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Les cheminots entrent en grève pour défendre le service public

Les agents de l’entreprise publique cessent le travail ce soir pour s’opposer à la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement. La direction fait monter la tension en octroyant une prime à des cadres pour casser le mouvement qui s’annonce très suivi.

Le préavis des cheminots a été posé d’aujourd’hui 19 heures au jeudi 5 avril 8 heures du matin. Face à une grève que beaucoup annonce comme très suivie -y compris chez les cadres intermédiaires et les managers qui ont débrayé à 17% le 22 mars- la direction a décidé de montrer les dents. Pour inciter des cadres à conduire des trains pendant la grève, la direction a proposé une prime de « conducteur occasionnel », signe d’une direction « aux abois », selon Erik Meyer (SUD Rail). Le patron de la SNCF Guillaume Pépy joue aussi la carte de la peur en annonçant, dimanche, qu’il y aurait « des lignes fermées » en l’absence d’aiguilleurs qui ne peuvent pas être remplacés pendant la grève. Auparavant, il avait annoncé considérer que la grève par épisode de deux jours sur cinq pendant trois mois n’était qu’un « mouvement unique », malgré les 18 préavis distincts et que donc il considérait certains jours de repos comme jours de grève.

Toucher les salariés au portefeuille

Toucher au portefeuille pour faire pression sur les salariés… La CGT Cheminot a immédiatement accusé la direction de « mentir sur le droit de grève » pour « étouffer la contestation » via son porte-parole Cédric Robert. Une analyse que partagent les autres syndicats confortant l’intersyndicale mise en place pour ce mouvement. Le deuxième syndicat de l’entreprise -l’UNSA- a ainsi dénoncé sur son site internet une « note de la DRH » qui « induit sciemment les salariés en erreur ». Sous le titre « Réponses aux infos mensongères de la DRH SNCF », le syndicat publie un long document conseillant les salariés, notamment sur le point litigieux des jours de repos que la direction veut considérer comme « des jours de grève » : « En dépit de ce qui est affirmé au point 3 de la note de la DRH » du groupe « datée du 22 mars 2018, il s’agit potentiellement pour les organisations syndicales de 18 cessations de travail à venir dans le cadre de plusieurs mouvements de grève distincts », écrit l’Unsa.

La CFDT juge également « très clairement contestable cette interprétation » de la grève comme « un seul et même mouvement » qui conduirait à des « retenues de salaire sur jours de repos », alors qu’« on a plusieurs préavis de grève successifs et différents ». « La direction multiplie les intimidations pour faire obstacle au droit de grève » et « essaie de limiter l’ampleur » du mouvement ajoute enfin son Secrétaire général adjoint, Sébastien Mariani.

Appel à la négociation

S’il est « tout à fait normal » de ne pas être payé un jour de grève, « nous ne voulons pas en payer plus » a renchéri Laurent Brun, Secrétaire général de la CGT Cheminot. Car, explique-t-il, la méthode retenue par la direction permet, « à partir du 3e jour de grève, de ne pas en compter trois mais quatre ». « La direction affiche qu’elle conteste nos préavis de grève mais elle ne les met pas au tribunal. Si elle va au tribunal, c’est le tribunal qui tranchera ; si elle n’y va pas et qu’elle affirme aux salariés que nos préavis ne sont pas valables, alors c’est une remise en cause du droit de grève et c’est la Dirrecte, l’inspection du travail, qui devra trancher ». Et les trois syndicats d’appeler la direction « à organiser de véritables négociations sur les sujets précis et distincts qui font l’objet des préavis ». De son côté Sud Rail qui a déposé un préavis de grève illimitée à partir de ce soir 20 heures, a accusé la direction d’utiliser un « arsenal pour tenter de freiner la mobilisation des cheminots » et « d’entraver (leur) droit de grève ».

La Marseillaise, le 2 avril 2018

Solidarité avec les agents du rail !

Les cheminots entament ce soir un mouvement inédit jusqu’au 28 juin pour s’opposer au projet de privatisation de l’entreprise publique et à l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs.

Tous les syndicats sont mobilisés et parmi les agents de la SNCF, la grève sera très suivie. Une situation provoquée par le passage en force, une fois de plus, du gouvernement Macron-Philippe, avec la complicité de la direction. Comme le dit le proverbe, qui veut tuer son chien l’accuse de la rage. C’est la méthode employée pour dénaturer la société nationale et faire mettre les deux genoux à terre à ses salariés.

Pourtant, la SNCF n’est pas ce dinosaure perclus de défauts et d’agents « privilégiés » comme le laissent entendre les commentateurs zélés convertis au libéralisme et qui relaient avec déférence la parole gouvernementale et la doxa de la commission européenne qui ne jure que par la concurrence.

Des propositions à entendre

Les libéraux engagent une guerre ouverte avec les grévistes qui sont accusés de paralyser le pays. En état de légitime défense, les travailleurs du rail, du guichetier au conducteur en passant par l’ agent de maintenance, ont à cœur de défendre leur outil de travail et le service public. La dette de la SNCF n’est pas le résultat d’une mauvaise gestion mais de choix politiques qui ont notamment privilégié la grande vitesse au détriment du reste. Faire porter le chapeau aux cheminots, est d’autant plus injuste qu’ils ont des propositions à faire entendre pour un service public novateur. Faire croire que la contre-réforme que veut imposer Emmanuel Macron est menée pour améliorer les choses, est une duperie. Les usagers ne doivent pas tomber dans le piège de la division mais manifester leur solidarité aux cheminots qui se battent contre la casse de ce bien commun.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 2 avril 2018)

De Annie Ernaux à Robert Guédiguian, des personnalités lancent une cagnotte

Une trentaine d’écrivains, réalisateurs et universitaires, parmi lesquels Laurent Binet, Annie Ernaux ou Robert Guédiguian, ont lancé sur internet une « cagnotte » pour aider financièrement les cheminots en grève, qui « défendent un de nos biens communs ».

« Nous avons de la sympathie pour les cheminots grévistes. Ils défendent un de nos biens communs, une entreprise de service public que le gouvernement cherche à transformer en société anonyme », écrivent-ils sur un blog de Mediapart. Alors que la Ministre des Transports Élisabeth Borne « n’a pas ouvert de négociations » et que « le pouvoir engage un bras de fer » avec les cheminots, les signataires rappellent que « les journées de grève coûtent et que pour le succès de leurs revendications, il importe que le mouvement puisse durer ». « Nous nous souvenons des grèves de 1995 et 1968,durant lesquelles les cheminots avaient arrêté le travail. La solidarité entre voisins et collègues mit en échec le calcul gouvernemental de dresser les usagers contre la grève », ont-ils encore écrit.

Le texte est signé notamment par les écrivains Laurent Binet, Patrick Raynal, Didier Daeninckx, Gérard Mordillat, Annie Ernaux, Geneviève Brisac, les philosophes Bernard Stiegler, Toni Negri, Étienne Balibar, Geneviève Fraisse, Judith Revel, Emmanuel Renault. l’universitaire Philippe Corcuff, les réalisateurs Robert Guédiguian, Christophe Honoré, Dominique Cabrera. Arié Alimi, avocat, Michel Broué, mathématicien, Leyla Dakhli, historienne, Armelle Andro, démographe, Jean-Claude Zancarini, professeur émérite, ENS Lyon, Antoine Comte, avocat, les chercheurs Christian Salmon et Jean-Marc Salmon.

La Marseillaise, le 2 avril 2018

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