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Montpellier. Les CRS interviennent dans une fac de lettres désertée par les étudiants

Une vingtaine de policiers ont évolué dans un campus quasi-vide…

Paul Valérie n’est pas Tolbiac. Le mouvement de contestation étudiante de la faculté de lettres de Montpellier n’aura pas connu le même sort que celui de l’université parisienne, évacuée au petit jour vendredi dernier par une centaine de CRS. Car hier, ce sont seulement une vingtaine de policiers (50 selon les syndicats étudiants) qui ont évolué dans un campus quasi-vide, afin, non pas de déloger les bloqueurs, puisqu’ils avaient quitté les lieux, mais de constater les dégâts après deux mois d’occupation. « On savait très bien qu’il n’y aurait pas grand monde sur place », a indiqué la préfecture de l’Hérault à l’AFP, précisant qu’« une vingtaine de policiers sont entrés sur le campus. Ils ont fait des constatations d’usage à des fins d’enquête notamment concernant les dégradations qui sont importantes (…) ».

Vacances scolaires

Car effectivement, depuis plusieurs jours, tout portait à croire que l’opération n’aurait pas la même ampleur que celle de l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I). Si la justice a ordonné l’évacuation de la faculté Paul Valéry mercredi dernier, les bloqueurs avaient fait connaître leur intention de quitter les locaux à l’occasion des vacances scolaires, qui ont débuté vendredi et se terminent le 29 avril. Ils ont notamment expliqué jeudi en AG, vouloir « reprendre des forces », avant de continuer la « lutte » à la rentrée.

D’où plusieurs messages ironiques de la part de ces derniers sur internet. « Aucune violence policière n’a été perpétrée, puisque le commando lourdement armé a attaqué un campus… vide ! », a twetté le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM). Le syndicat Solidaires étudiant.e.s 34 a renchéri : « Le comité de mobilisation avait pourtant prévenu qu’il n’y aurait personne. Cette action est ridicule. Nous voyons l’incompétence de la direction de l’université Paul Valéry. »

« Pas une évacuation »

De son côté, le président de l’université, Patrick Gilli, se défend de toute tentative d’expulsion et assure qu’il s’agissait « simplement d’une opération de police judiciaire pour faire les constatations consécutives aux dégradations qu’il y avait eue dans la salle des serveurs et aux violences qui ont eu lieu lors de la manifestation (du 14 avril, NDLR) ».

Selon la présidence, les dégâts (vandalisme sur les serveurs, tags, mobilier cassé ou dégradé…) s’établiraient entre 250.000 et 300.000€. Hier, des relevés ADN auraient été effectués afin d’identifier les auteurs. Une source préfectorale a également indiqué à l’AFP que le « matériel » retrouvé sur place et laissé par les étudiants, porte à croire que Paul Valéry servait de « base arrière » lors des différentes manifestations estudiantines, dont certaines ont été marquées par des violences.

La fin du feuilleton montpelliérain n’est pourtant pas actée. Les bloqueurs ont fait connaître leur intention de revenir au retour des vacances. Pour cette raison, le président de l’université demandait hier l’encadrement des forces de l’ordre à la rentrée afin d’éviter une nouvelle paralysie.

Laure Mamet (L’Indépendant, le 24 avril 2018)

À Montpellier, la mouvance « anar » pointée du doigt

Très présente à Montpellier, notamment dans plusieurs squats et lieux emblématiques, la « mouvance anar » a été pointée du doigt par les autorités après les incidents ayant émaillé une manifestation étudiante le 14 avril, un prétexte pour « criminaliser » les occupants de l’université Paul Valéry, selon ces derniers.

« C’est la première fois que l’on voyait une configuration ‘Black Bloc’ à Montpellier », avait souligné après la manifestation Jean-Michel Porez, chef de la sécurité publique de l’Hérault, évoquant des « jeunes toujours cagoulés et habillés de noirs (...) avec des marteaux, des techniques élaborées, des leaders qui sont là pour diriger la manœuvre, des sacs à dos pour pouvoir se changer ».

Le 14 avril, quelque 200 personnes habillées de couleur sombre et le visage caché avaient pris la tête d’une manifestation de « convergence des luttes ». Pour le préfet Pierre Pouëssel, pas de doute : derrière les incidents, il y avait la « mouvance anar locale ». La même, selon lui, dont la minorité violente s’illustre déjà lors du « Karnaval des gueux » de Mardi gras. La manifestation née dans les années 1980 est parfois le théâtre de débordements plutôt bon enfant, jusqu’en 2004, quand des incidents mettent aux prises « karnavaliers » et policiers.

Dans la capitale héraultaise, les idées anarcho-libertaires prospèrent plus particulièrement parmi les quelque 70.000 étudiants. Et, outre leur fête annuelle, elles ont leur bar, le Barricade, leur site internet, Le Poing, et leur librairie, La Mauvaise Réputation, en hommage à une grande figure libertaire locale, Georges Brassens, né à Sète. Dans une ville aux logements rares et chers, nombre de jeunes activistes se forment ou se rencontrent dans des squats.

L’esprit de 68

Autre lieu de contestation locale, où l’anarchisme libertaire est présent depuis des décennies, l’université de Lettres Paul Valéry a été une des premières facultés de France occupée le 6 mai 1968. Et justement, aux yeux du préfet, les « 200 casseurs » du 14 avril avaient « leur base » dans ce vaste campus.

« Certains parmi nous se réclament des milieux anarchistes, libertaires, zadistes et antifascistes, d’autres sont communistes ou France Insoumise mais beaucoup d’autres sont en train de se former politiquement à travers ce mouvement (…) et nous sommes en grande majorité pacifistes », répondait vendredi dernier un étudiant du comité de mobilisation.

L’Indépendant, le 24 avril 2018

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