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De la Catalogne, l’Europe en question

Aucun différend politique ne se peut se régler par la force. En agissant comme il l’a fait contre des citoyens armés d’un simple bulletin de vote, le gouvernement espagnol a montré son incapacité à résoudre la crise majeure qui ébranle le pays et dont il porte une grande part de la responsabilité. Pour autant, les conditions même du scrutin et la déclaration d’indépendance unilatérale en dehors de tout cadre institutionnel, ne permettent pas de dire si la volonté du peuple catalan est ou non de faire sécession de l’Espagne.

Si la grande majorité s’accorde sur le bien-fondé d’une consultation démocratique et légale des Catalans, sur le rejet des violences de l’État, et se rejoint sur les besoins d’une plus large autonomie, les sensibilités qui s’expriment dans la société sont noyées par la stratégie jusqu’au-boutiste de la droite et d’un nationalisme qui n’est au fond que le miroir de celui qui est agité par les forces réactionnaires espagnoles.

Cette poussée indépendantiste est un révélateur de multiples crises qui travaillent les sociétés européennes. Elle s’est exacerbée dans le contexte économique et social d’une Espagne frappée de plein fouet par la crise de 2008, avec ses millions de jeunes chômeurs, ses milliers d’exilés économiques, sa corruption purulente, l’accroissement des inégalités sociales et régionales, le mouvement des places qui a abouti à la naissance du mouvement Podemos.

La débâcle économique et sociale des dernières années est bien un accélérateur de problèmes préexistants. La poussée d’un indépendantisme exacerbé comme le regain nationaliste dans la péninsule ibérique contribuent à détourner les regards des véritables causes des crises. Ainsi au lieu d’un combat pour une autre répartition de richesses issues du travail et de la pression sur les salaires dans le cadre d’une Union européenne de la concurrence, le débat est détourné sur la responsabilité d’un gouvernement central à propos des péréquations régionales dans un cadre d’austérité.

La crise du capitalisme financier mondialisé a profondément ébranlé les États-Nations, leurs systèmes sociaux et leurs fonctionnements démocratiques. Contraints de se plier aux injonctions néolibérales des instances supranationales, poussés à l’endettement perpétuel pour éponger la gabegie financière de la spéculation et permettre à la rente d’exister, sacrifiant les droits sociaux et démocratiques, ils font face à la méfiance croissante des peuples qu’ils sont censés protéger et représenter.

Dès lors se réarment nationalismes, séparatismes et populismes. N’a-t-on pas prévu en Italie dans des deux plus riches régions du pays, la Lombardie et la Vénétie, un référendum consultatif sur l’indépendance le 22 octobre prochain, comme pour signifier la volonté de se délester des habitants du sud de la botte, jugés inférieurs et handicapants ? Qui peut aujourd’hui dire où s’arrêtera cette course à la division en Europe, semeuse de tensions potentiellement dévastatrices ?

L’actuelle conception a-démocratique de l’Union européenne portée par le traité de Maastricht et confortée par celui de Lisbonne favorise ces situations. Ceux qui dirigent le mouvement pour la sécession poussent à une intégration totale des régions aux politiques européennes. Amputés des puissantes prérogatives des États-Nations, ces régions feraient rapidement montre de leur faiblesse face aux puissances industrielles et financières transnationales mais aussi face à un Etat-Nation dominant comme c’est déjà le cas en Europe centrale et orientale. Assises sur des conceptions ethniques et inégalitaires, elles s’accommoderaient parfaitement des thèses néolibérales, voire de l’extrême-droite comme on peut l’observer dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Avec un tel schéma, on est loin d’une souveraineté économique et politique de la Catalogne. Sa population souffrirait au contraire toujours plus, aux côtés de tous les espagnols et des européens, des contradictions du capitalisme.

C’est donc l’idée même d’une Europe solidaire, de coopération et de développement égalitaire qui est en question. Elle ne peut se réaliser contre les aspirations démocratiques des peuples qui la composent, en tenant compte des histoires singulières de chacun des pays, qui ne sont jamais symétriques.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reste un principe intangible bien qu’il ait été défini dans un contexte particulier de décolonisation. Dans la situation catalane, il serait l’objet de multiples controverses juridiques. En tous cas, il n’épuise pas le combat pour l’égalité démocratique, la justice sociale et environnementale. C’est à cette aune que nous restons persuadés qu’aujourd’hui, seule une union des nations et des peuples souverains et associés peut permettre d’ouvrir une brèche émancipatrice pour notre continent et l’ensemble de ses peuples et de sortir par le haut des tensions qui montent à l’intérieur même des États.

En Espagne, les forces de la gauche de transformation comme Izquierda Unida proposent d’ouvrir la voie à un processus constituant vers la République. Dans l’immédiat, tout doit être fait, en Espagne, dans les capitales européennes et à Bruxelles pour favoriser rapidement le retour à un climat propice à la reprise de discussions politiques qui prennent en compte les aspirations partagées par l’immense majorité des Catalans.

Patrick Le Hyaric (HD, le 12 octobre 2017)

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