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Trois citoyens incarcérés aux Baumettes pour délit de solidarité

Théo, Bastien et Eleonora croupissent depuis le 22 avril en prison. Leur crime ? Avoir participé à une marche de soutien aux réfugiés à la frontière franco-italienne.

L’affaire est sans précédent et s’apparente indéniablement à de « l’intimidation », estime Éric, militant du Collectif Soutien Migrants 13 Al Manba. Elle concerne trois ressortissants étrangers -deux Suisses, Théo et Bastien, et une Italienne, Eleonora-, actuellement incarcérés à la prison des Baumettes à Marseille, en attendant leur procès, prévu le 31 mai. Ils ont été interpellé le 22 avril dernier à Briançon, dans les Hautes-Alpes, pour avoir participé à une marche de solidarité avec des réfugiés.

Accusés d’avoir favorisé l’entrée d’étrangers en situation irrégulière, avec la circonstance aggravante de « bande organisée », ils pourraient se voir infliger une peine de dix ans de prison et 750.000 d’amende. En d’autres termes, ils sont considérés comme des passeurs. Ce qu’ils réfutent en bloc.

Éric revient sur l’épisode qui les a conduits jusque derrière les barreaux. « Ce dimanche 22 avril, en réaction à l’occupation du Col de l’Echelle par les identitaires [qui ont mis en place une milice pour entraver le passage des exilés, ndlr], une marche solidaire est organisée au départ de Clavière, du côté italien. Des Français, des Suisses et des Italiens y participent, sans intention initialement de passer la frontière. Des migrants, qui occupent alors l’église de Clavière, se joignent à eux. Et finalement le périple se poursuit jusqu’à Briançon où, là, on assiste à une chasse à l’homme de la part de la police. » Six personnes sont arrêtées. Théo, Bastien et Eleonora refusant la comparution immédiate, ils sont placés en détention provisoire.

Au terme d’un parcours d’une vingtaine de kilomètres « qui s’est déroulé dans une ambiance joyeuse », trois citoyens lambdas, « comme vous et moi », dénonce Éric, sont donc suspectés d’appartenir à « une sorte de mafia ».

Rassemblements de soutien jeudi à Gap et Marseille

Alors que le Tribunal de Gap doit se prononcer aujourd’hui sur leur éventuelle remise en liberté conditionnelle, en l’absence des accusés, des mouvements de soutien s’organisent de part et d’autre de la frontière franco-italienne. Après celui de Bardonecchia hier, en présence de l’écrivain Erri De Luca -signataire d’un texte à ce sujet-, deux rassemblements se tiendront ce jeudi de ce côté-ci des Alpes : à Gap (13 heures) devant le Tribunal et à Marseille (18h30) devant la prison des Baumettes. Rassemblements qui ponctuent « la grande campagne » actuellement à l’oeuvre à l’initiative du Collectif Migrants 13 et d’autres associations, indique Éric. « Les gens sont très sensibles » à cette cause qui suscite « un important mouvement de sympathie », souligne-t-il. La décision d’éloigner Théo, Bastien et Eleonora de Gap avait selon lui pour objectif d’enrayer la mobilisation.

Or, « manque de pot, la solidarité s’est organisée et les réseaux ont fonctionné jusque dans la cité phocéenne ».

Ironie du calendrier, les faits se sont déroulés au moment même où la si décriée loi Asile et Immigration était examinée en première lecture à l’Assemblée nationale. Le texte, qui réduit considérablement les droits des étrangers, est selon la majorité gouvernementale, censé assouplir le « délit de solidarité ».

Assouplissement tout relatif dans sa philosophie, autant que dans les faits, puisque le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a tout de même tenu à préciser le maintien de sanctions pour « toutes celles et ceux qui voudraient détourner la volonté de l’État de contrôler ses frontières ».

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 3 mai 2018)

Impunité pour l’inhumanité

Tandis que le « délit de solidarité » devient monnaie courante, les sbires d’extrême droite, eux, ont les coudées franches. Lorsque Théo, Bastien, Eleonora, mais aussi Cédric Herrou ou Martine Landry risquent de lourdes peines de prison et des amendes colossales, pour avoir fait preuve d’humanité, le groupuscule Génération identitaire agit en toute impunité.

