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Carole Delga. « Une véritable dynamique autour de l’Occitanie »

Quel bilan faire de la fusion des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Pour la présidente de l’Occitanie le territoire s’est inscrit dans une dynamique positive. Carole Delga fait aussi le point sur quelques sujets d’actualités : le financement des collectivités territoriales, l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire en région, la réforme de l’apprentissage.

La Marseillaise. Un peu plus de 2 ans après la mise en œuvre de la loi sur la délimitation des régions quel bilan faites-vous de la fusion de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon ?

Carole Delga. Nous sommes en passe de relever un important défi. Celui de donner plus de force à ce territoire avec une fusion qui a permis de mobiliser plus d’investissements, plus d’un milliard d’euros par an, pour équiper, former, créer, accompagner. Et cette majorité le fait, en étant le plus proche possible de nos concitoyens, avec une méthode de travail : la concertation, la proximité. La fusion est un terme un peu péjoratif, je préfère parler d’union. Autour d’un objectif : développer, notamment l’emploi, l’éducation, garantir l’égalité, sur tous les territoires. On a beaucoup communiqué à l’époque, sur la taille des nouvelles régions. Moi, j’estime qu’en Occitanie, c’est la cohérence qu’il faut mettre en avant, sur la base d’une identité forte. Cette fusion nous a certes positionnés comme la 2e Région la plus vaste de France, avec près de 6 millions d’habitants. Mais sur- tout, nous sommes sur le podium dans bien des domaines, que ce soit en matière de développement, d’innovation : la R&D par exemple concentre plus de 3,7% du PIB, 52 500 entreprises ont été créées en 2016, nous avons le meilleur excédent commercial avec 8,7 Mds d’euros en 2016, etc. Sans oublier l’emploi : nous sommes la 1ère Région en matière de création d’emplois. Donc, on le voit, avec ces quelques chiffres, nous sommes en prise directe avec la réalité vécue par nos concitoyens, et surtout leurs besoins et attentes. Sur le terrain, je le vérifie, avec les citoyens, les porteurs de projets, les élus. Il y a une véritable dynamique autour de l’Occitanie, une démarche positive, une confiance qui grandit sur la base des actes et non des discours. Les citoyennes et les citoyens qui la composent aiment leur territoire et ont envie de le faire avancer, c’est la raison pour laquelle nous faisons le choix clair et déterminé de l’investissement. En 2018, nous sommes la 1ère région de France avec 205 euros par habitant.

La Marseillaise. La question de la mise en concurrence des transports ferroviaires régionaux est posée aux Régions. Quelle est votre réponse et pourquoi ?

Carole Delga. Avant de parler d’ouverture à la concurrence, repartons des attentes des habitants telles qu’elles s’expriment. Elles sont claires : bénéficier d’un service public des transports performant et égalitaire. Il ne faut pas confondre concertation et quelques réunions… La Région a mené une grande concertation citoyenne unique en France en 2016, les Etats Généraux du Rail et de l'intermodalité. Ce qui en est ressorti ? Les habitants veulent plus et mieux de trains, plus ponctuels, moins chers, pour l’ensemble du territoire. Est-ce que l'ouverture à la concurrence va le permettre ? J'en doute, compte tenu des conséquences observées dans les pays qui l’ont adoptée ou si l’on regarde ce qui s’est passé pour le fret dans notre pays ! Le gouvernement français a d’ailleurs récemment annoncé qu’il était indispensable d’« échelonner » cette mise en concurrence. Alors, oui, je fais en conscience le choix du service public ! Pour moi, seul le service public ferroviaire peut en effet garantir un maillage territorial satisfaisant et un service de qualité pour tous. Je suis très fortement attachée à ce service public, c’est la raison pour laquelle j’ai fait preuve de fermeté et d’exigence lors de la renégociation de la convention TER avec la SNCF, que nous venons finalement de signer pour la période 2018-2025. Ponctualité, qualité de service, augmentation des dessertes, tarification adaptée, accessibilité des gares... En Occitanie, on mise sur le rail, un moyen de transport utile pour notre Région géographiquement vaste et variée, et pour le quotidien des habitants. Le rail permet à la fois de désenclaver les territoires et de faire baisser la congestion automobile dans nos grandes villes. Que ce soit pour les trains du quotidien ou pour la grande vitesse, je demande à l'Etat de tenir ses engagements et de reprendre la voie de l'investissement massif, c’est une question d’équité territoriale.

