Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Formation professionnelle. Big bang ou déflagration des droits et du dialogue social

La Ministre du Travail a énuméré hier des mesures redoutées par les signataires de l’accord du 22 février et plus largement par le monde du travail.

A en croire la Ministre du Travail Muriel Pénicaud, sa réforme de la formation professionnelle serait « largement » inspirée de l’accord conclu le 22 février entre le patronat et une partie des organisations syndicales de salariés, à savoir FO, la CFDT et la CFTC, la CGT ayant refusé de le parapher.

Les principales mesures de ce que la Ministre nomme « big bang » sont pourtant de nature à faire grincer des dents dans les rangs des signataires, qui ont multiplié les mises en garde au cours du week-end. Ce qui n’a pas manqué d’advenir hier en suscitant une levée de boucliers de la part des représentants du monde du travail (lire ci- dessous).

Menace sur le paritarisme

Ainsi, là où ces derniers réclamaient davantage d’heures -de 24 à 35 heures- via le compte personnel de formation (CPF), il est désormais prévu que les droits soient convertis en euros. Chaque salarié devrait donc voir son CPF abondé de 500 euros par an, avec un plafond de 5.000 euros (800 euros pour les personnes sans qualification avec un plafond à 8.000 et « au prorata temporis » pour les CDD). « Plus lisible », selon la Ministre. Mais pas forcément plus avantageux au regard du coût des formations.

Et comme dans l’équipe Macron on ne lésine pas sur les effets de com’, la mesure est assortie d’une application numérique vantée comme une mine d’informations sur les droits acquis, le taux de satisfaction, etc. Et grâce à elle l’on pourra même s’acquitter directement du montant de la formation. Sans intermédiaire, saluent certains observateurs.

Le « big bang » intervient en outre dans le mode de collecte des sommes allouées à la formation professionnelle. Alors que jusque-là cette tâche incombait aux organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA), elle sera dorénavant confiée aux Urssaf à l’horizon fin 2020 ou dans le courant de l’année 2021. L’argent sera ensuite dirigé vers la Caisse des consignations et dépôts qui sera chargé de payer les organismes de formation. Une décision qui soulève son lot d’interrogations, la première d’entre elles étant de savoir si les Urssaf bénéficieront des moyens nécessaires à cette nouvelle mission.

Quant aux OPCA - auxquels se substitueront des « opérateurs de compétences » - nul ne sait ce qu’il adviendra des salariés qui y oeuvrent actuellement (5.000 équivalents temps plein). La fin de ces structures fait en outre craindre la fin du paritarisme.

Là encore, la ministre va à l’encontre de la demande exprimée par les syndicats et le patronat que les OPCA continuent de collecter les fonds, dans un souci d’« efficacité et de visibilité ».

Autre source d’inquiétude quant à la pérennité du paritarisme national et autre signe de la « reprise en main » par l’exécutif : la création de l’agence « France compétences » en lieu et place des trois instances actuelles (Copanef, Cnefop et FPSPP) dont la gestion reviendra à l’État, aux organisations syndicales et patronales et aux Régions. Et à laquelle il reviendra notamment de contrôler la qualité des formations en vue d’une certification et par conséquent d’un financement. Autrement dit, de veiller à ce que les coûts « ne dérivent pas » selon la formule de la Ministre.

Sous couvert de « simplification » et de cette fin des abus si chère à la rhétorique macronienne, le gouvernement tente une nouvelle fois de reléguer les partenaires sociaux au rôle d’observateurs. Et une nouvelle fois au détriment des droits des salariés.

La Marseillaise, le 6 mars 2018

Bang bang sur la formation

Le libéralisme mâtiné de reprise en main étatique. La méthode du gouvernement Macron-Philippe, d’essence technocratique et élitiste, est désormais à l’oeuvre en tous domaines. La formation professionnelle n’y échappe pas. Officiellement, il s’agit de remettre de l’ordre dans tout ça au nom de l’efficacité.

Mais dans les faits, la remise en ordre revendiquée par Muriel Pénicaud est une mise au pas des partenaires sociaux, syndicats en tête. Pour le gouvernement qui n’aime pas les corps intermédiaires, -pourtant un élément fort de toute démocratie digne de ce nom- le paritarisme est un gros mot. Le remodelage complet du modèle social, entrepris par les ordonnances sur le Code du travail, se poursuit avec comme méthode l’autoritarisme en place de la vraie négociation. La formation est le premier étage de la fusée d’une loi annoncée pour ce printemps qui va englober l’assurance chômage et l’apprentissage.

500 euros par an : une aumône

Les droits des salariés en sortent-ils grandis et musclés ? On peut émettre de très sérieuses réserves sur la conversion en euros des heures du compte personnel de formation. Cela se traduira par 500 euros par an, plafonné à 5.000 euros, pour le salarié. Une aumône !

On est à des années lumière du droit à la formation « tout au long de la vie » pourtant nécessaire pour non seulement se mettre à niveau mais enrichir ses compétences avec des formations de qualité.

Sur la collecte des fonds, lesUrssaf serontenpremière ligne. Quid des moyens pour bien collecter puis répartir ces fonds ? La ministre n’en dit mot. De même sur l’avenir des organismes collecteurs qui vont être dépossédés de cette mission. Quel avenir ? La réforme annoncée est floue et peut être celle de tous les dangers.

Même la CFDT est déboussolée par le rouleau compresseur.C’est dire combien le « dialogue » n’est plus de mise.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 6 mars 2018)

« Victoire des libéraux » et « individualisation des travailleurs »

L’annonce, par la Ministre Muriel Pénicaud, d’un « big bang » en matière de formation professionnelle avait suscité inquiétudes et mises en garde. Y compris parmi les organisations qui avaient apposé leur signature au bas de l’accord du 22 février. « Madame la Ministre devrait faire attention que son "big bang" ne lui revienne pas comme un boomerang », avait commenté Michel Beaugas(FO).

Ce à quoi Laurent Berger avait renchéri ce week-end : « Attention qu’à vouloir changer la gouvernance de ce système, on ne se mette pas davantage à travailler sur la tuyauterie que sur le réel des gens. »

Leurs craintes ont été confirmées hier par les annonces de la Ministre. La CFDT pointe notamment l’absence de « concertation préalable » sur la pseudo-simplification et estime que le glissement de la collecte financière des OPCA vers les Urssaf « mérite plus de transparence en termes d’impact financier et d’opérationnalité ».

Michel Beaugas estime que « les libéraux ont gagné ». « Aujourd’hui, quand vous disposez de 100 heures de formation sur votre CPF, vous faites vos 100 heures quel que soit le prix. Demain, si vous avez besoin de 100 heures de formation, qui coûtent 4.000 euros, et que vous avez 500 euros sur votre CPF, qui paie ? », interroge-t-il.

Vive réaction également du côté de la CGT : « A l’instar de la politique destructrice du droit du travail, c’est de nouveau un tournant libéral indéniable. Et le "big bang" risque bien de produire le néant ! » Pour l’organisation, qui n’a pas signé l’accord du 22 février, le gouvernement « fragilise encore le monde du travail en érigeant une individualisation totale des travailleurs, désormais, seuls responsables de leur employabilité ».

La Marseillaise, le 6 mars 2018

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64