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Bernard Friot. « Macron c’est bon pour les géants du capital »

Bernard Friot, Sociologue et économiste.

« Macron, c’est bon pour les patrons » : la rime est tentante mais le propos est inexact. Macron, c’est bon pour les géants du capital, ceux qui justement ne veulent pas être patrons pour récupérer le maximum de profit en changeant continuellement les lieux et les formes de leur prédation. La grande bourgeoisie capitaliste ne s’englue pas dans une production, sur un territoire, avec des collectifs de travail à gérer. Les formes de travail qu’elle préfère, ce sont les indépendants et la sous-traitance.

Pourquoi Muriel Pénicaud, la DRH de Danone et actuelle ministre du Travail, qui a empoché 1,2 million d’euros sur des stock-options en organisant un gros licenciement boursier, nous a-t-elle fait le coup l’été dernier de pleurnicher sur ces pauvres PME sans dialogue social et dont les patrons sont si corsetés par le code du travail qu’ils hésitent à embaucher ? Parce que, comme les travailleurs indépendants et à plus grande échelle, les PME sont toutes à la merci d’un groupe capitaliste fournisseur, prêteur, client ou donneur d’ordre. Les patrons de ces PME ne pourront plus faire référence à un droit du travail interprofessionnel à respecter pour négocier les prix, et ils vont se trouver pris dans un dumping social indéfini qui broiera leurs salariés certes, mais aussi
bon nombre d’entre eux. La start-up nation permet aux Arnaud et autres Drahi ou Niel de faire endosser tous les risques de recherche-développement, de conquêtes de nouvelles technologies et de nouveaux marchés, par des petites entreprises ou des indépendants pris dans une concurrence impitoyable, de s’emparer de l’affaire dès que le business model est trouvé, et de s’en dégager dès que la rentabilité baisse.

Pour cela, il ne suffit pas de détruire le code du travail et les statuts professionnels au bénéfice d’un retour à la rémunération à la tâche dans des contrats de mission ou de l’auto-entreprenariat. Il faut aussi rendre vivable cette assignation des travailleurs à la performance marchande dans la compétition de tous contre tous.

C’est le rôle de deux institutions construites avec une très grande constance par le patronat, la CFDT et tous les gouvernements de-gauche-et-de-droite (y compris la gauche plurielle, hélas) depuis plus de trente ans. La première est un plancher de ressources universel glissé sous les pieds des travailleurs invités au jeu de la chaise musicale, sous forme d’un forfait financé par un « impôt de solidarité », en particulier la CSG : allocation spécifique de solidarité, RMI puis RSA, fonds de solidarité-vieillesse, panier de soins, forfait de chômage en cours de constitution. La forme la plus aboutie de ce plancher de sécurité est le revenu de base (c’est pourquoi il est essentiel de comprendre que Hamon et Macron ont la même politique du travail).

La seconde institution est le compte personnel d’activité dans lequel vont être consignés, en points ou en monnaie, les droits à retraite (avec unification de tous les régimes autour de l’Arrco-Agirc), à formation, à congés, au chômage, à la prise en charge des soins excédant le panier de base.

Ces prestations, très contributives, ne feront plus référence au salaire, mais exclusivement aux droits acquis pendant toute la carrière en fonction de la performance du titulaire du compte. Elles seront assurées par une industrie européenne de la prestation sociale adossée au marché des capitaux et en cours de constitution par fusion des actuels régimes complémentaires de retraite et de santé, des entreprises de formation continue et chargées de la gestion des chômeurs en particulier.

Contre le salaire à la qualification personnelle,conquête communiste, est ainsi en cours de construction une rémunération capitaliste du travail dont le revenu de base est la pile et le « j’ai cotisé, j’ai droit » la face. La seule réponse offensive est de continuer de faire du salaire un droit de la personne.

La Marseillaise, le 23 avril 2018

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