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Catalogne. Puigdemont sort libre, l’Espagne plus divisée que jamais

En Allemagne, le leader catalaniste est toujours sous le coup d’une extradition.

Hier, peu avant 14 heures, l’ex-Président de la Generalitat de Catalogne Carles Puigdemont, est sorti libre, frais et dispo, de la prison de Neumünster, flanqué de deux de ses avocats, dont Wolfgang Schomburg, prestigieux homme de lois allemand.

Le « dialogue »

Attendu par une foule de journalistes, ainsi que par des Députés de son parti Junts per Catalunya et d’Esquerra republicana de Catalunya, qui guettaient sa sortie depuis le matin, Carles Puigdemont a prononcé quelques phrases en langue allemande à l’adresse des fonctionnaires de la prison mais aussi de ses compagnons de détention qu’il a remerciés de l’avoir aidé à s’adapter au régime pénitentiaire au fil des 12 jours qu’il a partagé avec eux. Il a ensuite a remercié en anglais les nombreux messages de solidarité venus de partout dans le monde et assuré que « l’heure est venue de la recherche d’une solution politique et du dialogue », tout en qualifiant de « honteuse » l’existence de « prisonniers politiques au sein de l’Europe ». Carles Puigdemont a terminé sa brève allocution en exigeant leur libération immédiate.

Peu après, au cours d’une conférence de presse à Berlin, Rainer Breul, porte-parole du ministère des affaires étrangères du gouvernement de la Chancelière Angela Merkel, engageait instamment les partis catalans à former un gouvernement régional de manière « à permettre d’avancer dans le sens d’une solution politique ».

Madrid consterné

Carles Puigdemont est reparti rapidement en voiture en direction de Berlin, où il devrait fixer sa résidence, en attendant que la Cour du Schleswig-Holstein se prononce sur le second chef d’inculpation -la malversation de fonds publics-, contenu dans le mandat d’arrêt européen adressé par la justice espagnole. La veille, ce tribunal de première instance avait conclu qu’il n’y a pas lieu de retenir le délit de rébellion à son sujet. Le tribunal après examen de l’épais dossier envoyé per l’Espagne n’a décelé aucun acte de violence ni d’appel au soulèvement, comme l’accuse le juge d’instruction Pablo Llarena, qui compare l’organisation du référendum du 1er octobre 2017, au putsch militaire du 23 février 1981 au cours duquel un commando de gardes civiles aux ordres du lieutenant-colonel Tejero avait séquestré les élus réunis au congrès des Députés de Madrid et, même tiré quelques coups de feu.

De son côté, le gouvernement espagnol n’a pas bien digéré cette décision inattendue. La Vice-Présidente Soraya Saénz de Santa Maria, visiblement consternée, a évité de se prononcer à chaud et assuré qu’elle préférait examiner tranquillement « son fondement ». Le juge d’instruction Pablo Llarena, en revanche, a, dès hier matin, annoncé qu’il réfléchit à la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), chargée de garantir l’application uniforme de la justice dans tous les pays de l’UE. Le magistrat misait sur l’automatisme juridique entre les États membres, qui se contentent de vérifier si les chefs d’inculpation énumérés dans une demande d’extradition sont les mêmes dans le Code pénal de l’État sollicité. Or, la Cour régionale allemande a tenu à examiner les arguments de fond et même requis l’avis des avocats de la défense de Carles Puigdemont. Il va sans dire que ceux-ci ont fait valoir que l’accusation de rébellion est fondée sur des faits de violence inexistants.

Le chef de file des socialistes Pedro Sanchez, quant à lui, ayant soutenu la mise en œuvre de l’application de l’article 155 de la Constitution qui a placé la Catalogne sous la tutelle du gouvernement de Rajoy, cherchait hier à se démarquer en pressant ce dernier de fournir des solutions politiques à la question catalane et de cesser de « se cacher derrière les toges ».

Médias enragés

Même excitation dans les médias où le patron de Esradio, Federico Jimenez Losantos, est allé jusqu’à menacer « de prendre en otage » les 200.000 Allemands résidant aux îles Baléares, voire de placer des bombes dans des bars munichois… Les principaux quotidiens espagnols étalaient pareillement leur désappointement. Le journal monarchique ABC titrait par exemple : « La justice européenne donne de l’air au putchisme », El Mundo qualifiant la décision du land allemand d’« Échec pour l’Espagne ». En Catalogne, par contre, l’ambiance était à la joie et à l’humour revanchard sur les réseaux sociaux indépendantistes, qui conviaient à lever une coupe de « cava » en l’honneur de la justice allemande, tandis que les partis dits « unionistes » (Ciutadans, PP et PSC) adoptaient un profil bas.

Joana Viusà (L’Indépendant, le 7 avril 2018)

Le juge et l’Europe

La logique judiciaire entre les mains du juge Pablo Llarena a fait irruption au cœur de l’Europe. Aujourd’hui, trois États européens sont amenés à se prononcer sur les gravissimes accusations de rébellion et de malversation de fonds publics lancées par ce juge d’instruction espagnol.

La cour pénale d’un Land allemand a rejeté le premier. En Belgique, le même jour, un juge de première instance a libéré Toni Comín, Meritxell Serret et Lluís Puig, sans autre mesure que le retrait du passeport. En Grande-Bretagne, la professeure Clara Ponsatí, accusée seulement de malversation de fonds publics, est repartie libre après avoir décliné noms et profession devant un juge de la Cour d’Edimbourg qui prendra sa décision la semaine prochaine. De son côté, la justice suisse a fait savoir qu’elle refusera l’extradition de tout réfugié politique. Marta Rovira, chef de file d’ERC (depuis l’incarcération d’Oriol Junqueras), est partie se réfugier à Genève la veille de sa convocation devant le juge Llarena, qui devait l’envoyer en prison comme le reste de cinq dirigeants indépendantistes, le 23 mars dernier.

L’Indépendant, le 7 avril 2018

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