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Dossier. Économie circulaire

Souvent méconnu, le concept d’économie circulaire a fait l’objet d’une consultation citoyenne qui donnera lieu à une « feuille de route » gouvernementale.

Sous le vocable « économie circulaire » se profile l’ambition « d’éliminer le gaspillage et d’optimiser l’utilisation des ressources tout en diminuant les impacts environnementaux ». Soit une alternative à ce que l’on nomme économie « linéaire », qui tienne compte ainsi des ressources limitées de la planète.

La feuille de route, qui sera présentée à la fin du mois de mars, s’inscrit dans le Plan climat et doit permettre à la France d’atteindre les objectifs de transition vers une économie circulaire fixés par la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015. Elle interviendra après plusieurs mois de travaux qui se sont traduits par le recueil de propositions formulées par des citoyens, des ateliers de travail thématiques et la mise en place d’un comité de pilotage.

Au-delà de l’intérêt de l’initiative gouvernementale, des expériences sont menées en Paca et en Occitanie depuis des années. Zoom sur des actions d’intérêt général.

La Mareillaise, le 3 mars 2018

Manosque. Ethiques et cousus main

L’Atelier des Ormeaux développe une activité de recyclage en récupérant des bâches publicitaires transformées par son chantier d’insertion « couture ». L’activité s’associe à quatre autres structures pour un projet fédérateur axé sur le retour à l’emploi , les enjeux sociaux et environnementaux.

Récupérer des bâches publicitaires et les destiner à une seconde vie en les confiant à l’espace couture de l’Atelier des Ormeaux. Alors que s’amenuisent les soutiens publics, cette idée ingénieuse est née d’une nécessité, « accroître nos capacités d’auto-financement », explique Christine Peltier, directrice de cette association qui oeuvre dans l’urgence sociale selon trois piliers : un accueil de jour, une structure d’hébergement pour les femmes victimes de violences conjugales et familiales, un chantier d’insertion par l’activité économique dans les espaces verts et la couture, qui dans l’année accompagne une cinquantaine de personnes. L’atelier couture réalise tous types de travaux (retouches, costumes de scène, ameublement, confections pour des créateurs…).

Son activité s’est diversifiée en 2013 avec un premier appel à dons de bâches publicitaires et événementielles, dont le recyclage ira à une production de sacs à livres pour la médiathèque. Le projet démarre et son impulsion est donnée par un arrivage en provenance du Parc du Verdon et par une grosse commande d’ERDF qui fournit des bâches que les couturières des Ormeaux utilisent pour confectionner sacoches, trousses, protège-cahiers… aux couleurs de l’entreprise. De là, l’activité évolue avec une marque déposée : « De filles en aiguilles » et l’ouverture d’une boutique de sacs et accessoires. Le cousu main écologique et solidaire déploie sa gamme de modèles uniques, originaux, colorés et stylisés. En ce 1er mars, c’est Marie B. qui accueille les clients. Cette jeune maman de deux enfants a rejoint le chantier d’insertion en 2016 sur une période de quatre mois, avant d’entrer en formation à l’Afpa. Après avoir décroché un Bac pro couture, elle revient aux Ormeaux pour consolider sa pratique, dans l’objectif d’ouvrir sa propre boutique de retouches et création de prêt-à-porter.

Après 40 ans dans la couture, Christine Amaru s’est retrouvée au chômage en 2013. Elle a alors intégré le chantier d’insertion. Six mois plus tard elle devenait l’encadrante technique principale de l’atelier. Christine tient à souligner l’invisible complexité du travail de préparation et de sélection présidant à la taille et la mise en forme des pièces recyclées. « Les gens nous félicitent lorsqu’ils découvrent nos produits et notre démarche », dit-elle en regrettant toutefois une fréquentation encore bien timide de la boutique.

La mutualisation et l’échange pour soutenir l’essor

Développer la commercialisation, c’est la mission d’une responsable de l’activité économique qui vient d’être recrutée.

La difficulté majeure, précise la directrice, est l’approvisionnement régulier en matières à recycler, souvent du plastique, parfois de la toile de jute ou du tissu, comme celui tiré de bâches récupérées dans la région de Montpellier. Mais l’entreprise ne s’arrête pas en si bon chemin et progresse encore grâce à une coopération initiée par le réseau Cocagne. En ce début d’année a ainsi émergé l’association Métamorphose, issue du rapprochement de cinq structures solidaires, spécialisées dans l’upcycling et l’éco-design.

