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« La France sous les 3% ? Un résultat comptable en sacrifiant les services publics »

Dominique Plihon est membre des Economistes atterrés et porte-parole d’Attac. Il commente l’annonce par l’Insee, hier, d’un déficit public français passé sous la barre des 3%.

La Marseillaise. L’Insee a annoncé dans une note publiée hier que la France avait ramené son déficit public sous la barre des 3% à 2,6%. Pourquoi ?

Dominique Plihon. Ce résultat est lié aux réformes structurelles qui ont été menées consistant à réduire les dépenses de l’État via des politiques d’austérité. Il y a également un élément conjoncturel : la croissance économique a été supérieure à ce qui était prévu lors de l’élaboration des comptes. Il y a donc des rentrées fiscales supplémentaires, une « cagnotte » qui aide évidemment à avoir un déficit inférieur à ce qui était prévu.

La Marseillaise. D’un point de vue comptable, l’événement est applaudi, mais derrière qu’y a-t-il ?

Dominique Plihon. La contrepartie se voit par exemple dans les hôpitaux. Notre système qui était parmi les meilleurs du monde est aujourd’hui dans un état dramatique. Manque de lits, problèmes aux urgences… voilà ce qui arrive quand on place des gestionnaires à la tête des établissements. Les politiques appliquées donnent donc des résultats au plan comptable et financier mais c’est en sacrifiant la qualité des services publics. Les Français ne s’y retrouvent donc pas, notamment les plus faibles, les retraités, ceux qui vivent en milieu rural, etc. C’est caractéristique des priorités d’Emmanuel Macron qui est un banquier et un financier mais l’Union européenne est aussi totalement dans cette logique.

La Marseillaise. Côté prélèvements, il y a augmentation, mais notamment via la TVA et la CSG ?

Dominique Plihon. Cela conforte notre analyse sur l’injustice et l’inégalité du système fiscal français. La principale source de revenu de l’État est la TVA,impôt régressif car les plus pauvres consacrent tous leurs revenus à la consommation et sont donc imposés sur l’ensemble. Même injustice avec la CSG qui touche particulièrement des catégories faibles comme les retraités. L’impôt sur les revenus est, lui, loin derrière.

La Marseillaise. La dette, elle, ne baisse pas, poussant notamment Bruno Le Maire à affirmer que « la réduction de la dette, ça doit être un objectif prioritaire pour le gouvernement » ?

Dominique Plihon. Je parlerais davantage de stabilisation de cette dette que de hausse sachant que depuis le début de la crise la dette a augmenté de 50%. Mais cette hausse n’est pas liée à des dépenses excessives de l’État ou à sa mauvaise gestion mais parce que les pertes des banques ont été socialisées. La situation actuelle est également liée à un facteur très favorable : la faiblesse des taux d’intérêt qui, forcément, permet d’avoir un service de la dette assez bas. Mais ces taux vont probablement remonter. Conviction idéologique que la dette est un problème, qu’elle est liée à une mauvaise gestion de l’État et renchérissement des taux d’intérêt vont probablement alimenter le discours prônant la poursuite de l’activité. A l’inverse nous pensons que la dette n’est pas une mauvaise chose en soi puisqu’elle résulte de sauvetage d’acteurs économiques et qu’une poursuite de l’austérité risque de faire avorter une reprise encore fragile car 2% de croissance, ce n’est pas flamboyant et c’est moins que d’autres pays. Et je ne parle pas de la dégradation du service public et des inégalités que cela provoque. Car qui subit cette politique ? Ni les riches, ni les grandes entreprises ! Il faut en finir avec les cadeaux fiscaux et s’atteler sérieusement à la lutte contre l’évasion fiscale. Je dis « sérieusement » car le gouvernement est malin et doit annoncer mercredi un plan de lutte contre l’évasion fiscale. Mais ce plan est d’une timidité effrayante. Il n’est là que pour répondre à la pression de l’opinion qui est en colère contre cette évasion fiscale, pour donner l’impression que le gouvernement agit.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 27 mars 2018)

La France dans l’écrou budgétaire

La France respecte « enfin » les normes budgétaires édictées par Bruxelles. Par Bruxelles ? Pas vraiment puisqu’il est désormais de notoriété publique que la règle de 3% a été inventée en France sur un coin de table en 1981, sans fondement théorique, sur demande de François Mitterrand qui cherchait un argument mathématique à opposer à ses ministres lui demandant des crédits supplémentaires. Puis reprise par Laurent Fabius qui l’a portée jusqu’à Bruxelles où elle a été gravée dans le marbre des critères de Maastricht. Ce chiffre aurait été de 4 ou 5%, les politiques en eut été changées. Mais malgré l’absence de rigueur théorique, le respect des 3% est à ce point passé dans les mentalités que son respect est synonyme de victoire.

« Une fois sous les 3%, le déficit doit continuer à baisser »

Mais derrière les « viva », ce sont les libéraux qui gagnent. Baisser les dépenses publiques est leur seule obsession, peu importe qu’ils doivent parallèlement constater qu’il manque des postes et des crédits dans la santé, les prisons, l’éducation, que la transition énergétique nécessite d es crédits qu’ils ne veulent pas mettre etc. En lieu et place, ils annoncent des plans, des programmes, des engagements, ils assurent qu’avec « autant » on peut faire mieux. Et que nul n’aille croire que le respect des critères siffle la fin des austérités. Le commissaire européen Pierre Moscovici l’a d’ailleurs explicitement dit en octobre dernier devant les Députés : « une fois sous les 3%, le déficit budgétaire doit continuer à baisser et à baisser significativement. »

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 27 mars 2018)

Les annonces de l’INSEE sur le déficit public français en bref

2,6%. L’Insee a annoncé hier que la France a enregistré en 2017 un déficit public plus faible que prévu, à 2,6% du produit intérieur brut (PIB) au lieu des 2,9% officiellement attendus.

97% du PIB. La dette en 2017, contre 96,6% in 2016. En valeur absolue, elle est actuellement de 2.218 milliards d’euros, soit 66 milliards de plus que l’an dernier.

45,4% du PIB. Le taux de prélèvements obligatoires, regroupant l’ensemble des impôts et taxes perçus par l’administration en 2017 soit de 0,8 point de plus qu’en 2016.

Recettes. Les recettes liées à l’impôt sur le revenu ont augmenté 0,8 milliard d’euros, les rentrées de TVA de 7,6 mds, la CSG de 2,8 mds et les autres prélèvements sociaux de 0,5 md.

La Marseillaise, le 27 mars 2018

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