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Projet de loi. Pas de sentiment dans la réforme de l’asile

Des associations furieuses, des intellectuels remontés, une majorité déstabilisée… Nouvelle rencontre hier à Matignon pour tenter de désarmorcer la colère qui monte.

« Est-il moins grave de mourir de faim, de détresse, d’abandon, que de mourir sous les coups d’un tyran ? » La question est-elle d’un militant associatif au sortir de la réunion organisée hier à Matignon pour présenter le projet de loi asile et immigration ? Non. Elle est signée Jean-Marie Le Clezio, le prix Nobel de Littérature ayant pris la plume dans l’Obs pour dire qu’il ne supporte pas « le tri » fait entre les migrants qui fuient leur pays pour des raisons politiques et ceux qui fuient la misère, y voyant « un déni d’humanité insupportable ».

« Tri », c’est le mot également choisi par les plus de vingt associations actives dans l’hébergement et l’aide aux étrangers (dont la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmaüs, le Secours catholique, Médecins sans frontières, la Fondation Abbé Pierre…) qui, quelques heures avant la rencontre à Matignon ont saisi le Conseil d’État pour obtenir la suspension en urgence de la circulaire du 12 décembre qui permettrait d’« utiliser » l’hébergement d’urgence pour « faciliter » l’éloignement du territoire.

Tri n’est en revanche pas utilisé dans le projet de loi porté par le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb qui veut pourtant « redonner sa pleine portée au droit d’asile en améliorant le traitement des demandes et les conditions d’accueil » et « conduire une politique efficace et crédible de lutte contre l’immigration irrégulière et d’éloignement », autrement dit trier ceux qui fuient la guerre et ceux qui fuient la misère pour mieux accueillir les premiers dans la limite des places disponibles…- et expulser les seconds.

Ce projet de loi est « un texte déséquilibré, qui penche dans le sens des mesures coercitives » estime Florent Gueguen, de la Fédération des acteurs de la solidarité. A tel point que certaines associations ont même refusé de participer à la rencontre. Ainsi le Gisti, association spécialiste du droit des étrangers reconnue, dont la Présidente Vanina Rochiccioli dénonce l’« absence de perspectives d’une concertation loyale et approfondie sur un projet de loi dont il est déjà annoncé qu’il sera présenté et examiné dans des délais contraints ».

Mais le sujet ne fait pas grincer les seules dents des militants associatifs. Le gouvernement craint des critiques de sa majorité, suite aux interpellations de députés LREM en décembre sur le sujet. Le 19 décembre la Députée LREM Sonia Krimi était allée jusqu’à rappeler à Gérard Coulomb dans l’hémicycle que « tous les étrangers ne sont pas des terroristes, tous les étrangers de France ne sont pas d’indélicats fraudeurs aux aides sociales ». Des « séminaires » et autres réunions de « task force » sont donc organisés pour « arriver à une position commune du groupe LREM et éviter les clivages artificiels » comme l’a expliqué la Présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet au sortir d’une réunion à Matignon mercredi soir.

La question des mineurs non accompagnés préoccupe singulièrement le défenseur des droits Jacques Toubon qui, hier, s’est auto-saisi du cas de Kantra Doucouré, jeune Malien arrivé en 2015 et installé à Nîmes qui s’est vu privé de tous droits et projet professionnel patiemment construit, à sa majorité et a fini par se suicider.

Ayant pris connaissance de la tribune de Le Clezio, Emmanuel Macron a commenté depuis Rome où il était toujours pour une réunion bilatérale avec le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni : « Il y a beaucoup de confusion chez les intellectuels » et il faut « se garder des faux bons sentiments ». Et de l’absence de sentiment ?

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 12 janvier 2018)

Au nom de l’humanité

On ne manque jamais de monde pour affirmer que la France est « la patrie des droits de l’homme ». Malheureusement, au fil du temps, cette réputation justement gagnée est en train de se perdre.

Et le principe d’universalité avec. La faute à qui ? La faute à quoi ?

Tout d’abord à un contexte global qui, depuis plusieurs années, connote de manière péjorative les phénomènes migratoires: invasions, appels d’air, etc.

Les vocables ne manquent pas pour jeter la suspicion sur des populations avant même leur arrivée.

De plus, parce qu’il n’arrive pas à contredire sur le fond les arguments et assumer sa vocation de pays accueillant, l’État français se place depuis les années 1980 dans le sillon des discours excluants, alimentés par les thèses frontistes.

Sans ça, comment expliquer qu’aucun gouvernement n’ait choisi courageusement de faire de la France un pays de référence en termes d’accueil des peuples en détresse ?

Des marathons administratifs inhumains

En son temps, le gouvernement de Manuel Valls s’est déshonoré en ne tenant pas sa promesse du nombre de réfugiés reçus dans l’Hexagone suite à l’émoi suscité par la photo du petit Aylan mort sur une plage de Turquie. Le gouvernement d’Edouard Philippe suit cette même logique.

Il est inacceptable et inhumain de contraindre hommes, femmes et enfants à un nouveau marathon administratif de plus en plus difficile à surmonter.

On ne quitte pas son pays degaitédecoeur.Lesfacteurs sont nombreux : guerre, pauvreté, religion, climat, etc.

Autant de motifs qu’un pays comme la France devrait être en mesure d’entendre. Au nom de l’humanité.

Sébastien Madau (La Marseillaise, le 12 janvier 2018)

Face aux migrants, il y a solidarité et... solidarité

« Nous sommes tous d’accord pour dire qu’on a besoin de renforcer les éléments de solidarité pour mieux protéger nos frontières » : la déclaration d’Emmanuel Macron lors de la réunion des dirigeants de sept pays du Sud de l’Union européenne mercredi soir à Rome. Singulière conception de la solidarité résumée aux États visant à remettre en cause le principe -absurde- de l’accord de Dublin qui laisse la responsabilité de l’accueil des migrants au premier pays d’arrivée. Par « solidarité » ce groupe de 6 pays créé en 2016 par le Premier Ministre grec Alexis Tsipras entend une meilleure répartition des migrants dans les différents pays sans pour autant oser mentionner les formules de quotas ou de relocations tentées par l’UE sans résultat en raison de l’opposition de certains pays d’Europe de l’Est.

Le mot solidarité prend une autre tournure quand il s’agit de celle due aux migrants comme l’ont montré les retentissants procès de Cédric Herrou, Martine Landry en France ou encore les accusations contre Helena Maleno au Maroc. Dans ce sens, il devient un délit. Hier, une plainte déposée par 38 migrants auprès du procureur de Pau est venue éclairer d’une lumière crue cette question : pour « actes de torture et traitements humains dégradants » subis à leur arrivée en Italie après avoir refusé de donner leurs empreintes, comme le prévoit le règlement de Dublin afin que le pays d’arrivée d’un migrant dans l’UE soit aussi celui qui gère sa demande d’asile. Face à ce refus, ces 38 migrants « ont été maltraités, d’autres battus, très souvent emprisonnés arbitrairement, victimes de chantage, privés d’eau et de nourriture », assure leur avocate Me Casau selon qui deux d’entre-eux relatent des faits de tortures, « l’un ayant eu un bras cassé et l’autre les testicules broyés ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 12 janvier 2018)

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