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Ehpad. Un rapport alarmant aux préconisations trop faibles

En charge d’une mission parlementaire « flash », la Députée (LREM) de Haute-Garonne Monique Iborra confirme dans son rapport les constats dénoncés depuis des années par les salariés et résidents d’Ehpad. Pour Pierre Dharréville, Député (PCF) des Bouches-du-Rhône, les préconisations pour remédier à cette situation ne sont pas à la hauteur.

Depuis des années, les salariés des établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les familles des résidents y dénoncent la dégradation insoutenable des conditions d’accueil et de travail. Face au vieillissement de la population et à la perte d’autonomie, les gouvernements précédents avaient en effet mis l’accent sur le maintien à domicile. Pour répondre à cette « problématique », l’Assemblée nationale a mis en place en septembre dernier une mission parlementaire « flash », confiée à la Députée LREM (ex-PS) de la sixième circonscription de Haute-Garonne Monique Ivorra.

Après consultation accélérée (cinq jours) de l’ensemble des acteurs gravitant autour des Ehpad, la Députée a rendu un rapport qui confirme le ressenti déjà largement exprimé d’un « secteur en souffrance ». Elle pointe notamment les lacunes de la loi de 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement qui « n’a pas traité la place des Ehpad dans le parcours de la personne âgée » et la dérive d’un organisme qui devrait être un « lieu de vie dans lequel on soigne » à celui de « lieu de soin dans lequel on vit ».

Constatant « l’augmentation du niveau moyen de dépendance des résidents en Ehpad » (on y entre en moyenne à 85 ans, pour un séjour moyen de deux ans et demi, avec des pathologies multiples et parfois des troubles du comportement), elle souligne les difficultés grandissantes des personnels pour assurer la charge de travail alourdie. Un des marqueurs de la pénibilité de cette tâche est le nombre d’accidents du travail : ils « seraient aujourd’hui deux fois supérieurs à la moyenne nationale et plus importants que dans le secteur du BTP ». Tout en reconnaissant l’investissement des personnels, elle souligne une « organisation du travail en tension » qui « peut être la source de dégradation importante des conditions d’exercice des métiers de soignants », et confirme, dans certains établissements la « maltraitance institutionnelle » que cette situation génère auprès des personnes âgées.

Si ce rapport n’apporte pas de grande révélation, il a le mérite d’officialiser le problème et de tenter d’y apporter des solutions à court et moyen termes. Ainsi, Monique Iborra, face aux difficultés de recrutement d’aides-soignants (en Occitanie on observe une chute de 30% des candidats au diplôme), propose d’actualiser leurs compétences et de réfléchir à une « revalorisation de leur statut ». Elle préconise aussi de préserver dans les Ehapd les contrats aidés qu’Emmanuel Macron a pourtant lui-même décidé de supprimer. A plus longue échéance, elle envisage de travailler sur « l’adéquation des ressources humaines aux profil des résidents ».

En revanche, les propositions financières, elles, ne sont pas très concrètes. Bien que constatant une tarification « de type kafkaïen » qui se concrétise par un « reste à charge important » pour certains résidents ou leur famille, la Députée ne fait qu’appeler les Départements à « l’exercice plein et entier de leur compétence de l’action sociale ». Des Départements dont les finances sont aujourd’hui mises à mal par le gouvernement actuel comme par les précédents.

Des préconisations qui ne convainquent pas le Groupe communiste à l’Assemblée nationale. Ainsi, Pierre Dharréville dénonce les « mesures d’austérité qui font contribuer à affaiblir la capacité des Départements à continuer à financer les Ehpad ». Il demande au contraire des mesures radicales. « Chacun doit pouvoir vivre dignement quels que soient les moyens dont il dispose, a-t-il déclaré lors de la présentation du rapport de la mission flash. C’est une question de justice. Nous sommes face à une crise dramatique. Les Ehpad sont un lieu de souffrance de notre société. Souffrance de la maltraitance et souffrance au travail. »

Marine Desseigne (La Marseillaise, le 20 janvier 2018)

Le juteux marché de l’or gris

« Maltraitance institutionnelle », telle est la formule employée par les salariés et leurs organisations syndicales. Elle figure même dans le rapport de la mission parlementaire « flash » de septembre. Une « maltraitance institutionnelle » infligée aux personnels des Ehpad et par ricochet aux personnes âgées qui y séjournent.

La question de la dépendance doit être mise en débat

Si une chape de plomb a longtemps pesé, les langues se délient aujourd’hui de plus en plus. Pour livrer des témoignages parfois à peine croyables. Ils expriment notamment une grande souffrance. Souffrance induite par l’épuisement lié à des conditions de travail déplorables ; générée encore par l’impossibilité d’accomplir les missions d’un métier qu’on a choisi, par la perte de sens dans les tâches quotidiennes. Enfin et surtout, les salariés sont minés par le sort indigne fréquemment réservé aux résidents. Ils seront dans la rue le 30 janvier pour exprimer leur ras-le-bol, et il est plus que souhaitable qu’ils soient écoutés et entendus.

Mais, au-delà de leurs légitimes revendications, pointe une autre problématique. L’adage prétend que l’on mesure le degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses aînés. Avec le vieillissement de la population, la question de la dépendance se pose avec acuité et sera de plus en plus récurrente.

Le secteur privé l’a bien compris, lui qui y a vu l’occasion d’engranger de juteux profits. Il a compris tout l’intérêt de « l’or gris » que représentent les têtes blanches. En pratiquant des tarifs prohibitifs -sans rendre un service à la hauteur- afin de reverser des dividendes conséquents à des actionnaires. Le rapport parlementaire fait lui-même état de l’opacité de certains financements et des avantages dont bénéficie exclusivement le privé.

Tout un chacun est ou sera un jour concerné par la perte d’autonomie. Ce chantier ne peut donc se résumer à quelques jours de travaux parlementaires. Il est à espérer qu’il soit rapidement remis en débat.

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 20 janvier 2018)

Pétition. « Dignité des personnes âgées, des moyens pour nos EHPAD ! »

Une pétition circule sur Change.org adressée à Agnès Buzin, Ministre de la Santé, et lancée par Christophe Prudhomme (Médecin Urgentiste), Patrick Pelloux (Médecin Urgentiste), Sabrina Ali Benali (Interne en Médecine des Hôpitaux de Paris).

Elle réclame : « l’application du dispositif prévoyant un agent par résident, tel que prévu par la Plan Solidarité Grand Age ; l’abrogation des dispositions législatives relatives à la réforme de la tarification des EHPAD, contenues dans la loi du 28 décembre 2015 ainsi que le retrait des décrets d’application ; l’arrêt des baisses de dotations induites par la convergence tarifaire et exige par conséquent le maintien de tous les effectifs des EHPAD y compris les contrats aidés, qui doivent être intégrés et sécurisés ; l’amélioration des rémunérations, des perspectives professionnelles et de carrières, dans le cadre du Statut et des conventions collectives nationales ».

La Marseillaise, le 20 janvier 2018

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