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Élections en Catalogne. Beaucoup de « vainqueurs » et comme un parfum de Pyrrhus

Rajoy ignore un Puigdemont qui gesticule de Bruxelles pour se tourner vers la leader de Ciudadanos qui préfère attendre de voir ce que fera le chef des séparatistes…

« Les élections les plus anormales de l’histoire de la Catalogne » : ainsi le quotidien El Pais a-t-il qualifié vendredi le résultat des élections convoquées après le recours à l’article 155 pour démettre le gouvernement catalan suite à la déclaration unilatérale d’indépendance. Anormales car les résultats ont « jeté un scénario de gouvernance difficile (…) qui menace d’affecter toute la politique espagnole ».

Même si les résultats sont désormais définitifs, difficile en effet de dire qui a gagné. Carles Puigdemont a certes réagi rapidement de Bruxelles où il est exilé pour jubiler : « la République catalane a gagné face à la monarchie du 155 ». Contre tous les pronostics sa liste « Ensemble pour la Catalogne » s’est certes imposée comme la première force indépendantiste, avec deux sièges de plus que la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) mais leurs résultats additionnés ne permet pas de passer la barre des 70 qui assure la majorité. Les ultras radicaux de la CUP qui ont certes perdu 6 sièges pour n’en garder que 4 peuvent donc encore peser, sachant qu’ils ont déjà dit ne soutenir que « celui qui prendra l’engagement de l’unilatéralité ». Une épine que Puigdemont tente d’enlever de sa chaussure en cherchant l’ouverture. « Nous voulons conclure des accords pas seulement avec le CUP » a- t-il clairement dit vendredi depuis Bruxelles, « nous voulons décider de notre avenir. Si d’autres Groupes partagent notre vision, nous serions heureux d’élargir nos accords ».

Autre épine bien fichée dans la semelle : sur les Députés indépendantistes élus, 18 sont inculpés dont 3 en prison et 5 en exil. Une pression que Carles Puigdemont a intégré quand il a demandé vendredi à rencontrer Mariano Rajoy, le chef de gouvernement espagnol, « à Bruxelles ou dans n’importe quel autre lieu de l’Union européenne » mais il a immédiatement reçu un non assez clair. Dans une conférence de presse à Madrid, le chef de gouvernement a affirmé : « la personne avec laquelle je devrais m’asseoir, c’est celle qui a remporté ces élections, madame Arrimadas ».

La leader de ce parti libéral créé en 2006 pour contrer indépendantisme et corruption a en effet créé la surprise en récoltant plus de 1,1 million de voix. Mais le mode de scrutin espagnol ne lui accorde cependant que 37 sièges. 12 de plus qu’en 2015 mais pas assez pour être majoritaire. Or, les socialistes ayant perdu un siège et les conservateurs du Parti popular s’étant effondrés, des alliances seraient insuffisantes. Ines Arrimadas a d’ailleurs annoncé dès 13 heures vendredi qu’elle « renonçait à diriger des contacts pour former un gouvernement », non pour jeter l’éponge affirme-t-elle mais « pour voir ce que font les séparatistes, voir ce que fait Carles Puidgemont » et de conclure : « rien ne peut être tenu pour acquis ». A noter que faute de gouvernement organisé fin mars, de nouvelles élections devraient être organisées dans les deux mois.

« Naufrage », « effondrement », « catastrophe » du PP : s’il n’a pu nier l’évidence des chiffres, Mariano Rajoy a cependant refusé d’y voir une condamnation de sa manière autoritaire, violente et unilatérale de gérer cette crise, précisant qu’il était hors de question de se remettre en jeu : « les élections générales seront organisées en 2020 ».

