand intérêt à se les poser et à les mettre en avant.

Patrick Le Hyaric (HD, le 19 octobre 2017)

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