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André Chassaigne. « Derrière le partage des coûts : la privatisation »

Féru de politique étrangère et membre de la commission afaires européennes, le Député communiste décrypte l’Europe de la défense en cours.

Député communiste, André Chassaigne est membre de la commission des Affaires européennes.

La Marseillaise. Que pensez-vous du fonds européen de la défense ?

André Chassaigne. Il y a une volonté d’européaniser les industries de l’armement d’une part en développant l’achat sur étagère qui se font sur le moins-disant au lieu de privilégier une fabrication française et de développer une filière en France, d’autre part en voulant aller de plus en plus vers le privé, en mettant de plus en plus nos industries en concurrence avec celles privées. Malgré les discours, nous ne sommes pas du tout en train de développer des coopérations entre États, coopérations qui permettraient de garder des maîtrises publiques ce qui est fondamental sur des sujets aussi importants. On assiste au contraire à la volonté de limiter les industries de l’armement de chaque pays pour qu’il y ait des consortiums européens mais sur la base du privé. C’est un parti pris : celui de la privatisation des industries de l’armement.

La Marseillaise. Quels sont les dangers de cette volonté de privatiser ce secteur ?

André Chassaigne. C’est dangereux car cela crée une dépendance au privé qui prive les États de l’expertise nécessaire. Cela se conjugue à la politique de limitation du nombre de fonctionnaires et de recours préférentiels à des contractuels. Des syndicalistes de Naval Groupe à Toulon m’avaient clairement mentionné le problème : la fuite des matières grises, des ouvriers aux ingénieurs, littéralement « pompés » par le privé. Ce mouvement de libéralisation de l’industrie de l’armement est donc très dangereux en terme de souveraineté nationale.

La Marseillaise. Voyez-vous l’émergence d’une Europe de la défense d’un point de vue politique ?

André Chassaigne. On voit bien qu'au niveau militaire, toutes les orientations sont prises avec l’objectif d’avoir une armée qui soit d’opérations extérieures, qui visent à faire de la France et de l’Europe dans un second temps, un des gendarmes du monde. La défense européenne se construit aussi sur cette idée mais, pour l’heure, on ne peut pas dire que cela soit une réussite parce que c’est la France qui supporte la quasi totalité des engagements. Il y a eu quelques tentatives mais l’Europe de la défense est surtout un affichage. Affichage car si ce n’est pour privatiser au profit des entreprises cela reste un sujet très peu discuté. Nous venons d’avoir la loi de programmation militaire de la France et cela n’a pas été abordé. Je ne suis même pas sûr qu’il y ait une volonté politique, ce qui est compréhensible de par le poids très fort de l’Otan et des Américains sur certains pays d’Europe centrale qui les considèrent comme ceux qui protègent. Bref, la défense européenne est, pour l’heure, au niveau de l’industrie de l’armement et des multinationales mais pas dans les têtes avec une défense qui regroupe l’ensemble des pays.

La Marseillaise. Imposer un sujet par le biais du marché avant un consensus politique, cela ne ressemble-t- il pas à ce qui s’est passé avec l’économie ?

André Chassaigne. C’est en tous cas dans la logique de l’Union européenne qui a l’obsession de supprimer tout ce qui peut être public y compris dans l’industrie de l’armement et qui, dans son cœur même, considère que ce sont les intérêts privés qui doivent l’emporter. Ce sont les intérêts des multinationales qui sont derrière tout cela, sans lien avec la construction d’une défense européenne ou une coopération industrielle. On est sur une démarche qui s’aligne sur ce qu’est l’Europe : on privilégie la privatisation, la concurrence non freinée. A l’opposé d’une industrie de l’armement de pays ou de coopération de pays.

La Marseillaise, le 17 avril 2018

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