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Cheminots en grève. La parole aux usagers

Mardi noir sur les rails hier pour la première journée de grève à la SNCF.

Le mouvement se poursuit aujourd’hui.La grève des cheminots a démarré en trombe hier. Les trains maintenus en gare de Perpignan étaient rares. Très rares. Et pour cause : selon la CGT, dans certains services locaux de la SNCF, le taux de grévistes atteignait les 100%. Entre midi et deux, un rassemblement de soutien aux salariés du rail, qui luttent contre la transformation de la SNCF en société anonyme et l’ouverture à la concurrence, a réuni entre 200 et 300 personnes devant la gare de Perpignan. Grillade et musique festive étaient de rigueur. En plus des cheminots, des militants politiques de gauche et des syndicalistes venus d’autres secteurs (santé, éducation…) avaient répondu à l’appel. Quelques étudiants et retraités étaient aussi de la partie. Au même titre qu’une petite délégation d’usagers du comité de défense du Train jaune. « Avec l’ouverture à la concurrence, les territoires ruraux risquent d’être délaissés, estime la présidente du comité, Monique Guerrero. Nous souhaitons que le ferroviaire reste dans le giron public, car cela garantit l’égalité de traitement des usagers sur l’ensemble du territoire. »

Mots de soutien et coups de sang

Tandis que devant la gare, le rassemblement bat son plein, à l’intérieur, Emma, une étudiante en économie de 22 ans originaire de Brouilla, patiente devant l’espace de vente. « Je dois être jeudi à Montpellier pour passer un examen », explique-t-elle. « J’ai essayé de réserver un train, mais il n’y en avait pas. Finalement, je partirai ce mercredi en bus. Mais, c’est moins pratique que le train. Une fois à Montpellier, on aura encore une demi-heure de tram pour arriver en centre-ville. » Malgré ces désagréments, la jeune fille n’est pas forcément hostile au mouvement des cheminots. « J’espère seulement qu’ils n’auront pas fait tout ça pour rien », précise-t-elle. Certains sont moins compréhensifs. « Aujourd’hui, je devais aller former des experts judiciaires à Nancy », s’énerve le Perpignanais Luc Aliès. « À cause de la grève, je ne peux pas aller faire mon boulot. On est pris en otage. C’est lamentable. »

Malgré les bus mis en place, certains usagers de la ligne Perpignan-Portbou ont également préféré se rabattre sur la voiture pour des questions d’horaires. « Ça fait cinq ans que je prends le train tous les jours pour aller travailler à Perpignan », confie un Argelésien concerné. « J’ai choisi ce mode de déplacement car il est moins cher que la voiture. Ça me coûte 47,70 euros par mois et mon entreprise en paie la moitié. Mais sur cette ligne, il y a des retards en permanence et les trains sont en piteux état. Personnellement, je suis favorable à la réforme. Ça ne peut pas être pire que ce que c’est aujourd’hui. » Le Secrétaire départemental de la CGT, Jean-Claude Zaparty n’est pas de cet avis. « La réforme ne réglera rien », martèle-t-il. « Elle ne concerne pas l’organisation interne de l’entreprise. Et l’ouverture à la concurrence n’est pas un gage de qualité. En Angleterre, la libéralisation a été une catastrophe avec des accidents en chaîne, une augmentation du prix des billets et pas de corres- pondances entre les différentes compagnies. »

Arnaud Andreu (L’Indépendant, le 3 avril 2018)

Oui au train de nuit

« Que l’État prenne ses responsabilités ! »

La porte-parole du collectif d’usagers Oui au train de nuit 66, Claire Brun, présente un point de vue tout en nuances. Elle ne s’oppose pas frontalement à la réforme, mais trace un certain nombre de lignes rouge.

Sur l’ouverture à la concurrence. « Nous sommes des usagers et non des spécialistes », précise d’emblée Claire Brun. « Nous ne prenons pas position pour ou contre l’ouverture à la concurrence. Mais nous demandons que l’État garantisse un service public efficace, sans hausse de prix et sans multiplication des opérateurs. Qu’il y ait ou non ouverture à la concurrence, on veut que l’État prenne ses responsabilités. Il faut que ce soit lui qui donne le cahier des charges. On sait que si on va vers une concurrence effrénée, ça peut vite devenir la jungle avec chaque opérateur qui fait ses tarifs et ses horaires dans son coin. Il faut que ce soit coordonné. Ce qu’on veut, c’est que le ferroviaire garde un objectif de service public et qu’il soit encadré pour que les résultats correspondent aux besoins. »

Petites lignes. « Si l’État confie le financement des petites lignes aux régions, il est clair que ces dernières ne pourront pas tout assumer, poursuit la porte-parole du collectif d’usagers. Nous voulons avoir la garantie qu’il y ait une égalité entre les territoires. Les gens de Villefranche-de-Conflent ont le droit d’avoir des trains pour aller travailler. Si on ne favorise pas les transports en commun, on ne pourra pas atteindre les objectifs écologiques qu’on s’est fixés. Le rapport Spinetta (commandé par le gouvernement pour l’aider à élaborer sa réforme ferroviaire, NDLR) semble l’avoir oublié. »

L’Indépendant, le 3 avril 2018

Un TGV sur dix aujourd’hui en région Occitanie

Lors de l’assemblée générale qui s’est tenue hier à Perpignan, les 95 cheminots présents ont unanimement voté pour la poursuite de la grève. Selon la SNCF, les conditions de circulation ne devraient pas s’arranger aujourd’hui. En région Occitanie, l’entreprise annonce trois TER sur cinq (la plus grande partie de ces circulations sera assurée par autocar), un TGV sur 10 et un intercités sur 10 le jour (aucun la nuit). Le trafic ferroviaire devrait commencer à revenir à la normale demain, mais se compliquer à nouveau dimanche et lundi prochains (les cheminots ont opté pour une grève perlée de deux jours sur cinq). À Perpignan, les salariés du rail prévoient également d’organiser un petit-déjeuner revendicatif ce matin, dès 7 h 30, sur la place de la Victoire (au pied du Castillet). Histoire de sensibiliser la population à leur combat.

L’Indépendant, le 3 avril 2018

Pas de train fruits et légumes pour Rungis. Il est lui aussi impacté par la grève

Les voyageurs ne sont pas les seuls à être concernés par les conséquences de la grève. A Saint-Charles, les transporteurs qui travaillent avec le rail voient arriver la saison avec une certaine angoisse. « On a déjà eu la même chose il y a deux ans », assure une responsable des transports Roca. « Cela a été catastrophique. Nous sommes actuellement au démarrage de la saison. Dans quelques semaines la campagne d’été va commencer, le transport des marchandises sur Rungis va devenir très compliqué ». Presque la moitié des marchandises partant sur Rungis transitent par le rail. Un train complet part chaque jour à 16 h de Saint- Charles, avec une quinzaine de wagons frigo pour arriver dans le ventre de Paris à 4 heures, le lendemain. Mais hier, pas de départ, et aujourd’hui, ce devrait être pareil. Il va falloir trouver des camions pour assurer l’acheminement. « Bien sûr on a eu le temps de s’organiser puisque cette fois-ci on a été prévenu à l’avance », confie Sélim, le responsable d’exploitation de chez Roca. « En mai, avec la saison, cela va devenir très compliqué. Les boîtes d’intérim tournent à plein, car il faut beaucoup plus de main-d’œuvre pour charger les camions que des wagons. Pour nous, en tout cas, c’est une perte sèche. Sans compter que cela décrédibilise, chez nos clients, le transport par le train ».

L’Indépendant, le 3 avril 2018

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