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La leçon de com’ d’Emmanuel Macron

Le Président de la République était l’invité hier du 13 heures de TF1 délocalisé dans un village de l’Orne. C’est dans une salle de classe, lors d’un cérémonial taillé pour lui, que le chef de l’État a assuré qu’il irait « jusqu’au bout ».

« Cadre inédit », « grande première »… Les formules employées par Jean-Pierre Pernaut en ouverture du 13 heures de TF1 ne sont pas démesurées. L’heure qui va alors suivre est en effet sans précédent.

Le Président de la République était l’invité du JT qui, pour l’occasion et à sa demande, a pris ses quartiers dans un village de l’Orne. Plus précisément, Emmanuel Macron apparaît dans une classe proprette de CE2, au milieu de tables, de chaises et de dessins d’enfants. Le décor est planté, l’opération de communication version « nouveau monde » bien ficelée. Macron a tout loisir de faire la leçon. Et ne s’en prive pas.

« Le climat social s’alourdit », souligne Jean-Pierre Pernaut. Des reportages montrent la colère de retraités qui voient leur pouvoir d’achat s’amenuiser ; le malaise d’hospitaliers se heurtant à des difficultés croissantes pour accomplir leurs missions.

« Craintes illégitimes »

Emmanuel Macron balaie l’actualité et répond sur chaque point, sans qu’une seule fois la moindre contradiction ne lui soit opposée.

Sur un ton tour à tour solennel, paternaliste et docte, il déroule son propos. Qui en substance pourrait se résumer en une formule, répétée à l’envi. Les « inquiétudes » de ceux à qui il demande « des efforts » -et qu’il « remercie » au passage-, il les « entend », il les « respecte » parfois, mais qu’on se le dise : « Il faut aller au bout », « le fait qu’il y ait des Français parfois pas contents ne m’arrête pas. »

Sur le dossier de la SNCF, des témoignages défilent, non pas de cheminots pour expliquer leurs revendications ou le sens de leur lutte, mais de Français « pas contents » justement. Le sempiternel sujet traité par le prisme de « la galère » de ces usagers pris en « otages », « bloqués », « handicapés ». Du pain bénit pour le Président. S’il affirme ne pas « avoir de mépris » à l’égard des agents du rail, ne pas les considérer comme « des privilégiés » car il connaît leurs « horaires et contraintes » pour avoir eu « un grand-père cheminot », il est en réalité à la limite de la condescendance. « La réforme demande des efforts à tout le monde. Aux usagers à travers les tarifs qui ont augmenté ; à l’entreprise avec une organisation plus claire. » Or, aux cheminots, « à eux, on ne leur demande pas d’efforts », juste d’accepter que les nouveaux embauchés ne bénéficient pas du même statut. Quant aux syndicats, il leur « (dit) juste "n’ayez pas de craintes illégitimes" ».

Un « ayez confiance » également adressé aux hospitaliers et aux salariés des Ehpad car, déclare-t-il, « on sera au rendez-vous, vous pouvez compter sur moi ». Il précise néanmoins, sur ce qui est le pivot du système de soins en France, que « cela ne sert à rien de mettre de l’argent sur un système qui n’est plus adapté ». Éludant le fait que s’il n’est plus approprié c’est précisément parce qu’il manque de moyens.

Le discours du chantre de « l’ordre républicain » se durcit en revanche à l’évocation des blocages dans les universités. La question est abordée immédiatement après celle de ces « gens qui créent du trouble », inutilement cela va sans dire, à Notre-Dame-des-Landes. Et peu ou prou dans les mêmes termes : la contestation n’est pas le fait d’étudiants mais d’« agitateurs professionnels », de « professionnels du désordre ». Assurant en outre qu’il n’y aura « pas d’examen en chocolat ».

Le mot de la fin ? Solennel à souhait. Une image du président au soir de son élection face à la pyramide du Louvre en toile de fond, le souvenir « d’un moment de fierté et de joie qui oblige ». Et un dernier : « Les difficultés ne m’arrêtent pas » car il reste « immensément encore à faire ». Mais certainement aussi quelques copies à revoir.

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 13 avril 2018)

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