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Pensée. Marx le retour

C'est à la fois l’année du bicentenaire de la naissance de Marx et le cent soixante dixième anniversaire de la parution du Manifeste du Parti communiste. A l’heure où le capitalisme n’a jamais autant montré son caractère prédateur sa pensée redevient d’une brûlante actualité.

Quand Howard Zin, célèbre historien américain et auteur de la fameuse « Histoire populaire des États-Unis », écrit sa courte pièce de théâtre, « Marx le retour », l’URSS vient de s’effondrer, la presque totalité des médias proclame la fin de l’histoire et le triomphe définitif du capitalisme. « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées par le stalinisme et que sa critique du capitalisme reste vraie » écrit-il.

En effet, comme aurait dit Galilée, la terre a continué de tourner et les inégalités sociales d’exploser : un rapport montre qu’en 2017, 1% de la population mondiale s’est accaparé de 80% de la richesse produite pendant que 3,7 milliards d’individus n’ont rien reçu et que le chômage de masse pèse négativement sur la vie quotidienne.

La guerre nourrit plus que jamais les appétits féroces des appareils militaro-industriels et la planète ploie sous les coups de boutoir ravageurs pour l’homme et la nature des multinationales de l’énergie ou de l’alimentation. Enfin, chose incroyable au sortir de la dernière guerre, l’obscurantisme sexiste et raciste opère un retour spectaculaire qui désarme en les divisant les peuples face aux puissants.

C’est sans doute d’abord parce que toutes les valeurs humaines sont aujourd’hui foulées aux pieds par la dure loi de l’argent que s’explique le regain d’intérêt pour l’œuvre et la pensée de Marx. Mais c’est aussi parce que grandit l’espoir d’autre chose, l’aspiration dans une grande partie de la jeunesse à ce que de nouvelles utopies s’emparent de leurs rêves d’égalité et de fraternité, que la liberté guide à nouveau leurs pas. Il n’est qu’à voir le succès rencontré par le très beau film de Raoul Peck sur « Le jeune Karl Marx » qui a l’immense mérite de dépoussiérer une pensée considérablement caricaturée et déformée mais qui est pourtant une des grandes pensées anticipatrices et émancipatrices de ce temps.

Peut-on analyser le capitalisme contemporain en faisant abstraction de l’idée simple que le capital n’est pas un moyen d’organiser le travail mais un rapport social entre ceux qui l’exploitent et ceux qui l’exécutent ? Comment comprendre l’acharnement à augmenter le temps de travail et à re- culer l’âge de la retraite en faisant abstraction de la recherche de la plus-value et du profit comme moteurs du système ? Qui a lu l’analyse que Marx fait de la Commune dans « Les luttes de classes en France » comprend qu’il fait de la démocratie et de l’autogestion généralisée non pas seulement le moyen mais aussi le but de l’action révolutionnaire.

Le Manifeste communiste, qui est aujourd’hui l’ouvrage le plus diffusé dans le monde, (eh oui !) mérite d’être lu et relu quand on pense à l’interprétation erronée qui en a été faite au XXe siècle en particulier cette phrase essentielle : « A la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

L’hypothèse communiste comme le dit Alain Badiou est revenue à l’ordre du jour. Mais ne nous y trompons pas. Si Marx pose les fondements d’une formidable utopie, celle du commun comme visée humaine et civilisationnelle, celle-ci doit articuler dans les conditions d’aujourd’hui trois exigences qui doivent être inventées dans un même mouvement : la socialisation d’une économie durable et soutenable ; une mondialité solidaire des peuples dans la paix et la coopération sociale et culturelle ; une démocratie radicale à tous les étages qui affranchit de toutes les dominations sociales, sexuelles et culturelles.

C’est la tâche qu’il incombe aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui d’accomplir ensemble.

Alain Hayot (La Marseillaise, le 5 mars 2018)

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