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Banlieues en souffrance !

Un cri continu, sourd et diffus, court dans le pays, celui des villes et quartiers populaires qui vivent avec une violence accrue la crise économique et sociale et subissent une relégation qui s’aggrave de mois en mois. Loin d’en faire une priorité, le gouvernement commence à entonner une petite musique qui consiste à opposer l’urbain et le rural, métropoles et campagnes sous la forme d’une mise en concurrence des territoires.

Pourtant, les raisons du malaise qui s’exprime en milieu rural comme urbain pourraient bien avoir les mêmes causes. S’y expriment des inégalités territoriales fortes au profit des métropoles intégrées à la mondialisation capitaliste, loin, elles aussi, d’être des paradis sociaux. Services publics, postes, maternités de proximité, médecins, Caisses d’Allocations Familiales, écoles et classes, tribunaux, gendarmerie, disparaissent un à un malgré la mobilisation des habitants et des élus. L’activité économique et commerciale migre vers les pôles dit « d’attractivité » avec pour conséquence une désertification des centres urbains. En matière d’aménagement du territoire comme de politiques urbaines, M. Macron reste le Président de la France dont on dit qu’elle va bien et qui profite de la mondialisation capitaliste.

Le gouvernement ne semble pas vouloir prendre la mesure du malaise comme en témoigne la réunion organisée le 15 mars dernier consacrée aux villes et quartiers populaires sous la tutelle du Ministre en charge de l’aménagement des territoires. Véritable « douche froide » selon les participants qui témoignent d’une méconnaissance et d’un désintérêt flagrant pour la situation des territoires en difficulté. Il aura fallu la démission du maire de Sevran en Seine-Saint-Denis pour que les médias se fassent écho de la situation dramatique des quartiers populaires où le taux de chômage et la ségrégation croissante ont de terribles conséquences : violence, repli, montée du fondamentalisme religieux, etc. Signe des temps, les mots lourds de sens « ghetto » ou « apartheid » refont leur apparition. Peut-être sont-ils exagérés voire inappropriés mais au moins disent-il l’urgence de s’atteler à résoudre une situation qui fait mentir chaque jour un peu plus la promesse républicaine. La ségrégation spatiale qui s’opère à l’intérieur même des villes rend ainsi les cartes scolaires inadaptées. Les plus pauvres et vulnérables et les populations précarisées d’origine immigrées pourtant bien françaises sont condamnés à survivre dans des territoires qui s’apparentent au « sas » des métropoles. La métropolisation, un des aspects les plus frappants de la mondialisation capitaliste, ne répond qu’à l’objectif d’attractivité des grandes places dans le Monopoly financier mondial. Telle qu’elle se déploie, elle se nourrit de l’inégalité par la mise en concurrence et des populations et des territoires.

Un rapport doit être rendu par Jean-Louis Borloo dans les prochains jours, sous la forme de « fiches-actions ». Le niveau de colère et d’inquiétude est tel que nombreux sont ceux qui parlent d’un rapport de la « dernière chance »… Mais la page des propositions n’est pas blanche ! Au moins pouvons nous conseiller à M. Borloo de s’appuyer sur les propositions émises il y a six mois par 150 maires de sensibilités diverses, signataires de « l’appel de Grigny », sous la houlette du maire communiste Philippe Rio, en commençant par stopper l’hémorragie des dotations, engager une vraie réforme de la fiscalité locale et pour faire de la formation de la jeunesse de ces quartiers une priorité absolue.

Dans un tel contexte, les économies demandées aux collectivités territoriales à hauteur de 13 milliards d’euros sur cinq ans sont, à l’évidence, insupportables et intenables, d’autant que la suppression de la taxe d’habitation amputera de moitié la principale ressource fiscale des communes ! Comment accepter ce nouveau sacrifice demandé aux garants de l’intérêt général quand est supprimé l’impôt sur la fortune pour les actionnaires et baissée la fiscalité des entreprises ?

La mobilisation sociale en cours concerne avant tout ces territoires en grande difficulté. Les quartiers dits « prioritaires » concentrent 30% de services publics de moins que la moyenne nationale alors qu’il en faudrait 30% de plus. La question du transport et de sa maitrise publique y est prépondérante pour assurer la mobilité et développer l’emploi, celle des hôpitaux publics l’est tout autant. Les quartiers populaires concentrent une population qui, pour une grande part, ne vit que de son travail ou des minimas sociaux quand elle n’en est pas privée. C’est là que s’exprime avec la plus grande vigueur le besoin d‘égalité sociale et politique.

L’enjeu est essentiel qu’ils puissent devenir des acteurs décisifs de la mobilisation sociale. De nombreux élus mobilisés dans les luttes actuelles les aident déjà en se faisant le relai de leurs aspirations. D’autres pourraient les rejoindre et contribuer ainsi à construire une unité populaire de nature à nous dégager des entreprises de divisions entre travailleurs, entre français et immigrés ou enfants d’immigrés, entre populations des territoires ruraux et urbains. N’est-ce pas la tâche la plus urgente pour donner à la mobilisation sociale un vrai souffle transformateur et hisser la République à hauteur de sa promesse ?

Patrick le Hyaric (l’HD, le 12 avril 2018)

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