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« Ce n’est pas une crise des migrants mais de l’accueil des réfugiés »

Marie-Christine Vergiat, Députée européenne Front de gauche, livre son analyse sur « La politique migratoire à l’aune de la protection des droits fondamentaux ».

Marie-Christine Vergiat, membre de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures et membre de la sous-commission des « droits de l’Homme », a accepté de répondre aux questions de la Marseillaise relatives à la politique migratoire de l’Union européenne, ou plutôt à son absence.

La Marseillaise. En pleine « crise des migrants », comme on la nomme, il semblerait que l’Europe ait du mal à définir une politique d’accueil juste et généreuse envers les réfugiés pour l’ensemble de ses membres. Y a-t-il tout de même des avancées dans ce domaine ?

Marie-Christine Vergiat. Il n’y a pas de « crise des migrants » dans l’Union européenne mais une crise de l’accueil des réfugiés, c’est différent. Il ne faut surtout pas se laisser piéger par les mots qui entrent dans nos têtes. Il existe en effet au sein de l’Union européenne des voies légales de migration y compris pour motifs économiques… L’opposition entre « bons réfugiés » et « mauvais migrants » dits économiques n’a aucun sens. Et c’est parce que l’on refuse des voies légales à certains qu’ils n’ont d’autres solutions que de tenter la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie. Pour que les choses évoluent, il est plus que nécessaire de démonter les fantasmes qui alimentent les peurs et qui sont trop souvent portés par ceux qui nous gouvernent. D’autant que l’UE et la France en particulier sont bien loin d’accueillir toute la misère du monde, pour reprendre la phrase de Michel Rocard. Et elles n’y prennent même pas leur part. Bien au contraire. Les politiques menées ferment en effet de plus en plus les frontières. La prétendue « crise des migrants » que vous évoquez dans votre question a donc surtout été un prétexte pour durcir encore les politiques migratoires à l’œuvre depuis de nombreuses années alors même que la situation se stabilisait dès le second semestre 2016 et plus encore en 2017.

La Marseillaise. Alors justement, les États plus que défaillants se renvoient la balle de l’un à l’autre, ou se défaussent sur l’Europe…

Marie-Christine Vergiat. Il faut savoir que la France, qui avait 58.800 primo-demandeurs d’asile en 2014 et 76.000 en 2016, plafonne à 35.000 décisions positives, contre 445.000 en Allemagne pour l’année 2016. Je suis loin d’être une fan inconditionnelle de la politique de madame Merkel mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et les problèmes démographiques de l’Allemagne n’expliquent pas tout. L’Allemagne est depuis plusieurs années le second pays d’accueil des migrants dans le monde, et ce, bien avant 2015. En réalité, les États membres prennent de plus en plus la main sur ces politiques et utilisent l’Union européenne comme bouc émissaire de dysfonctionnements dont ils sont responsables. Les affaires étrangères sont de la seule compétence des États membres. Ils ne donnent à l’UE que ce qu’ils veulent et font de même pour la transposition des directives européennes. Ils ont notamment refusé un véritable droit d’asile européen, tout comme un statut unique pour les travailleurs étrangers, et ont très mal transposé la directive sur le regroupement familial. Sans parler du refus total de toute solidarité avec la Grèce et de l’Italie. La France n’est pas obligée, contrairement à ce qui est répété à longueur de temps, de « dubliner » les demandeurs d’asile. Le problème c’est que nos dirigeants, tétanisés par les discours nationalistes, se sont réappropriés une partie de ces discours de repli. Ce qui a pour unique conséquence de durcir les politiques migratoires.

La Marseillaise. Pourtant d’autres chemins sont possibles. Existe-t-il tout de même des lueurs d’espoir dans cet horizon qui s’obscurcit ?

Marie-Christine Vergiat. Même si je suis très inquiète pour l’avenir, il y a en effet une prise de conscience des opinions publiques comme en témoignent les mouvements de solidarité qui se développent un peu partout en Europe. La majorité de nos concitoyens pourraient accepter d’autres politiques plus respectueuses des droits humains, d’autant que celles conduites aujourd’hui sont autant inefficaces que coûteuses. Avec au moins 15 milliards d’euros dépensés pour barricader les frontières depuis 2000. L’égalité et la dignité pour tous ceux qui vivent sur notre planète, telles que promues par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, doivent être les pivots de cette nouvelle politique migratoire. En tout cas, dans un monde de plus en plus mobile où les capitaux, les services et les marchandises circulent de plus en plus, il est vain de croire que l’on pourra bloquer les êtres humains tout comme de penser que le repli sur soi est une solution. La clé de l’universalisme, c’est le respect de l’autre, de l’altérité, et non l’imposition d’un modèle.

La Marseillaise, le 22 février 2018

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