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Crise catalane. La machine judiciaire s’emballe en Espagne

Le juge de la Cour suprême espagnole s’apprête à conclure l’enquête.

Coup de théâtre hier dans le feuilleton político-judicaire catalano-espagnol. L’intrusion du juge d’instruction dans le processus parlementaire catalan a provoqué une réaction inespérée : la CUP récalcitrante à l’élection d’un Président de la Generalitat ne souscrivant pas à une « République Indépendante de Catalogne », serait prête à joindre ses voix à celles des deux autres partis indépendantistes : Junts per Catalunya et ERC, et à investir Jordi Turull aujourd’hui même. Ceci dans le but de devancer le « pion » Llarena.

Un étrange revirement

Le juge du Tribunal Suprême a en effet causé la stupeur hier matin en convoquant précipitamment, les Députés Jordi Turull, Josep Rull, Raül Romeva, Carme Forcadell, Dolors Bassa et Marta Rovira, qui étaient en liberté provisoire sous caution, Ils devront se présenter devant lui vendredi matin. Objet de la convocation : communiquer les chefs d’inculpation. Sur la convocation, ils sont empressément avertis qu’ils doivent se faire accompagner de leurs avocats. Les six élus poursuivis apprendront ce vendredi si le juge maintient les chefs d’inculpation les plus terribles -rébellion et sédition- ou seulement la malversation de fonds publics et désobéissance aux lois, les deux premiers comportant des peines de 20 à 30 ans de prison. Dans ce cas, ils s’exposent à retourner en prison jusqu’au verdict final du procès, prévu dans quelques mois. En même temps, l’inculpation supprimera automatiquement l’immunité parlementaire des six élus.

Ce qui signifie : cinq élus de moins pour voter l’investiture ; donc : plus de majorité indépendantiste, et même plus de candidat du tout !

La convocation des six élus a d’autant plus surpris, que le juge Llarena avait demandé récemment un délai supplémentaire pour faire face à l’instruction jugée gigantesque de l’affaire catalane, qui concerne une trentaine de personnes, voire davantage.

L’étrange revirement du Procureur général de l’État Julián Sanchez Melgar a peut-être contribué à précipiter la réaction du juge. Le prestigieux commentateur judiciaire Ernesto Ekaizer s’étonnait que ce magistrat -nommé par le gouvernement de Mariano Rajoy-, se soit d’abord opposé à la demande de libération de l’ex-responsable de l’intérieur de la Generalitat Joaquim Forn, pour finalement réclamer son élargissement « pour raisons humanitaires ».

La mise sous tutelle ne sert plus les intérêts de Rajoy

Mariano Rajoy croyait avoir trouvé une solution radicale à la rébellion institutionnelle catalane par la mise en œuvre l’article 155 de la Constitution qui depuis le 27 octobre a placé la Catalogne sous la tutelle de Madrid, puis en convoquant des élections autonomiques. Or, Rajoy est pressé de faire voter son projet de Budget 2018. La semaine dernière il a dû faire face à des milliers de retraités révoltés dans une centaine de villes espagnoles qui réclament une amélioration de leurs maigres pensions. Rajoy leur a promis plus d’argent, mais pour cela il a besoin de l’appoint parlementaire des Basques du PNB. Or, le PNB, solidaire de la Catalogne, ne donnera pas son aval, tant que la Generalitat reste sous la tutelle de Madrid. Une tutelle qui ne sautera que quand le parlement de Catalogne aura investi un nouveau président de la Generalitat…

Joana Viusà (L’Indépendant, le 22 mars 2018)

Machine

L’affaire catalane est décidément un feuilleton riche en rebondissements. Cette fois, c’est le juge qui se rebiffe. Ou plutôt, il continue dans sa logique très politique alors même que la politique aimerait reprendre ses droits. Mariano Rajoy, en effet, aurait besoin de voir la situation s’apaiser en Catalogne. Tant que la Generalitat n’a pas de Président, tant que l’article 155 est en vigueur, il est sans majorité car le parti basque PNV, fait de la sortie de crise un préalable à son soutien, indispensable pour voter le budget. De plus, l’élection d’un Président à la Generalitat serait une ombre portée sur l’aura médiatique de Carles Puigdemont qui reste un agitateur très irritant pour Madrid. Le procureur de l’État avait d’ailleurs accompli un geste d’apaisement en demandant la libération pour raison de santé de l’ex-Ministre Joaquim Forn. Là, le juge décide de boucler son dossier, de convoquer vendredi tous les mis en cause y compris Jordi Turull, principal candidat à la présidence de la Generalitat, menacé d’emprisonnement. L’apaisement attendra. Pour avoir utilisé la justice pour régler un problème politique, Rajoy vient de voir la machine s’emballer.

Pierre Mathis (L’Indépendant, le 22 mars 2018)

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