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Le glyphosate. « L’amiante de notre génération »

À Bruxelles, dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l’exécutif européen de renouveler pour 5 années supplémentaires l'autorisation d'utiliser le glyphosate, herbicide commercialisé par Monsanto . Neuf s’y sont opposés, dont la France, et un pays s’est abstenu.

Les discussions sur la réautorisation du glyphosate pour ces cinq prochaines années sur le territoire de l’Union Européenne ont abouti hier à Bruxelles, après l’échec des premières négociations du 9 novembre dernier. La licence d’exploitation du pesticide sera reconduite, la proposition ayant reçu l’approbation de 18 pays. L’Allemagne, qui s’était pourtant abstenue au tour précédent, a rejoint le camp des pro-glyphosates, après avoir demandé des modifications au texte proposé en lien avec des restrictions sur l’usage privé du pesticide et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier. Ce changement dans la position de l’Allemagne, un poids lourd démographique, a contribué à faire pencher la balance en faveur d’une nouvelle autorisation.

Le glyphosate avait fait l’objet d’un âpre débat depuis son classement en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l’OMS, comme « cancérogène probable ». Les agences scientifiques de l’UE étaient en revanche arrivées à des conclusions inverses, soupçonnées de s’être appuyées sur des documents fournis par les industriels pour établir leur rapport.

Un débat plus politique qu’écoresponsable

La France et l’Italie sont les principaux pays à s’être opposés à la réautorisation du glyphosate. Ils souhaitent non seulement sa suppression du sol de l’UE, mais aussi une réforme profonde des agences d’expertise européennes. « Considérant les risques, la France s’opposera à (la) proposition et votera contre. La France veut construire une sortie progressive du glyphosate et, avec plusieurs partenaires, pense qu’une durée plus courte serait possible », a expliqué dimanche dans l’hebdomadaire JDD Brune Poirson, Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Transition écologique.

Cependant, le vote, fait à la majorité qualifiée, a montré les divergences des États membres : pour l’emporter, le camp vainqueur devait réunir 55% des pays de l’UE (soit 16 pays) représentant au moins 65% de la population de l’Union. C’est donc chose faite.

Quelle alternative

Au cours de ces semaines de flottement, États et instituts de recherche avaient cherché des alternatives au pesticide. « Les négociations sont en cours » sur ce sujet, a déclaré Agnès Buzyn, Ministre de la Santé. « Il faut le temps de trouver les substitutions, il ne faut pas mettre les agriculteurs dans une situation impossible ».

L’Institut national de la recherche agronomique, l’Inra, planche sur un produit pour accompagner les agriculteurs. « Il n’y a pas de solution miracle et l’Inra ne travaille pas pour chercher une molécule qui remplacerait une autre molécule », a déclaré Philippe Mauguin, son Président. Pour lui, il existe d’autres mesures pour accompagner les agriculteurs dans la réduction de leur dépendance à ces produits.

Mais maintenant que la licence d’exploitation a été reconduite, ces initiatives vont progressivement tomber à l’eau et reverront le jour lorsque le dossier sera réouvert dans cinq ans.

Nous verrons alors si la politique de l’autruche des états membres sur ce sujet aura fait ses preuves.

Salomé Hénon-Cohin (La Marseillaise, le 28 novembre 2017)

Monsanto fait sa loi en Europe

L’Union européenne a perdu le peu d’honneur qui lui restait en autorisant pour les 5 prochaines années l’utilisation d’un herbicide fortement soupçonné d’être concérogène, le glyphosate. Et les ONG et les citoyens ont raison d’être scandalisés par ce manque de courage et cette capitulation d’une majorité de pays face aux lobbies. Ils ont raison de demander à la France d’être en première ligne dans cette bataille. Pour l’heure, Emmanuel Macron souhaite l’interdire au plus tard dans trois ans.

Le pesticide commercialisé essentiellement par la multinationale Monsanto avec son produit phare le Roundup -près de 10 millions de tonnes utilisés dans le monde depuis 1974- est le maillon fort de l’agro-business. Le désherbant est aussi à l’origine de l’invention de semences transgéniques résistantes. Cette combinaison a permis de multiplier les rendements mais l’agriculteur s’est retrouvé doublement piégé : obligé d’utiliser ces semences et le pesticide y afférent. Un cocktail redoutable pour la santé de tous, faune et flore comprises.

Combien de morts faudra-t-il ?

L’argument qui consiste à affirmer que rien ne peut pour l’heure remplacer le glyphosate est fallacieux. C’est le modèle de production qu’il convient de revoir; c’est de soutien à la reconversion vers une agriculture soutenable qu’il faut insuffler et soutenir. Combien de morts faudra-t-il pour faire une croix sur ce poison et les autres pesticides ? L’UE a raté une occasion historique de changer la donne. Monsanto a a mis beaucoup d’argent pour arracher cette autorisation. Que va-t-il se passer durant les cinq prochaines années ? Il serait naïf de croire que la multinationale ne réussisse pas à obtenir un nouveau feu vert en 2022. Des pays peuvent montrer la voie. La France et l’Italie par exemple. Après la pétition qui a recueilli un million de signatures, à quand un référendum sur cet enjeu de santé publique ?

Françoise Verna (La Marseillaise, le 28 novembre 2017)

Le double jeu de la Commission: un conflit d’intérêt qui pourrait coûter cher

Au cours des négociations concernant la réautorisation du glyphosate sur le sol européen ces cinq prochaines années, la Commission Européenne a fait preuve d’un manque de transparence entre ses intérêts auprès des grandes entreprises pharmaceutiques et ceux des citoyens de l’Union. Une initiative citoyenne a vu le jour il y a quelques semaines : la pétition a récolté plus d’un million de signatures encourageant ainsi la suppression définitive du glyphosate d’ici quatre ans. Soutenue notamment par Greenpeace, elle a été déposée auprès de la Commission Européenne qui doit y répondre d’ici le début de l’année prochaine. Mais dans le même temps, celle-ci a sciemment reconduit la licence d’exploitation du glyphosate, annihilant ainsi l’espoir de ce million de citoyens.

Un vote décevant

L’issue du vote permettant de reconduire la licence d’exploitation déçoit largement. « En accordant un sursis supplémentaire à Monsanto, Bayer et compagnie, la Commission européenne balaie le principe de précaution et la santé du revers de la main, de même que la voix des millions de citoyens qui ne veulent plus de l’herbicide le plus controversé de la planète », dénoncent Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer, « scandalisées ».

« Tout convergeait vers une interdiction: la pression des citoyens qui réclamaient la sortie du glyphosate, de nombreuses organisations dont des associations d’anciens agriculteurs malades, des députés français et européens, le scandale des "Monsanto papers", la polémique autour de l’évaluation scientifique… Cela n’aura pas suffi », regrettent-elles.

Salomé Hénon-Cohin (La Marseillaise, le 28 novembre 2017)

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