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Vingt-huit heures !

28 heures de travail hebdomadaire. Et avec 6% d’augmentation de salaire. Telle est la demande formulée par le grand syndicat allemand de la métallurgie IG Metall pour trois millions de salariés. Puissante claque pour la droite qui, chez nous, n’a cessé de pourfendre les 35h alors qu’elles ont permis la création de 350.000 emplois, performance inégalée contre le chômage de masse depuis désormais vingt ans. La droite n’était malheureusement pas seule à avoir répondu par des ricanements au secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, lorsqu’il évoqua, à la fin de l’été, la réduction du temps de travail à 32h. Quant au MEDEF qui désigne si souvent l’Allemagne comme un modèle, il est pris à contre-pied.

Certes cette revendication syndicale est à placer dans le contexte allemand où le taux de chômage, officiellement bas, a pour revers une précarité de l’emploi et une pauvreté des travailleurs plus importantes qu’en France. En réclamant la possibilité de travailler 28h par semaine, IG Metall cherche à réintégrer dans sa convention collective des dizaines de milliers de salariés qui en ont été exclus à force de multiplier les temps partiels ou les emplois précaires. Ajoutons que les 28 heures hebdomadaires revendiquées resteront payées 28, avec une minime augmentation de salaire accompagnée de primes variables selon la situation familiale dans un pays où l’accueil de la petite enfance est indigent et l’allongement de la durée de vie un défi, comme, du reste, dans l’Europe entière.

De ce point de vue, la revendication des 28h, telle qu’elle est formulée, peut apparaître en contradiction avec celle d’une augmentation salariale de 6%. Mais l’une et l’autre, si elles ne s’attaquent pas frontalement au partage de la plus-value et restent circonscrites à un secteur d’activité, posent tout de même deux décisives questions de société : celle de la réduction du temps de travail pour permettre l’embauche et la formation des jeunes et celle de la nécessaire revalorisation des rémunérations. Deux demandes qui viennent percuter les orientations des institutions européennes adeptes de la régression salariale, de l’allongement de la semaine de travail et du recul de l’âge ouvrant droit à la retraite.

Sous l’impulsion de l’Allemagne, sont érigés en dogme dans tous les pays, l’équilibre budgétaire, la compression salariale et la lutte contre l’inflation pour doper les exportations… allemandes, au détriment du pouvoir d‘achat et du temps de travail partout. Autant de choix qui concourent au chômage, à la précarité et à la pauvreté qui sévissent sur le continent.

Il n’est donc pas surprenant que le bras de fer avec le patronat allemand se soit intensifié ces dernières semaines. Ce dernier refusant de discuter des revendications syndicales tant elles touchent au réacteur de la machine capitaliste en crise, où l’accroissement du taux de profit s’effectue au détriment des besoins humains fondamentaux, temps de travail compris.

En France comme dans de nombreux pays, s’il est deux sujets que le patronat et les gouvernements successifs ont cherché à enfouir sous un tombereau de mots vidés de leur sens et assenés comme des évidences -ceux de « compétitivité », de « croissance », etc.-, ce sont bien la diminution du temps de travail et la feuille de paye, alors que la rente a été favorisée au détriment de stratégies industrielles et agricoles potentiellement riches en emplois qualifiés et convenablement rémunérés.

La bataille du temps de travail et celle pour les salaires sont centrales de l’antagonisme entre les travailleurs et les détenteurs de capitaux comme le soulignait Karl Marx dont le bicentenaire doit être l’occasion de revenir sur ses travaux indispensables à la compréhension des rouages du capitalisme.

La robotisation des tâches, la révolution numérique, la modification des modes de vie, comme l’allongement considérable des temps de transport ou la réinvention des modèles familiaux sont autant d’évolutions qui invitent à repenser le temps de travail. Une volonté d’adapter le droit à ces nouvelles situations se manifeste dans de nombreux pays. En France, le patronat, le pouvoir macroniste et la droite coalisés bloquent tout débat. On les comprend tant les revendications outre-Rhin interrogent le rôle et de la place des salariés dans le processus de production, l’organisation de celui-ci, le niveau des rémunérations, le partage des gains de productivité mais aussi les conditions de travail.

Alors qu’un sondage nous informe que près de neuf français sur dix soutiennent les mouvements sociaux en cours dans les hôpitaux, les EHPAD ou les prisons, et que le gouvernement ouvre un nouveau front contre la fonction publique, il revient au mouvement social d’imposer ses thèmes et ses combats dans le débat public. A la faveur du conflit qui secoue l’Allemagne, il est possible de remettre temps de travail et pouvoir d’achat au centre du débat avec les syndicats qui en font leur cheval de bataille.

L’exigence d’une réduction du temps légal de travail à 32h sans diminution de salaire, accompagnée partout de réelles négociations salariales, pourrait dès lors devenir pour tous les travailleurs une évidence, un bienfait pour l’économie du pays et une nécessité d’ordre civilisationnelle à porter d’urgence.

Patrick le Hyaric (L’HD, le 8 février 2018)

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