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Ouverture de la chasse aux chômeurs

Sous couvert de mettre un terme aux abus de supposés « fraudeurs », la Ministre du Travail Muriel Pénicaud prépare le terrain à la mise en place de mesures coercitives. Tandis que la réforme de l’assurance chômage devrait intervenir, elle, en avril.

« Renforcer les sanctions », traquer les « fraudeurs », « remettre de l’ordre dans tout ça »… La Ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a sorti l’artillerie lourde hier matin pour évoquer l’offensive qu’elle entend mener contre ceux qui percevraient indûment des allocations chômage.

Discours qui n’a pas manqué de faire réagir vivement les auditeurs de France Inter, radio sur laquelle elle était interrogée. D’autant que, forcée de l’admettre elle-même, les supposés « fraudeurs » en question ne constitueraient, selon ses propres termes, qu’une « petite minorité » des demandeurs d’emploi. Une petite minorité, donc, pour laquelle l’on est prêt à déployer un arsenal coercitif conséquent. Lors de la campagne, Emmanuel Macron avait en effet indiqué qu’il multiplierait les équipes de contrôle par cinq, en les faisant passer à un millier.

En profond désaccord sur le contenu des mesures envisagées, Emilie Cantrin, conseillère à Pôle emploi et syndicaliste CGT, relève également « l’ambiguïté » du terme employé : « Quelqu’un qui fraude, c’est quelqu’un qui triche. On peut par exemple considérer que c’est le cas d’une personne qui retrouve un emploi et qui ne le déclare pas. L’appliquer à quelqu’un qui, momentanément, parce qu’il est en difficulté, voire en grande détresse, ne recherche pas d’emploi, c’est abusif. »

« Adaptables aux besoins des entreprises »

Même si la Ministre s’en défend et martèle que le seul objectif est de mettre un terme à d’éventuels abus, en filigrane le discrédit est jeté sur l’ensemble des demandeurs d’emploi.

Pour Emilie Cantrin, il ne fait aucun doute qu’il s’agit de « les obliger à accepter n’importe quel travail, quelles qu’en soient les conditions et même s’il ne correspond pas à leurs qualifications. On veut qu’ils soient adaptables aux besoins des entreprises. » Et, à cet égard, les mesures envisagées sont éloquentes.

Ainsi, Le Canard enchaîné a tout récemment fait état d’une note interne d’Antoine Foucher, directeur de cabinet de la Ministre du Travail, qui préconise à la fois un renforcement des sanctions et l’obligation pour chaque demandeur d’emploi de fournir un « rapport d’activité mensuel », justifiant des démarches entreprises. Actuellement, en cas de recherche d’emploi insuffisante ou de refus de formation, un chômeur peut voir son allocation réduite de 20% pendant deux à six mois. Selon la note, l’allocation serait réduite de 50% pendant deux mois.

« Pour le moment, c’est une note, je ne sais pas ce qu’en pense réellement la Ministre », a nuancé Jean- Claude Mailly (FO), la jugeant néanmoins « pas acceptable ».

À l’heure de la chasse aux chômeurs, se profile également la réforme de l’assurance chômage. Selon la feuille de route présentée mercredi par le gouvernement, le projet de loi devrait intervenir en avril. Et là encore, nombre d’organisations syndicales craignent le pire.

« Avec le transfert des cotisations sociales vers la CGS, ce que l’on voit poindre, c’est un changement de philosophie profond » qui se traduira par un glissement sur un modèle empreint de la logique anglo-saxonne. « L’assurance chômage implique que l’on cotise pour s’assurer contre un risque », en l’occurrence celui de la perte d’emploi, souligne la responsable syndicale. Dans un « État macronien pas du tout protecteur des plus faibles », elle redoute l’instauration d’un système fondé sur « des aides sociales ». Et, ajoute-t-elle, « qui dit aide sociale dit contrôle ». La boucle est bouclée ? « Nous ne sommes pas dans des réformes purement gestionnaires mais dans une réelle volonté de transformation du modèle social, qui tend vers une société de la concurrence entre les salariés et les chômeurs », prévient-elle.

La Marseillaise, le 5 janvier 2018

Une Ministre toute honte bue

Ainsi, la Ministre du Travail Muriel Pénicaud, millionnaire à l’état civil et spécialiste ès stocks options, va investir le montant de son impôt sur la fortune -qu’elle ne paiera plus du fait de la réforme votée par la majorité à laquelle elle appartient- « dans un fond qui soutient l’économie sociale et solidaire ».

Et elle justifie, dans le même temps, le projet de durcissement du contrôle des chômeurs, au nom de « la justice ». Le tout sans ciller et en bafouillant à peine hier matin au micro de France Inter.

Les mots n’ont sans doute pas le même sens pour tout le monde. Car de « justice », qu’elle soit fiscale ou sociale, il n’y en a point chez les tenants de la théorie éculée du « ruissellement » qui parient sur les bons sentiments des plus fortunés -auxquels ils appartiennent- pour irriguer de leurs subsides l’économie et donc créer de l’emploi.

La mise à l’index vieille méthode de droite

L’emploi justement, parlons-en : l’application des ordonnances réformant le code du travail a pour premier effet d’en détruire via la facilitation des licenciements. Les salariés de Pimkie et de PSA par exemple vont essuyer les plâtres de la « rupture conventionnelle collective » qui revient à passer outre les motifs économiques pour justifier la destruction d’emplois et, au passage, à réduire au minimum les indemnités de licenciement. Des salariés qui viendront grossir les rangs des millions de sans emploi et à qui seront appliquées les nouvelles règles de contrôle, drastiques. La mise à l’index des chômeurs est une vieille méthode de la droite et ce même si l’indemnisation concerne seulement la moitié d’entre-eux. Une indemnisation qui est un juste retour puisque les salariés ont cotisé une part de leur salaire. Mais dans l’univers de Muriel Pénicaud et de ses amis, la solidarité et l’impôt sont décidément des gros mots.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 5 janvier 2018)

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