Postés au Col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes, ces militants se sont en effet auto-proclamés « supplétifs de l’État » en matière de contrôle de la frontière franco-italienne. A travers l’action « Defend Europ », ils mènent des patrouilles ayant pour but de « veiller à ce qu’aucun clandestin ne puisse rentrer en France ». Sûrs de leur bon droit, ils n’hésitent pas à déclarer publiquement avoir « raccompagné » eux-mêmes des migrants tentant de franchir la frontière.

La préfecture des Hautes-Alpes dit leur avoir « donné l’ordre de stopper immédiatement leurs agissements néfastes ». Elle a beau assurer que « Génération identitaire a été empêché de poursuivre son action », ses injonctions ne semblent pas impressionner les activistes outre-mesure. Un porte-parole ayant indiqué encore récemment : « Nos équipes sont toujours sur place, leur mission continue et nous n’avons pas reçu de demande de partir. »

Les propos du ministre de l’Intérieur, qui a réagi très mollement à cette affaire, ne sont certainement pas de nature à les inquiéter, puisqu’il a annoncé l’envoi de renforts de police, non pas pour stopper Génération identitaire mais pour « s’assurer du respect absolu du contrôle des frontières ».

Ainsi, en France aujourd’hui, on tolère des milices des plus réactionnaires et on traîne des citoyens solidaires devant les tribunaux.

La Marseillaise, le 3 mai 2018

De Vintimille à Londres, 1.400 kilomètres pour sensibiliser. Une soixantaine de « marcheurs », rassemblés lundi à Vintimille (Italie), près de la frontière franco-italienne, à l’appel de l’association calaisienne L’Auberge des Migrants, ont pris le départ d’une marche de solidarité avec les migrants qui doit les mener jusqu’à Londres le 8 juillet. Cette marche « citoyenne et solidaire » de quelque 1.400 kilomètres compte soixante étapes tout au long desquelles des volontaires sont appelés à se relayer pour relier symboliquement Vintimille où les migrants sont bloqués, jusqu’à Calais d’où ils cherchent à gagner la Grande- Bretagne. Après Breil-sur-Roya, la marche solidaire passera notamment à Nice ce 3 mai, à Antibes le 4, à Cannes le 5, à Marseille le 12, à Lyon le 24 et à Paris le 17 juin.

Pour la CNDH, une loi « dangereuse » et « inutile ». Le projet de loi Asile et Immigration, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, est un texte « inadapté », « dangereux » et « inutile », a estimé la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH). « Tout en voulant tranquilliser une partie de la population, le gouvernement a élaboré un texte inutile qui, bien loin de contribuer à une meilleure intégration, fragilise la cohésion nationale, et n’exprime en rien les valeurs essentielles de notre République », a affirmé Christine Lazerges, sa présidente. Les aménagements prévus « sont contraires aux fondements de la procédure d’asile », avec un risque de « régression » de ce droit, estime l’instance consultative. Par ailleurs « le durcissement du régime d’éloignement confine au bannissement des étrangers en situation irrégulière », avec des mesures qui « fragilisent encore plus des personnes vulnérables », martèle la CNCDH, qui émet 37 recommandations visant à détricoter le texte.

Deux pilotes au secours des migrants. Ils ont investi leurs économies dans l’achat d’un avion pour la cause des migrants : deux pilotes français, Benoît Micolon et José Benavente, débuteront vendredi leurs patrouilles au large de la Libye, pour repérer des embarcations en détresse. Leur monomoteur léger « Colibri » est arrivé lundi à Malte, d’où les deux amis espèrent assurer « 20 vols par mois », d’une durée « de quatre à huit heures chacun ». Ils comptent quadriller une bande de 150 kilomètres de long sur 50 km de large devant Tripoli, « là où se concentrent naufrages et sauvetages de migrants ».

La Marseillaise, le 3 mai 2018

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