Favoriser le retour à l’emploi, encourager le développement durable par la réduction et la valorisation des déchets, s’impliquer dans un projet innovant et fédérateur en réponse aux enjeux sociaux et environnementaux, sur ces fondements communs, l’Atelier des Ormeaux est désormais en lien avec l’association montpelliéraine Gammes, la Régie de territoire du coeur de Savoie, les Résines Esterel Azur de Grasse, l’Atelier vendéen de la Châtaigneraie dont les confections recyclent notamment des voiles de bateau. « Cette coopération sur le plan national va nous permettre de répondre à de grosses commandes, en mutualisant les matériaux, le personnel, et en échangeant nos savoir-faire. »

La démarche est vertueuse et réunit les conditions d’un bel essor. Pourtant l’élan à ce jour ne tient plus qu’à un fil, le Conseil régional mettant dangereusement sur la sellette les financements essentiels dédiés aux chantiers par l’insertion économique.

Le don de bâches reste d’actualité pour l’Atelier des Ormeaux engagé sur d’autres pistes encore, pour diversifier ses matières à métamorphoser et valoriser sa production.

La Marseillaise, le 3 mars 2018

Contact : atelierdesormeaux@wanadoo.fr - tél. 04 92 87 71 42.

Boucler la boucle

« Repenser nos modes de production et de consommation afin d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles et limiter les déchets générés. » Sur le papier, le concept d’économie circulaire ne peut que séduire. Le contexte s’y prête. Réchauffement climatique, pollution, épuisement des matières premières… Nous sommes parvenus à maturité pour être sensibles au cercle vertueux. Les industriels ont d’ailleurs bien compris tout l’intérêt de cette « stratégie de croissance et de compétitivité » comme le résume le Medef. « Facteur de sécurisation des approvisionnements et vecteur d’innovation, l’économie circulaire contribue à une croissance plus durable » se félicite le patronat. Côté consommateurs, nous serions prêts à « une société plus sobre et frugale » selon nombre d’associations environnementales.

Frugalité qui reste néanmoins un problème de riches.

« L’économie circulaire n’évoque pas le partage des richesses »

Même si elle met l’accent sur la création d’emplois, l’économie circulaire oublie le social, n’évoque pas le partage des richesses qui contribuerait pourtant lui aussi à rationaliser l’utilisation des ressources. Un changement de paradigme auquel, pour le coup, tout le monde n’est pas prêt. Ce que relèvent dans leur ouvrage L’économie circulaire, une transition incontournable, 50 experts de la question. « La transition à une économie circulaire posera des questions de justice distributive (...) » notent-ils, redistribution qui « rencontrera toujours une résistance de la part de ceux qui doivent renoncer à un privilège qu’ils détenaient dans le passé. »

Autre écueil, le double discours du gouvernement que dénoncent déjà les acteurs de l’économie sociale et solidaire et de la défense de l’environnement. Dans une tribune publiée sur Mediapart, ils pointent le manque d’investissements humains et financiers quand les contrats aidés sont supprimés, les dotations aux collectivités réduites. Autant de freins à lever pour véritablement boucler la boucle.

Mireille Roubaud (La Marseillaise, le 3 mars 2018)

« Réduire la consommation de ressources nouvelles »

Frédéric Deschamps est bénévole au Repair Café de Montpellier.

Frédéric Deschamps. A Montpellier, tous les troisièmes samedis du mois, une vingtaine de bénévoles accueille le public pour un après-midi au Repair Café. Cet atelier de réparation participatif, créé en 2016, prône la transmission de savoir-faire pour éviter la mise au rebut d’appareils qui semblent cassés. Le rendez-vous attire chaque mois de plus en plus de monde et la structure devrait bientôt devenir une association à part entière.

La Marseillaise. C’est quoi un Repair Café ?

Frédéric Deschamps. C’est très simple, c’est un atelier de réparation participatif. On reçoit tous les publics, les gens viennent avec leur appareil ménager ou du textile à raccommoder. Le principe est qu’ils puissent réparer leur appareil, avec l’accompagnement d’un bénévole qui a quelques compétences dans ce domaine. C’est vraiment faire une réparation, ensemble.

La Marseillaise. Pourquoi avoir créé cet espace ?

Frédéric Deschamps. Le Repair Café a été créé fin 2016, à l’initiative de plusieurs personnes qui connaissaient et utilisaient le Faubourg, un espace de co-working du centre- ville de Montpellier. L’idée a été reprise par quelques personnes qui l’ont portée à bout de bras jusqu’à fin 2017, où le phénomène a pris de l’ampleur. Ce Repair Café est donc parti du public, qui a exprimé des besoins, et des bénévoles qui étaient intéressés par l’idée d’éviter la mise au rebut et de réduire la consommation de ressources nouvelles pour remplacer des appareils qui sont réparables. C’est aussi transmettre aux gens qu’on accueille le savoir faire pour qu’ils puissent réparer eux-mêmes. Et à côté de ça, créer un espace d’échanges, dans l’accueil et pendant les réparations. On est tous les uns à côté des autres, tout le monde participe à tout.

