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Cheminots. Ce continent de sympathie qui pointe sous les lots d’attaques

Le président de la République misait sur un soutien massif aux réformes mises en œuvre en dépeignant les grévistes en une caste de privilégiés. Le pari s’avère pour l’heure incertain. Mieux : des initiatives de solidarité financière s’organisent dans la proximité.

Les sondeurs ont beau s’y reprendre, le rejet massif du mouvement social et notamment de la grève des cheminots qu’escomptait le gouvernement pour faire taire la contestation, n’existe pas dans l’opinion. Depuis le début du mois, quelles que soient les enquêtes et les instituts de sondage, le soutien à la grève oscille entre 42 et 46% dans la population malgré les désagréments objectifs causés par les perturbations dans les transports.

Si on ne peut pas parler à ce stade de grève « par procuration » sur le modèle de 1995, le socle de sympathie dont bénéficient les acteurs du mouvement social tranche avec le flot d’attaques dont ils sont la cible.

Le porte-parole du parti présidentiel, Gabriel Attal, député des Hauts-de-Seine après avoir choisi été militant socialiste et membre du cabinet de Marisol Touraine, parlant de « gréviculture », un terme inventé par l’extrême droite, semble même avoir par son outrance produit l’effet inverse à celui recherché.

Caricaturant les cheminots en une caste de privilégiés, le gouvernement n’a pas réussi à les isoler dans la population. Les cibles des autres réformes semblent au contraire se reconnaître dans leur combat. Il est vrai que les motifs de mécontentement sont légion pour de nom- breuses catégories sociales : retraités subissant l’augmentation de la CSG, étudiants confrontés à la sélection à l’université, agents des impôts vent debout contre le prélèvement à la source, travailleurs des industries électriques et gazières remontés contre la volonté d’en finir avec leur statut et de privatiser les barrages hydro-électriques, fonctionnaires refusant le blocage du point d’indice et dénonçant les conditions de travail en particulier à l’hôpital…

À défaut d’être parvenue à marginaliser les cheminots dans l’opinion, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, a de son propre aveu réussi à souder l’intersyndicale. « Le gouvernement a tenu compte de la concertation sur les modalités de l’ouverture à la concurrence et sur les garanties données aux cheminots. […] C’est un petit peu dommage que l’Unsa et la CFDT, qui l’ont reconnu, s’alignent aujourd’hui derrière la CGT pour dire que tout ça n’a servi a rien », a ainsi pesté la ministre, interrogé hier par l’EFP en marge d’une réunion sur les transports paneuropéens à Ljubljana, la capitale slovène.

Un indicateur plus robuste que les sondages : les cagnottes

Par ailleurs, dans la bataille en cours, un seul un camp dispose des moyens de mesurer l’état de l’opinion. Comme le fait remarquer une douzaine de sociologue dans une tribune parue au début du mois sur le site de l’Humanité « dans un bel ensemble, les instituts de sondage, sont commandités par divers médias qui appartiennent à des groupes financiers majeurs ».

À quel instrument se fier dès lors ? Les caisses de solidarité pourraient bien être un indicateur plus robuste car elles témoignent d’un soutien sonnant et trébuchant.

Les cheminots eux-mêmes ont été agréablement surpris par l’ampleur de la cagnotte collectée sur la plateforme leetchi.com. Hier elle, atteignait 917.193 euros. De quoi toucher du doigt le continent de sympathie immergé sous le discours anti-grévistes des médias dominants.

À cette collecte historique s’ajoutent les initiatives prises par chaque syndicat à l’image des cheminots CGT de Marseille qui ont ouvert leur propre caisse de grève sur lepotcommun.fr mais aussi les formations politiques progressistes engagées dans l’opposition au gouvernement.

Ainsi la FI a lancé au niveau national une « cagnotte solidaire insoumise » pour les cheminots grévistes qui réunissait hier 34.526 euros. Le PCF s’est quant à lui engagé dans une démarche similaire mais décentralisée et élargie à « tous les salariés en lutte ». La seule fédération des Bouches-du-Rhône revendiquait mercredi 3.000 euros collectés en quelques jours.

Une façon simple de jauger l’élan de solidarité dans le pays, doublé d’un moyen concret pour les grévistes de tenir la distance et de peser face au Premier ministre qui recevra les syndicats le 7 mai.

Léo Purgette (La Marseillaise, le 27 avril 2018)

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