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Yann Le Pollotec. « Écologie et industrie ne sont pas incompatibles »

Les communistes veulent mettre en débat une nouvelle vision du couple écologie et industrie.

Aujourd’hui et demain, les assises nationales de l’écologie sont organisées dans le cadre de la préparation du congrès du PCF. Parmi les sujets abordés, celui du couple écologie et industrie. Entretien avec Yann Le Pollotec.

La Marseillaise. Vous affirmez que le développement industriel est compatible avec l’écologie. Comment est-ce possible ?

Yann Le Pollotec. Non seulement il est compatible mais nous avons besoin du développement industriel pour résoudre les problèmes écologiques. Sinon on va être obligé de s’en remettre à de grands groupes qui répondent à leurs intérêts financiers et industriels mais pas à une politique globale. Prenons l’exemple concret des panneaux photovoltaïques. Si on n’a pas toute la filière, on aura un panneau utilisé en France mais produit en Chine et qui va consommer pour sa production plus d’énergie qu’il en produira dans toute sa vie, et de l’énergie carbonée. Quand il aura fini sa durée de vie, ce panneau sera recyclé ou démanteler dans un autre pays. On aura donc l’air d’être vertueux en France en produisant une électricité propre mais on exporte en fait les problèmes chez les autres.

La Marseillaise. Quid des activités très polluantes -raffinerie…- et que proposer aux salariés ?

Yann Le Pollotec. Tout d’abord il y a des processus qui peuvent limiter les aspects négatifs en terme de pollution. Ensuite, il faut réfléchir à la manière d’utiliser toutes ces compétences d’autant que l’on aura toujours besoin d’une partie de la chimie du carbone. Ceci posé, il faut bien sûr travailler à la sécurité emploi/formation et réfléchir dans le long terme à des reconversions industrielles de grande échelle. Des reconversions qui seraient de toute façon nécessaires indépendamment de la question écologique puisque l’on sait qu’on arrivera un jour à la dernière goutte de pétrole.

La Marseillaise. Ces réserves fossiles, dont l’Agence internationale de l’énergie dit qu’elles doivent rester dans le sol pour ne pas dépasser les 2°C de réchauffement ?

Yann Le Pollotec. Il faut effectivement les laisser le plus possible dans le sous-sol. Il faut donc poursuivre cet objectif mais sans mettre les gens dans une situation où ils n’auraient plus d’électricité. Je rappelle que sur les 7 milliards que nous sommes sur terre, la moitié n’a pas l’électricité et que quand on n’a pas l’électricité, on n’a pas accès à grand-chose.

La Marseillaise. Les communistes sont souvent taxés de productivisme…

Yann Le Pollotec. On l’a été à un moment de notre histoire. Aujourd’hui, on part de l’idée qu’il faut répondre aux besoins humains mais en limitant au maximum notre empreinte écologique. D’où toutes les idées autour de la lutte contre l’obsolescence programmée, de l’économie circulaire, de retravailler à des unités de production qui soient plus décentralisées… Nous ne sommes pas sur une conception de la décroissance notamment parce que tous les besoins humains sont loin d’être honorés, qu’il va y avoir de nouveaux besoins du fait du vieillissement de la population.

La Marseillaise. Marx disait que le capitalisme épuise l’homme comme la nature. Est-il pertinent pour aborder l’écologie ?

Yann Le Pollotec. Je ne pense pas que Marx connaissait le mot écologie mais il a eu beaucoup d’intuition y compris parce qu’il a été témoin des ravages de l’industrialisation de masse et accélérée sur la nature. Il y a eu une réflexion un peu méconnue parce que la préoccupation écologique n’est arrivée sur le devant de la scène qu'à partir de la fin des années 60. Mais les gens qui ont commencé à travailler sur ces questions sont souvent partis de la critique du capitalisme que faisait Marx. On voit bien aujourd’hui que l’on a une planète finie et le capitalisme trouve ses propres limites sur cette question des ressources de la planète.

Entretien réalisé par Angélique Schaller (La Marseillaise, le 4 mai 2018)

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