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En Catalogne, malaise autour de la candidature de Puigdemont

Les indépendantistes de Catalogne devront décider dans les jours qui viennent s'ils continuent de soutenir Carles Puigdemont, dont la candidature à la tête de la région les divise de plus en plus.

Contrairement aux mouvements indépendantistes d'Ecosse (Royaume-Uni) ou du Québec (Canada), contrôlés par un parti quasiment hégémonique, le camp sécessionniste catalan est représenté dans la région du nord-est de l'Espagne par trois partis, allant de l'extrême gauche au centre-droit et souvent en désaccord. Des tensions qui ont refait surface mardi, quand le président du parlement catalan, Roger Torrent, a reporté par surprise la séance d'investiture de Carles Puigdemont.

Ce dernier avait été destitué, en même temps que tout son gouvernement, le 27 octobre, quand le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy avait pris le contrôle de la région, quelques heures après la proclamation d'une « République catalane » à Barcelone. M. Torrent a affirmé que ce report visait à assurer un débat d'investiture « effectif et doté de garanties », la justice empêchant l'élection de M. Puigdemont: exilé volontaire en Belgique depuis trois mois, Carles Puigdemont risquerait d'être arrêté pour « rébellion » et « sédition » s'il rentrait.

Stratégies distinctes

Les stratégies diffèrent entre le groupe Ensemble pour la Catalogne de M. Puigdemont (centre-droit, 34 Députés sur 135), la Gauche républicaine de Catalogne (ERC, 32 Députés) de M. Torrent et la petite formation de gauche radicale Candidature d'unité populaire (CUP, 4 députés). Après l'échec de la tentative de rupture unilatérale d'octobre - avec la tenue d'un référendum d'autodétermination interdit et la proclamation d'une République mort-née - ERC parie désormais sur un apaisement du conflit et une tentative d'élargissement de l'électorat indépendantiste, qui reste sous la barre des 50% (47,5% en décembre).

Ensemble pour la Catalogne impose de son côté la candidature de M. Puigdemont, même si cela doit intensifier la tension avec Madrid - tandis que la CUP prône la désobéissance civile. « ERC ne veut pas investir le Président Puigdemont et ils vont faire traîner et chercher des excuses », déplore un haut responsable d'Ensemble pour la Catalogne, « mais ils n'osent pas le dire en public ». « L'indépendantisme est cassé en deux », assurait mardi sa principale opposante, Inés Arrimadas, du parti libéral et anti-indépendantiste Ciudadanos. La reconquête du pouvoir au nom de la souveraineté des Catalans était le principal slogan de campagne de M. Puigdemont, qui se présentait comme l'incarnation d'un peuple humilié par la prise de contrôle de la région par M. Rajoy. Mardi, plusieurs milliers de partisans ont manifesté à Barcelone avec des masques de M. Puigdemont : « Si les gens ont voté Puigdemont, Madrid n'a rien à y redire », lançait Anna Segarra, chimiste de 39 ans.

Présidence symbolique

Son élection à la tête du gouvernement régional est problématique puisqu'il serait sans doute placé en détention provisoire, comme son ex Vice-Président Oriol Junqueras (ERC), s'il rentrait en Espagne et qu'une investiture en son absence serait suspendue par la justice. M. Rajoy a également prévenu qu'il maintiendrait dans ce cas la tutelle exercée par Madrid. Face au blocage, le président du parlement catalan a préféré repousser la session, en regrettant que ses alliés du groupe de Carles Puigdemont ne lui aient pas expliqué comment ils comptaient procéder pour sortir de l'impasse.

Des responsables de son parti (ERC) ont simultanément suggéré une autre solution à M. Puigdemont. Depuis la prison, M. Junqueras a proposé d'attribuer à M. Puigdemont une présidence « symbolique », tandis qu'une présidence exécutive serait occupée par quelqu'un d'autre. Le nom de la Députée de son Groupe Elsa Artadi, ex-directrice de campagne de M. Puigdemont et sa Conseillère économique quand il dirigeait la Catalogne (janvier 2016 - octobre 2017) est souvent évoqué dans la presse. De même que celui de l'élu Eduard Pujol, ex-directeur de la radio catalane Rac-1. Les deux ont toute sa confiance et l'avantage de ne pas être dans le collimateur de la justice. Les tractations se poursuivent même si M. Puigdemont reste candidat. « Ce ne sera pas la dernière fois qu'on entend que le mouvement politique (indépendantiste) est mort. Non seulement il n'est pas mort mais il continuera à croître », a averti M. Torrent.

L’Indépendant, le 3 février 2018

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