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Derrière les cheminots, une attaque qui nous concerne tous !

Soutenu par des charrettes de mensonges emplies à ras bord, le gouvernement veut faire croire qu’il va sauver la SNCF en démantelant le statut de cheminot. Disons d’abord que le problème de la société française n’est pas que les cheminots et d’autres disposent d’un statut, mais que beaucoup ne bénéficient d’aucun mécanisme sécurisant leur vie professionnelle.

Contrairement aux affabulations de la mécanique médiatique, la productivité à la SNCF a augmenté de 40% quand les rémunérations se situent entre 1219 euros et 4584 euros pour un cadre en fin de carrière. Six cheminots sur dix gagnent moins de trois mille euros mensuels. Détruire ce statut permettrait, dit-on, d’économiser « près de 150 millions d’euros » sur dix ans. Or, la dette de l’entreprise ferroviaire dépasse les 45 milliards d’euros avec 2,5 milliards de frais financiers chaque année. Les enjeux sont donc d’une toute autre nature. Il aurait fallu faire comme l’Allemagne dont l’Etat a pris en charge la dette de son chemin de fer. Il serait encore possible aujourd’hui de demander le refinancement de la dette en utilisant une partie de la création monétaire de la Banque centrale européenne, qui pourrait également servir à valoriser un nouveau projet pour le rail afin de respecter les objectifs de la conférence climat, de la sécurité routière et d’un développement durable des  territoires.

Il est également faux de répéter que les directives européennes obligent à mettre fin au droit social des cheminots. Les combats des progressistes au Parlement européen l’ont empêché. Par contre, ce statut est de plus en plus malmené du fait des choix de la direction de la SNCF qui multiplie les filiales de droit privé et va jusqu’à organiser elle-même la concurrence entre les entreprises sous tutelle de sa holding de tête et entre les salariés. 145.000 d’entre eux sont aujourd’hui sous le statut créé en 1950 alors qu’il y en a déjà 115.000 qui travaillent dans les filiales privées dont les noms deviennent communs : Kéolis, Géodis, Ouigo, Ouibus, Voyages-sncf, Altéméris, Effia et mille autres dont une bonne partie est active à l’étranger. Celles-ci vont faire la concurrence dans d’autres pays européens en lieu et place d’un système solidaire et coopératif du transport par chemin de fer au sein de l’Union européenne. La multiplication de ces filiales a fait perdre de la cohérence dans le commandement de l’entreprise, et la recherche des bénéfices s’est faite au prix de sous-investissements dans la maintenance et le développement du trafic. On ne peut à la fois défendre l’efficacité sociale, écologique et économique du rail tout en créant son propre concurrent avec les cars ou les camions. Une nécessaire réforme progressiste se fixerait pour objectifs la renationalisation de l’entreprise et l’octroi du même statut à toutes celles et ceux qui travaillent pour le rail. Dans l’actuel processus de mise en concurrence de la maison mère et de ses filiales, c’est la première qui porte la dette et les frais financiers tandis que les filiales privées amassent les bénéfices. S’agissant de l’aide publique à l’entreprise, elle reste inférieure à ce que l’État dépense pour les routes alors que les autoroutes ont été vendues à vil prix au privé sans bénéfices pour les automobilistes.

On le voit, aucune raison technique ou financière ne justifie ce déferlement contre le statut des cheminots déjà bien entamé avec les filialisations. La raison fondamentale réside dans les dogmes ultra-libéraux qu’a décidé d’appliquer le pouvoir macroniste à toute la société en privatisant tous les biens communs, en détruisant tous les services publics pour les livrer aux forces de l’argent à la recherche d’une augmentation de leurs taux de profit. L’abjecte réponse du Président de la République à un cheminot lors du salon de l’agriculture, comparant son statut à celui du paysan qui aura une faible retraite, permet de saisir que sa démarche repose sur la division des travailleurs. Ce n’est pas la fin du statut d’une catégorie qui va améliorer la retraite du paysan mais le retour de l’impôt sur la grande fortune. S’il était attaché à l’égalité sociale, il mettrait fin au fameux CICE qui coûte bien plus cher que ce que l’Etat octroie chaque année à la SNCF. Il peut demander à ses députés de voter la proposition de loi de notre ami André Chassaigne pour la revalorisation des retraites paysannes. Ne rêvons pas. Tout cela sera l’affaire de luttes, les plus unitaires et déterminées possibles, comme celle en préparation du 22 mars.

Sans services publics, sans train, sans poste, sans protection sociale, sans hôpitaux, sans pompiers, sans mairie, sans gendarmerie, le petit paysan retraité vivra encore plus mal demain. Ses enfants comme ceux des cheminots rentreront dans une société où régnera la folle loi de la jungle. C’est de cela dont il s’agit. La campagne contre le statut des cheminots est une opération politique de division pour atteindre l’idée même de service public. Et le pouvoir veut le faire en utilisant les « ordonnances ». Ce serait une jurisprudence dangereuse contre tous nos services publics et le statut des agents publics indispensables à la vie quotidienne de tous nos concitoyens. Ne nous laissons pas détourner. Que le monde du travail et des retraités trouve les chemins de la solidarité dans l’action pour l’intérêt général humain.

Patrick le Hyaric (l’HD, le 8 mars 2018)

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