Pas sûr qu’il envisage même une autre méthode, se disant déjà opposé à toute « réforme de la constitution » tandis que le porte-parole du PP, Pablo Casado affirmait que l’État devait toujours garantir « l’unité de l’Espagne et la souveraineté nationale »… Et que la Cour suprême espagnole a annoncé avoir élargi à six personnalités indépendantistes catalanes supplémentaires les poursuites pour rébellion, sédition et malversations.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 23 décembre 2017)

La triple peine de Rajoy

« Tout ça pour ça ! » ont commenté certains observateurs des élections régionales en Catalogne de jeudi. Oui et non.

Oui dans la mesure où, en effet, la répartition des sièges ressemble à celle de la mandature précédente. À savoir un « camp » indépendantiste à la majorité absolue. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’un accord de gouvernement sera trouvé. Des dissensions étant apparues entre les trois formations séparatistes au sujet de la gestion de la crise et du bras de fer avec Madrid.

La stratégie de la tension sanctionnée dans les urnes

En revanche, non, il est faux de dire que ces élections n’ont servi à rien. A l’heure où les démocraties européennes voient souvent leurs bureaux de vote désertés, voir plus de 80% de participants est un signe des plus positifs. L’autre enseignement -et de taille- repose dans la claque monumentale reçue par le chef du gouvernement Mariano Rajoy. A double titre. Il perd d’abord son face-à-face avec les indépendantistes et notamment Carles Puigdemont. Et n’a plus la main. De plus, au-delà du débat pro ou anti, son Parti populaire se voit également dépassé par son centre par la formation Ciudadànos. Ce qui rebattra un certain nombre de cartes, y compris dans le reste de l’Espagne.

Enfin, en sortant du strict schéma sur l’indépendance pour revenir sur un arc plus traditionnel « gauche-droite », là encore les forces progressistes dépassent les libérales et conservatrices.

La coupe est pleine pour Mariano Rajoy. La peine est triple pour sa gestion de la situation, poussé dans le dos par la couronne d’Espagne.

Aussi, il ne serait pas scandaleux d’attendre de lui qu’il s’inflige lui-même une ultime sanction et qu’il assume ses responsabilités - d’avoir créé le désordre institutionnel dans son pays. En quittant le palais de la Moncloa.

Sébastien Madau (La Marseillaise, le 23 décembre 2017)

Deux provinces placent Ciudadanos en tête et deux Carles Puidgemont

4.360.843 personnes sont allées voter jeudi en Catalogne, un taux de participation de 81,94% qui mérite d’être salué. Le premier groupe de l’assemblée est désormais celui des libéraux de Ciudadanos qui compte 37 sièges (25 en 2015). Viennent ensuite les 34 députés de Ensemble pour la Catalogne de Carles Puidgemont. La gauche républicaine de Catalogne affiche, elle, 32 sièges. Les deux formations s’étaient présentées rassemblées aux élections de 2015, remportant 62 sièges.

Arrivent ensuite les socialistes avec 17 sièges, soit un de plus qu’en 2015, contrairement à une hausse plus forte annoncée par les sondages. Podemos n’obtient que 8 sièges, soit 3 de moins que dans la dernière assemblée. Le parti indépendantiste d’extrême gauche CUP a perdu 6 sièges et n’en compte plus que 4. Mais c’est au Parti popular, celui du Premier ministre conservateur Mariano Rajoy que la bérézina est la plus importante avec 8 sièges de moins.

Le parti qui gouverne le pays est donc le dernier dans l’assemblée catalane avec 3 sièges.

Les libéraux de Ciudadanos ont été portés au pouvoir par les provinces de Barcelone et Tarragone, celle de Girone et de Leida mettant en revanche Carles Puidgemont en tête.

Si l’indépendantiste fait de meilleurs scores dans les zones les plus rurales, il n’est cependant pas complètement négligé dans les zones urbaines. Su les 13 « comarques » – divisions administratives – que compte la province de Barcelone, seulement six ont placé Ciudadanos en tête contre sept « Ensemble pour la Catalogne ». Celle de Barcelone proprement dit a fait la différence avec son 1,2 million de votants qui ont donné 122 401 voix de plus à Inès Arrimadas qu’à Carles Puidgemont.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 23 décembre 2017)

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