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Secours aux migrants. L’Aquarius catalan Assigné à la terre ferme

La justice italienne a immobilisé le navire de l’ONG catalane en Sicile.

Association de malfaiteurs en vue de favoriser l’immigration clandestine ». Pour le parquet de Catane, tel est le grave délit commis par l’ONG catalane Proactiva Open Arms. Et voilà pourquoi, depuis ce week-end, son navire Open Arms est placé sous séquestre par la justice italienne, immobilisé dans le petit port sicilien de Pozzallo. « Coupable de sauver des vies que l’Europe aurait laissé mourir dans la plus grande fosse commune de la planète : la mer Méditerranée », rétorque l’organisation fondée à Badalona (Barcelone).

Altercation avec les gardes côtes Libyens

Car quelques heures avant son immobilisation, le bateau venait de déposer sur une terre ferme -et sûre- 216 migrants, pour la plupart Érythréens, secourus jeudi dernier au large de la Libye… Pour le parquet italien, droit dans ses bottes, qu’importe la beauté du geste : ce sauvetage est illégal. Jeudi, l’ONG avait certes été avertie par l’Italie de la présence de deux embarcations en difficulté, à 73 milles nautiques des côtes libyennes, pas très loin de la position de son navire. Mais elle avait aussi été informée que les autorités de Tripoli coordonneraient les opérations. Malgré cela, Proactiva Open Arms a vogué au secours de ces migrants tout proche, et a refusé de les « rendre » aux gardes côtes libyens, lorsqu’ils sont arrivés sur place une heure plus tard. Selon l’ONG, ces hommes auraient exigé de récupérer « femmes et enfants », et proféré des menaces. L’équipage de Proactiva Open Arms n’a pas cédé, refusant de « restituer de force (les migrants) à un pays non sûr, tel que la Libye ».

Selon Amnesty International, Tripoli détient actuellement 20.000 candidats au départ, souvent victimes de violences et d’abus…

Secourir en mer « n’est pas un crime »

« Aujourd’hui, il semble que la solidarité soit devenue un délit », a constaté avec amertume Oscar Camps, fondateur de Proactiva Open Arms, martelant : « le secours en mer n’est pas un crime ». C’était lundi, sur le port de Barcelone, à l’occasion d’une conférence de presse. À ses côtés : Ada Colau, Maire de la capitale catalane ; Joan Manuel Serrat, le célèbre chanteur ; ou Jordi Evole, journaliste réputé. « Toute l’Europe fait naufrage en Méditerranée avec ce type d’agissements », s’est lamenté Ada Colau. « C’est le monde à l’envers : ces organisations nous permettent de sauver la face », a dénoncé Jordi Evole. Car l’affaire fait émerger un écueil juridique érigé par les autorités internationales, qui menace de plus en plus les ONG, et entrave leurs odyssées. Pour Oscar Camps, la manœuvre est limpide : « L’objectif est qu’il ne reste plus aucune » ONG de secours en mer. Hier, trois membres de Proactiva Open Arms étaient encore en Sicile, dans l’attente du sort que leur réservera la justice italienne. Depuis dimanche, le reste de l’équipage est rentré peu à peu en Catalogne. Le Open Arms, lui, pourrait rester à quai longtemps. L’an dernier, une ONG allemande a vécu le même type de mésaventure. Son navire, saisi, est toujours empêché de reprendre la mer pour sauver des vies.

Myriam Galy (L’Indépendant, le 21 mars 2018)

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