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3 questions à Michel Vovelle, historien

Michel Vovelle est Professeur émérite de l’université de Paris-Sorbonne, historien de renom spécialisé dans la Révolution française de 1789, mondialement reconnu pour ses travaux sur le sujet.

La Marseillaise. Existe-t-il encore une place aujourd’hui pour les révolutions ?

Michel Vovelle. Certains le disent. Reste à savoir s’il ne s’agit pas là d’effets de rhétorique ou de verbalisme. Mélenchon, lorsqu’il mobilise quelques centaines de manifestants pour aller prendre la Bastille cède à une certaine facilité mais la question reste de savoir si une révolution véritable, au sens de rupture violente est possible. L’expérience des révolutions arabes nous montre comment les mouvements révolutionnaires n’ont pas réussi à triompher et ont été repris en main, étouffés et mis en échec. Il y a des références suggestives en Europe avec les Indignés mais actuellement, ils ne débouchent pas sur le but ultime de la révolution : la prise du pouvoir.

La Marseillaise. Pourtant, les inégalités n’ont jamais été aussi prégnantes…

Michel Vovelle. Certes, mais comment naissent les révolutions ? De la misère ou de la prospérité ? La révolution française a-t-elle éclaté à cause des inégalités ou bien de la mise en place du pouvoir de la bourgeoisie ? Car il n’y a pas d’effet mécanique entre misère et révolution. Il demeure toujours une étape intermédiaire fondamentale entre la colère générée par la misère et la révolution : celle où les opprimés trouvent des structures d’organisation, des théories sur lesquelles s’appuyer pour faire entendre leur voix. C’est un objectif, une responsabilité et comme l’a écrit Stéphane Hessel peu avant sa disparition, « À vous de jouer ». Et bien à nous de jouer.

La Marseillaise. Che Guevara, disparu il y a cinquante ans cette année, est un symbole révolutionnaire récupéré par le marché. Comment jugez-vous cela ?

Michel Vovelle. C’est comme ça, on le voit sur des t-shirts. C’est à la fois dérisoire et en même temps plein de sens. Car chez les jeunes, même s’ils n’ont pas de culture politique, il continue d’incarner l’espoir de changer le monde. Même si sa stratégie de partir faire la révolution dans des conditions aventurées n’est pas forcément un exemple à suivre, puisqu’il y a perdu la vie, il reste cet inspirateur d’espoir. Et je préfère voir l’image de Che Guevara sur des t-shirts plutôt que d’autres.

La Marseillaise, le 20 novembre 2017

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