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Corse. Une première victoire, l’union des forces de progrès

Le PCF et la Corse insoumise font liste commune pour le scrutin des 3 et 10 décembre. « L’Avenir, la Corse en commun » est en outre l’unique représentante de la gauche.

Quoi qu’il advienne au terme du scrutin des 3 et 10 décembre -qui désignera les futurs Conseillers territoriaux de la nouvelle Collectivité unique-, la liste « L’Avenir, la Corse en commun » peut d’ores et déjà se prévaloir d’une première victoire. Celle d’avoir réussi ce qui avait échoué aux législatives : gagner l’union des forces de progrès. Emmenée par l’Insoumis Jacques Casamarta, elle est composée de représentants du PCF, de la Corse insoumise, de Manca Alternativa/Ensemble, ainsi que de militants associatifs, syndicaux et culturels. Un rassemblement dicté par l’exigence d’une réponse « sociale et écologique » à l’offensive libérale. « Dans le contexte où se déroulent ces élections, caractérisé à la fois par les coups qui pleuvent sur les acquis sociaux et au regard de la situation particulière de la Corse où les inégalités et la pauvreté sont plus marquées, se diviser aurait été une erreur politique », estime Michel Stefani, Vonseiller territorial sortant (PCF) et à nouveau candidat.

« Dynamique »

Jugeant « regrettable » que « des dirigeants nationaux de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon en tête » n’aient pas évalué les enjeux « de la même façon », celui-ci insiste sur la nécessité de créer « une dynamique de nature à modifier le rapport de forces » au sein de l’assemblée insulaire. Et de tenter de le faire basculer « au bénéfice des salariés et des plus modestes ». Car, poursuit-il, « ce que le mouvement social exprime dans la rue a besoin d’un prolongement politique ».

Seule liste se réclamant de gauche -le PS et le PRG n’en présentant pas-, « L’Avenir, la Corse en commun » est surtout constituée d’« organisations qui ont fait le choix du refus de la logique libérale ». Logique libérale dont les dégâts sont particulièrement visibles sur l’île. Le responsable communiste en veut pour preuve quelques chiffres éloquents, estimant qu’il « ne suffit pas d’en faire le constat, mais qu’il faut aussi en expliquer les causes ». Ainsi, énumère- t-il, « dans les années 1987-88, au moment de la création de l’ISF [Impôt sur la fortune, ndlr], on recensait en Corse 87 contributeurs. Ils sont aujourd’hui quelque 1800 à déclarer au moins 180.000 euros annuels. L’écart entre les ménages les plus riches et les plus modestes est ici de 6,5 points. »

Les candidats de la « Corse en commun » affichent leur détermination à « s’attaquer » à ces disparités qui ne cessent de se creuser. D’autant que, souligne Michel Stefani, « les moyens et l’argent existent ». Or, « les dispositifs fiscaux qui devraient profiter aux ménages les plus modestes sont détournés par le consortium de patrons corses ». Ce qui, d’après les chiffres de 2014, concernerait des sommes de l’ordre de 194 millions d’euros annuels. Auxquels il faut ajouter « les 100 millions d’euros versés aux entreprises à travers le CICE [Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ndlr], le crédit d’impôt corse » et l’enveloppe allouée par la Collectivité territoriale.

« Solidarité nationale »

Face à cette déperdition de financements publics au détriment du plus grand nombre, « La Corse en commun » plaide pour la création d’un Fonds régional unique pour l’emploi et la formation, destiné à favoriser « l’emploi stable et bien rémunéré » assorti « de la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaires et de la retraite à 60 ans ».

La naissance annoncée de la Collectivité unique au 1er janvier suscite à cet égard de vives inquiétudes. Outre que, d’une manière générale il y voit un certain nombre de points négatifs et notamment « une concentration des pouvoirs », Michel Stefani pointe également les menaces en matière d’emploi.

« Avec la fusion des services, on nous parle de doublons. Mais derrière ce qu’ils appellent les "doublons", il y a des hommes et des femmes qui sont inquiets. Et qui ont toutes les raisons de l’être, car l’objectif est de supprimer des centaines de postes », commente-t-il en évoquant une courbe du chômage ascendante et dépassant les 22.000 demandeurs d’emplois.

La lutte actuellement menée à l’hôpital de Bastia par une partie du personnel, qui observe une grève de la faim depuis fin octobre, est symptomatique des difficultés que subit la Corse dans de nombreux domaines. Josette Risterucci, secrétaire médicale, devenue une figure emblématique de ce combat, est d’ailleurs colistière de « La Corse en commun ». Elle réclame ni plus ni moins qu’un « plan Marshall » pour l’établissement. En matière de santé, l’état des lieux est en effet alarmant. « La couverture sanitaire est plus que problématique », alerte pour sa part Michel Stefani qui considère que la réduction des dépenses de santé ne laisse rien présager de bon dans l’île.

A l’heure où celle-ci a singulièrement besoin de « solidarité nationale », il met en garde contre « l’enfer libéral » que ne manqueront pas d’amplifier ses adversaires.

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 1er décembre 2017)

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