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Jean-Luc Gibelin. « Le développement du service public, c’est de la justice »

Jean-Luc Gibelin, Vice-Président de la Région Occitanie, en charge des transports, participe à l’atelier consacré aux services publics. Il oppose la logique de « coût », prétexte aux coupes budgétaires des derniers gouvernements, à celle « d’investissement » pour l’égalité.

La Marseillaise. Quelle est la situation des services publics aujourd’hui ?

Jean-Luc Gibelin. Ils se portent très mal. Ils sont les premières victimes des mesures d’austérité qui se sont accumulées depuis des années, et la politique du Président des riches ne fait qu’en rajouter dans la période actuelle. Les services publics, en termes de situation financière, de moyens humains et d’infrastructures des locaux sont évidemment en difficulté, que l’on prenne le service public de la sécurité (les commissariats, les gendarmeries, les pompiers), ceux de la santé, de l’éducation, du transport… On a un vrai problème qui nécessite un véritable investissement à la fois en immobilier, en moyens financiers et humains.

La Marseillaise. Tous les secteurs sont concernés ?

Jean-Luc Gibelin. La logique financière ne permet pas de classifier les services publics qui iraient mieux ou qui iraient moins bien. Elle consiste à dire que les services publics sont des dépenses alors que nous, nous portons l’idée que les services publics sont de l’investissement. A partir du moment où on les regarde uniquement sous l’angle des dépenses et pas sous celui des services rendus, ils vont tous mal.

La Marseillaise. François Hollande a axé l’intervention de l’État sur la création de postes dans l’éducation, Emmanuel Macron veut mettre l’accent sur la sécurité. Cela ne fait pas de différence ?

Jean-Luc Gibelin. Il y a par moment des opérations de communication, des campagnes disant qu’on va faire de certains services publics des priorités. Quand on passe au tamis de la réalité budgétaire c’est différent. En réalité on rattrape ce qui a été détruit dans le mandat précédent. Au total, en termes de service rendu à la population, on n’a toujours pas atteint une situation de progrès. Les services publics sont malades des politiques austéritaires et financières depuis plusieurs mandats.

La Marseillaise. Vous prônez donc une politique budgétaire globale totalement différente ?

Jean-Luc Gibelin. C’est une véritable priorité qui doit être donnée à l’humain. Les services publics ouvrent un monde d’ayants droits, pas un monde de clients. C’est partir du principe que la société considère qu’il y a des choses qui relèvent de droits et pas du monde marchand. C’est cette logique-là qu’il faut renverser. On en a besoin parce que ce sont les services publics qui garantissent la lutte contre les inégalités, qui permettent d’atteindre l’égalité des territoires, et d’éviter les discriminations de société. Il y a besoin des services publics et y compris qu’il y ait à travers eux des mesures inégales pour atteindre l’égalité. Il faut renforcer les services publics dans les endroits où il y en a le plus besoin.

La Marseillaise. Avec quel argent ?

Jean-Luc Gibelin. De l’argent, il y en a. Quand on a lancé le principe des services publics et de la protection sociale solidaire au sortir de la guerre, la société économique et financière du pays était sans commune mesure comparable à celle d’aujourd’hui. Il y a aujourd’hui des profits énormes quand on voit les gains qui vont être réalisés par les grands groupes avec les décisions de diminuer les impôts sur la fortune. Cet argent on peut le mobiliser pour peu d’avoir la volonté politique.

La Marseillaise. Le système de services publics est-il toujours valable ?

Jean-Luc Gibelin. Le développement des services publics, c’est de la justice. Ce n’est pas un supplément d’âme, ce n’est pas du confort. C’est de la justice pour que la population, quelle que soit sa classe sociale, quel que soit le lieu où elle est née ou le lieu où elle travaille, quel que soit son état de santé ou de connaissance, ait accès à des services publics pour s’en sortir. La valorisation ou la dévalorisation des services publics, ça relève d’un choix politique. Il faut partir de l’expression des besoins, déterminer comment on y répond et contrôler démocratiquement si la réponse aux besoins est toujours adaptée ou s’il faut l’améliorer, l’adapter aux évolutions des sciences et techniques, aux évolutions de la population et de ses aspirations. Les services publics, ce n’est pas un corps mort, au contraire, c’est un concept très vivant qui se nourrit des interactions entre les usagers et les agents. C’est une dynamique.

Propos recueillis par Marine Desseigne (La Marseillaise, le 3 février 2018)

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