La Marseillaise. Les régions sont particulièrement concernées par la réforme de l’apprentissage. Comment analysez-vous les mesures annoncées par le gouvernement ?

Carole Delga. Je me suis mobilisée fortement car cette réforme m’interroge sur sa capacité à répondre aux besoins des jeunes, des entreprises : ces nouvelles mesures pourraient créer une concentration de l’apprentissage dans les métropoles, au détriment des CFA situés en zones rurales. La mise en place d’un financement « au contrat » fait également peser un risque majeur en matière d’aménagement du territoire. Que deviendraient les 40% de sections d’apprentissage de notre région qui comptent moins de 10 apprentis, sans le soutien de la Région ? Je suis d’autant plus opposé en à cette réforme que le pilotage régional est efficace. Nous avons lancé en 2017 un plan de développement de l’apprentissage qui vise à porter le nombre d’apprentis à 40.000 d’ici 2020. Un an après son lancement, notre plan porte déjà fruits avec une augmentation de près de 8% des effectifs d’apprentis en Occitanie. En 2018 nous intensifions nos efforts avec 140 nouvelles formations par apprentissage ouvertes pour la rentrée prochaine, le lancement d’Anie, la 1ère application de « matching » dédiée à l’apprentissage, le déploiement de développeurs de l’apprentissage sur nos territoires… Cette année la Région consacre plus de 140M d'euros à l’apprentissage. Grâce à la dynamique de concertation avec les acteurs locaux que j’ai voulu renforcer, nous sommes en capacité de proposer des formations en adéquation avec les be- soins des TPE, PME et des apprentis. Nous sommes dans un dialogue constant avec nos partenaires sur ce sujet. C’est la raison pour laquelle, avec les présidents des chambres consulaires régionales, la Fédération française du bâtiment (FFB) Occitanie et la Fédération des travaux publics, avec tous les acteurs locaux et professionnels de l’apprentissage, nous sommes mobilisés pour défendre le maintien d’un pilotage régional de l’apprentissage. La réforme doit être une réussite pour les jeunes et l’emploi. C’est ma seule priorité.

La Marseillaise. Le gouvernement demande aux collectivités de réaliser 13 milliards d’euros d’économie sur la période 2018-2022, quelle en sera la traduction pour la région Occitanie ?

Carole Delga. Depuis l’annonce pour 2018 de la suppression du fonds de soutien au développement économique de 450 M d'euros dans la part de TVA qui sera allouée aux Régions, le gouvernement a donné un coup à la relation de confiance qui doit être pourtant préservée entre les Régions et l’État. Cette décision est injuste. La Région ne peut plus être l’échelon territorial le plus puissant et celui qui dispose le moins de recettes propres et dynamiques. Au-delà du revirement sur les finances, ce désengagement de l’État impacte de nombreux sujets concrets du quotidien, je pense par exemple aux aides aux petites entreprises. Ce n’est pas acceptable, pour une Région comme la nôtre, qui mise sur l’innovation, qui entend accompagner les entrepreneurs qui ont des ambitions pour leur territoire, de devoir subir ces décisions sans pouvoir dialoguer. L’autonomie financière de la Région doit être confirmée. Nous avons l’obligation de proposer une action publique locale efficace, adaptée aux besoins des territoires et des habitants. Le gouvernement doit le comprendre et mieux entendre ce qui se passe sur les territoires. Je crois en la République des Territoires qui grandit et fortifie la République.

La Marseillaise, le 11 avril 2018

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