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A qui perd…perd !

Une vaste opération de mystification est en cours, laissant croire que 21 millions de nos concitoyens bénéficieront d’une hausse de leur pouvoir d’achat parce que les salaires vont augmenter. Ceci peut avoir l’apparence, et peut être le gout de la vérité. Ceci peut plaire à celles et ceux de nos concitoyens qui ont tant de mal à joindre les deux bouts. Mais c’est un terrible leurre qui se paiera très cher. On parle ici du salaire dit net. Autrement dit c’est avec votre argent que le pouvoir macroniste fait une augmentation immédiate de salaire. Mieux ces mêmes employeurs vont eux aussi bénéficier de nouvelles réductions de cotisations s’ajoutant à celles octroyées depuis 1995. La compensation pour les salariés se fera par une augmentation progressive de la Contribution sociale Généralisé (CSG). Un impôt non progressif inventé – d’abord de manière temporaire – pour saborder le financement solidaire de la protection sociale. Donc le grand patronat n’a rien à débourser pour la rémunération du travail. « En même temps », il augmente une multitude de prix dans un contexte où, parait-il, la croissance repart.

L’année nouvelle commence en effet par des hausses tous azimuts des prix et tarifs, ceux du gaz, des carburants, des contrôles techniques des voitures, le montant des amendes de stationnement, le prix des parcmètres, l’augmentation des tarifs de la SNCF comme des péages d’autoroutes. Les collectivités seront quant à elles contraintes d’augmenter leurs tarifs pour faire face à l’étranglement de leurs finances et la suppression de la taxe d’habitation. Toutes ces hausses vont directement impacter les classes populaires du pays dont les revenus sont directement investis pour satisfaire les besoins humains fondamentaux. Mais, au delà, ce tour de passe-passe vise à enfoncer le clou des attaques contre le principe même de cotisation sociale qui permet la socialisation des richesses au profit de tous.

Comble du cynisme, c’est sur le dos des retraités que se fait l’opération : près de 7 millions d’entre eux sont appelés à supporter une hausse importante de la CSG. Sous couvert d’une hausse du salaire net vite absorbée, c’est l’amplification de la lutte que mène sans nuance les puissances industrielles et financières  contre ce qu’ils appellent « le coût » du travail », c’est-à-dire la part de la richesse produite qui revient aux travailleurs, sous forme de salaire net et différé grâce à la cotisation, pour leur permettre de vivre une vie digne, de couvrir leurs besoins en matière de santé, lors d’accident de la vie, de chômage, et de leur permettre de profiter d’une retraite paisible après une vie de labeur. En embuscade se cache la cohorte d’affidés du système assurantiel privé qui fait son miel de la couverture des risques et qui constitue un pilier du néolibéralisme en abreuvant la finance spéculative. Il est en effet un « coût » dont ne parle guerre : celui du capital au moment même où les alertes se multiplient sur le dangereux endettement des grandes entreprises françaises qui alimentent les circuits financiers et les rémunérations des actionnaires, contre la rémunération du travail, l’emploi et les indispensables dépenses de formation pour réussir les révolutions numériques et écologiques. Cette stratégie qui gonfle sans cesse une enflure financière pouvant provoquer de nouveaux krachs est très dangereuse. Les classes populaires en subiraient encore plus les conséquences si elles se trouvaient dépourvues de protection sociale et de services publics.

C’est sur un tel fond que le Président de La République s’est permis de lancer lors de ses vœux aux Français : « Demandez-vous chaque matin ce que pouvez-vous faire pour votre pays » Quel cynisme ! Celui qui n’a rien devrait se poser la même question que les mille premiers contributeurs de l’ISF qui vont bénéficier d’un cadeau de 400 millions d’euros et la poignée des milliardaires qui viennent d’augmenter leur fortune de près de 250 milliards d’euros ? En vérité M. Macron et ses relais politiques et médiatiques cherchent à créer les conditions d’une unité nationale pour pouvoir activer encore plus énergiquement la sulfateuse destructrice des droits économiques, sociaux et politiques. Il a le mandat des forces de l’argent  pour intégrer les salariés comme les privés d’emploi aux objectifs fondamentaux de la féroce loi du capital. Faire opposition à un tel projet exige un énorme travail d’explication pour aider les travailleurs à réclamer leur dû dans l’entreprise et la société. Il doit s’accompagner de propositions modernes, efficaces, crédibles pour ouvrir des chemins de l’alternative progressiste.

Que M. Macron avance à visage découvert et engage un vrai débat public : quel système de santé voulons nous, plus solidaire ou assurantiel privé ? Voulons-nous mettre nos retraites à dispositions des marchés financiers où les gérer collectivement et solidairement ? L’efficacité économique est-elle contraire à l’efficacité sociale ? Quel contenu de la croissance et pour qui ? Quelles initiatives pour un nouveau développement industriel en lien avec les avancées numérique et le respect de l’environnement ? Qu’est-ce que la « modernité », Etre au service de la finance ou du bien commun ? Les services publics des transports ou de la santé sont-ils des « coûts » ou des atouts pour la société ?  Voilà qui rehausserait considérablement la qualité du débat public.

Patrick le Hyaric (L’HD, le 11 janvier 2018)

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