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L’alimentation doit être un droit humain

L’agriculture et l’alimentation devraient être déclarées enjeux d’intérêt général et humain. On ne peut plus vivre au rythme cadencé des scandales alimentaires comme celui, récent, du lait pour bébé contaminé à la salmonelle. Venant après la vache folle, la viande de cheval intégrée dans des lasagnes, les découvertes de la pollution des eaux par les nitrates ou des pesticides et les preuves de la dangerosité du glyphosate, voici qu’une longue étude, menée en coopération par plusieurs centres de recherche, alerte sur la possibilité que des cancers soient liés à des produits alimentaires ultra transformés. A cette heure, ces chercheurs indiquent qu’une augmentation de 10% de la proportion d’aliments ultra transformés dans le régime alimentaire serait associée à une augmentation de plus de 10% des risques de développement des cancers (1).

Il est donc temps de considérer la production agricole comme un enjeu ayant fort à voir avec la santé, l’environnement, la vie des territoires, la qualité des eaux, la vie des sols, les paysages. Le faire oblige à une approche tout à fait nouvelle du défi agricole et alimentaire. Les Etats généraux de l’alimentation ne dégagent qu’une vision trop limitée. Le rôle et les missions du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation doivent être totalement repensés au regard de nouveaux objectifs intégrant la santé et l’environnement. Il ne peut plus être le simple dispensateur des crédits très mal répartis de la politique agricole commune (PAC). Il doit, au contraire, et à l’aube d’une renégociation de celle-ci, porter le débat sur ses orientations et ses objectifs fondamentaux. Il est urgent de sortir de la mise sous tutelle des paysans par l’agro-business, à l’invasion de la culture et de l’élevage par la chimie et les antibiotiques qui provoquent la destruction des sols et la mise en péril des ressources en eau. Transformer profondément la politique agricole européenne pour le quart de siècle à venir nécessite d’organiser le débat public et de modifier les rapports de forces actuels en mobilisant, dans toute l’Europe, des associations de consommateurs, d’agriculteurs, des chercheurs, des médecins, des cuisiniers, des syndicats de travailleurs des industries agro-alimentaires et des centres de recherches, des élus des villes comme des campagnes.

Alors que les impacts du changement climatique commencent à se faire sentir, tout pousse à penser une réorientation de la production agricole. Elle devrait respecter plus le travail paysan, les cycles de la nature et la santé que le capitalisme financier méprise au plus haut point. Outre leur fonction productive, il est temps de reconnaître aux agriculteurs leur rôle social, territorial, environnemental et culturel. Ceci implique évidemment d’en tenir compte dans la rémunération de leur travail, à l’opposé de l’actuel système de soutien européen à la surface ou au produit qui livre la question vitale de l’alimentation à un marché avec ses effets de surproduction organisée, dans le cadre de « marchés mondiaux » ouverts qui provoquent partout dans le monde des drames sociaux et écologiques. Quel intérêt à aller chercher au Brésil des protéines produites en lieu et place de la forêt amazonienne alors qu’elle constitue un poumon planétaire ? Ce même soja brésilien, souvent transgénique, alimente ici des élevages de plus en plus industriels dans lesquels le paysan tire le diable par la queue. Remettons au goût du jour les orientations fixées par la charte de la Havane de 1948, promue par Roosevelt, déclarant que « les produits de l’agriculture ne sont pas des produits comme les autres », et qui proposait que les produits de la nature, l’alimentation, l’eau, la pêche, les forêts, les sous-sols dérogent au « libre-échange » car ils doivent satisfaire des objectifs de sécurité alimentaire, de développement humain, de préservation des ressources. Tout le contraire de l’actuelle fuite en avant des négociations opaques de libre-échange avec le Canada, le Japon ou les pays du Mercosur. Ajoutons que la dévalorisation du travail paysan provoque un début de perte de maîtrise de nos sols puisque dans des vignobles, des zones céréalières ou d’élevage, des investisseurs venus de Chine captent à vil prix un capital productif essentiel à la souveraineté alimentaire. Ces achats se font contre l’installation des jeunes et une possible réorientation de la production. Le Salon international de l’agriculture qui s’ouvre cette semaine pourrait être l’occasion de lancer un tel débat, d’en appeler aux autres pays européens pour une réflexion d’ensemble s’appuyant sur un bilan social, écologique et culturel des politiques européennes mises en œuvre depuis ces cinquante dernières années. On ne peut, par exemple, débattre d’un sujet comme celui des migrations sans débattre des effets induits par les destructions des agricultures vivrières sur le continent africain et que va forcément accélérer encore le projet de traité de libre-échange que discute en ce moment l’Union européenne avec une vingtaine de pays de l’Afrique de l’Ouest. On leur expédiera nos surplus de lait, ce qui détruira forcément leurs productions locales et jettera, au bout du compte, des milliers de jeunes Africains sur les dangereux chemins de l’exil. Il s’agit bien un enjeu d’intérêt général et humain. Traiter l’alimentation comme un droit humain, c’est un tout autre projet de civilisation !

Patrick le Hyaric (L’HD, le 22 février 2018)

(1) Enquête auprès de 105.000 personnes associant des chercheurs de l’institut national de la santé et de la recherche médicale, de l’institut national de la recherche agronomique, de l’université Paris-13.

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