La Marseillaise. Avec l’obsolescence programmée des objets, l’augmentation de la consommation, les gens ont-ils encore le réflexe de faire réparer un objet qui ne fonctionne plus ?

Frédéric Deschamps. Justement, c’est en train de revenir. Les gens commencent à prendre conscience de tout ça. J’ai déjà eu affaire à des personnes qui, malgré le fait que leur appareil était encore sous garantie, sont venus au Repair Café parce qu’ils savaient pertinemment que s’ils le rapportaient en magasin, on allait le leur échanger et que l’ancien allait partir au rebut. Ces derniers mois, on a vraiment vu une augmentation de cette prise de conscience. Et ça fait plaisir, parce qu’assez souvent, lorsqu’un appareil ne fonctionne plus, ce n’est pas grand-chose. Il suffit parfois de changer une pauvre pièce à trente centimes sur un appareil qui coûte 300 euros, et il repart pour dix ans. Quelquefois, c’est vrai qu’on ne peut pas réparer un appareil, mais ça vaut le coup d’essayer, de se pencher un peu sur le problème, plutôt que céder à un discours tout fait pour qu’on achète le nouveau modèle dernier cri, si possible de la même marque.

La Marseillaise. Quel type d’appareil peut-on apporter ?

Frédéric Deschamps. Actuellement, c’est du petit électroménager, qui peut tenir dans les bras, parce que vu la place qu’on a, on est limités à ça : matériel hi-fi, grille-pain, micro-ondes, four… Au niveau informatique, on peut s’occuper de ce qui est matériel, essayer de diagnostiquer une panne, donner des conseils. On a aussi un atelier couture. En parallèle, comme on accueille les personnes dans leur ordre d’arrivée, il y a un espace pour patienter, avec un café, des jeux de société. Le but c’est que les gens discutent entre eux.

La Marseillaise. Tout est réparable ?

Frédéric Deschamps. On ne vend pas de pièces détachées. Régulièrement, on arrive à cibler le problème, et on oriente le public vers des commerces capables de leur fournir la pièce défectueuse manquante. Le mois dernier, une personne est revenue quatre mois après, avec son condensateur à moins d’un euro, sans y croire vu le prix que ça lui avait coûté, et elle est repartie avec son appareil qui fonctionnait.

Recueilli par Marine Desseigne (La Marseillaise, le 3 mars 2018)

Infos : sur la page Facebook Repair Café Montpellier, ou par mail : repaircafemtp@gmail.fr. Le Faubourg, 15, rue du Faubourg de Nîmes à Montpellier, près du Corum.

À Marseille les vieilles palettes connaissent une nouvelle jeunesse

Le transport de marchandises génère un grand nombre de palettes qui finissent par devenir des déchets. C’est de ce constat qu’est née en 2011 l’entreprise marseillaise Biomasse 13. Implantée à la Barasse dans le 11e arrondissement, elle participe au maintien d’une activité industrielle sur le territoire phocéen. Son concept ? Récupérer des palettes usagées dans un rayon de 50 km maximum, les broyer, extraire les clous au moyen d’un aimant, puis compacter la sciure obtenue pour former des granulés de bois. Vendus 3,50 euros le sac de 15kg soit 234 euros la tonne, ces pellets servent de combustible renouvelable mais aussi de litière pour des centres équestres ou des animaux de compagnie. La TPE, membre de l’association Bâtiments durables méditerranéens (BDM), emploie 5 salariés et a reçu l’appui du Conseil régional l’année passée. Elle fabrique environ 1.200 tonnes de granulés par an mais ses capacités de production lui permettent de pouvoir monter à 1.800 tonnes. Un exemple intéressant d’écologie industrielle.

La Marseillaise, le 3 mars 2018

Occitanie : l’objectif de Carole Delga

« Devenir la première Région à énergie positive d’Europe » d’ici 2050, tel est l’objectif formulé par la présidente de la Région Occitanie Carole Delga. « Très ambitieux » certes, mais la majorité estime que le territoire « dispose pour l’atteindre d’un potentiel énorme et de nombreux atouts ». Elle met ainsi en avant qu’en ce qui concerne la production d’électricité renouvelable, la Région Occitanie « se positionne déjà au deuxième rang des Régions françaises ». Parmi les nombreuses initiatives allant en ce sens, la création début 2018 d’une Agence régionale de l’Énergie et du Climat, dont la vocation est « d’accompagner les territoires dans leurs démarches de transition ».

La Marseillaise, le 3 mars 2018

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