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Espagne. Comment la crise catalane met en difficulté Mariano Rajoy

Le chef du gouvernement fait face à une grogne des retraités liée à la paralysie du budget.

Le sondage officiel du CIS (Centro de estudios Sociologicos) diffusé ces jours-ci   reflète la grogne montante des retraités espagnols, contraints d’accepter depuis 5 ans, pour cause de crise, une misérable hausse de 0,25% annuelle des pensions. Excédée par les discours triomphants du gouvernement de Mariano Rajoy à propos de l’excellente santé de l’économie espagnole (+ 3,1% du PIB en 2017), la « Marée des retraités » a envahi les rues de toutes les grandes villes d’Espagne, fin février. En Catalogne, samedi dernier des milliers de retraités ont à nouveau manifesté massivement. Tous les jours, en milieu d’après-midi un cortège de « Iaio-flautes » (pépés flûtistes) traverse la Plaça de Catalunya, armés de drapeaux rouges, or et étoilés. D’ailleurs, le syndicat UGT s’est adressé aux tribunaux et compte élever la plainte à la Cour européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg, si besoin est.

L’effet de cette mobilisation massive s’est fait sentir dans le baromètre du CIS du mois de mars, le pourcentage de personnes préoccupées par l’étroitesse de la hausse annuelle des pensions de retraite a doublé : de 8% il est passé à 15,5%. Mariano Rajoy qui a rajouté des améliorations des pensions de retraite au projet de budget national de cette année en cours, fait porter au PNB (Parti nationaliste Basque), dont il dépend faute de majorité suffisante, la paralysie du budget. Or le PNB exige, en échange, la fin de la tutelle du gouvernement central sur la Catalogne. Une tutelle qui ne sera supprimée qu’à partir de l’investiture d’un nouveau Président de la Generalitat.

Le 22 mai, date butoir

Et la majorité indépendantiste catalane n’est pas pressée. Dimanche soir, Carles Puigdemont, président déchu par Mariano Rajoy, a tenu à insuffler le calme auprès du million de téléspectateurs qui a suivi l’interview réalisée par le directeur de TV3 (selon les indices d’audience). À son avis, l’investiture de son successeur peut attendre jusqu’au 22 mai, date butoir avant que le chronomètre électoral n’oblige à convoquer de nouvelles élections en Catalogne.

Le « Mastergate » dans lequel s’est fourvoyée la brillante présidente de la Communauté autonome de la Région de Madrid, plus le verdict de la « Gurtel » -la plus grosse affaire de corruption du parti au pouvoir-, qui va tomber incessamment, risquent de sanctionner cette avalanche de revers : les sondages disent que les militants du Partido Popular ne cessent de passer chez le parti du jeune Albert Rivera, le plus unioniste des Catalans, qui talonne le PSOE de Pedro Sanchez, et se place troisième dans la course au pouvoir. Le CIS accordant 26,3% des suffrages potentiels au PP, 23,1% au PSOE, 20,7% à Ciudadanos et 19% à Podemos.

Joana Viusà (L’Indépendant, le 17 avril 2018)

Les leaders indépendantistes présentés au juge Llarena

L’ex leader de l’ANC, Jordi Sanchez est passé à l’offensive : empêché par le juge Pablo Llarena, de se rendre au Parlement de Catalogne pour y être élu à la présidence de la Generalitat, les avocats présents hier matin à l’audience assurent que Jordi Sanchez a regardé le magistrat « droit dans les yeux » en l’accusant d’être « juge et partie ». C’était la première audience d’une instruction dans laquelle les personnes mises en examen n’avaient pas encore été entendues sur le fond de la « Causa General » et qui ouvre la porte au processus d’inculpation. Jusqu’à présent, ils n’avaient comparu devant le juge qu’à l’occasion des demandes de remise en liberté.

18 personnes entendues

Premier à être entendu, l’ex Vice-Président de la Generalitat Oriol Junqueras, a ouvert le feu en dénonçant « l’absence d’objectivité » du juge. Jordi Cuixart, ex-Président d’Omnium Cutural, a quant à lui, a reproché au juge Llarena de « criminaliser le mouvement indépendantiste ».

Hier matin, débutait le défilé des 25 leaders indépendantistes mis en examen. De fait, seuls 18 seront entendus : les 9 prisonniers et les autres 9 personnes en liberté provisoire, les 7 restants, étant partis en exil.

Oriol Junqueras et les deux « Jordis » -Jordi Sanchez et Jordi Cuixart- qui présidaient les deux associations ANC et Omnium Cultural, jugés responsables des mobilisations massives en faveur de l’autodétermination, ont tous lestrois réfuté l’accusation de rébellion, Junqueras ayant insisté encore une fois sur la « non-violence » du déroulement du référendum du 1er octobre 2017. Même chose pour l’accusation de malversation de fonds publics : l’ex-Président de la Generalitat a eu beau jeu de citer mot à mot, les déclarations de Cristobal Montero, Ministre des finances du gouvernement Rajoy, que ce dernier a renouvelées à point nommé hier matin dans une interview au quotidien El Mundo : « Pas un euro n’a été dépensé dans le processus (du référendum) ». Le défilé devant le juge Llarena se poursuit aujourd’hui et demain avec le transfert de leurs prisons respectives pour comparution devant le juge Llarena des ex-Ministres de la Generalitat Joaquim Forn, Josep Rull et Raül Romeva ; suivi, mercredi, de Jordi Turull et Dolors Bassa, et de l’ex-Présidente du Parlement Carme Forcadell. Simultanément, la juge de l’Audience Nationale, Carmen Lamela, a fait comparaître devant elle le Major des Mossos d’Esquadra, Josep-Lluís Trapero, qui réfute toute accusation de « sédition » les 20 et 21 septembre et le 1er octobre, faisant valoir que les Mossos étaient placés sous les ordres des autorités judiciaires. Ont également été entendus l’ex-Secrétaire général de la « Conselleria » de l’intérieur, César Puig et l’ex-directeur de la police catalane Pere Soler.

La troisième personne, la lieutenante Teresa Laplana, souffrante, a été autorisée à comparaître par visio-conférence.

Joana Viusà (L’Indépendant, le 17 avril 2018)

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