Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Serge Tournaire, le Marseillais qui fait trembler les puissants

Le juge parisien Serge Tournaire originaire de la cité phocéenne officie au pôle financier parisien. Il a instruit d'une main de fer des dossiers visant les plus grandes figures du monde économique et politique du pays.

Il y eu Renaud Van Ruymbeke, puis Eva Joly. Aujourd’hui, c’est Serge Tournaire, un Marseillais qui tient la vedette du pôle financier du Tribunal de grande Instance de Paris. Aussi tenace que secret, l’homme a vu défiler, en un peu moins de dix ans, quelques gloires du gotha politique et financier français. C’est en effet le revers du privilège que de devoir franchir la porte du bureau du bout du couloir au troisième étage du 5 de la rue des Italiens à Paris qui fut le siège historique du journal Le Monde.

De fait, l’homme est secret au point de désespérer les plus fouineurs des journalistes. Si l’on connaissait la veste rouge d’Eva Joly, le regard triste de Philippe Courroye ou la mèche en bataille et la moustache blanche de Renaud Van Ruymbeke, aucune image de Serge Tournaire n’a jamais circulé. Jusqu’à ce que l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, proche de l’extrême-droite, publie celle volée par un paparazzo d’un Serge Tournaire aux cheveux ras, en doudoune vert olive, portant un sac à dos. C’était en 2014 lors de la marche Paris-Versailles. Outre l’image, une information révélatrice est livrée au public : il a mis 1 heure 17 minutes pour parcourir les 16 kilomètres. On en déduit donc que ce juriste pointilleux est plutôt bon sportif. Ailleurs et sur les sites de la fachosphère, on le dit membre à la fois du Grand Orient et du Syndicat de la Magistrature et donc marqué à gauche. Comme les deux institutions ne livrent pas les noms de leurs membres, la rumeur devenue fantasme alimente le complot contre celui qui a l’audace de mettre le meilleur monde de droite et de l’argent en examen. Autres détails, on le sait être père de trois enfants et époux d’une « pétulante magistrate », selon l’Express qui pourrait être Isabelle Poinso. Fermez le ban de la vie privée, on n’en saura jamais davantage.

Une enquête corse

C’est en 1993 à Ajaccio, son premier poste de juge d’instruction que le jeune magistrat prend la mesure du poids politique qui écrase la justice. Il « tient » Antoine Nivaggioni, un individu combinant le nationalisme au banditisme, soupçonné de complicité d’assassinat. Il faudra pourtant le libérer sur ordre venu d’un gouvernement Balladur qui tente de se concilier la mouvance dite « nationaliste ». Une leçon pour celui qui, dans la suite de la carrière, plongera dans cette mare où fermentent grande finance et politique.

Si la personnalité de Serge Tournaire est tenue dans l’ombre, sa face professionnelle ne se met pas davantage sous la lumière. Sa porte est close à la presse et ne s’ouvrent qu’aux prévenus et à leurs avocats, seuls témoins de la « méthode Tournaire ». Quel que soit le client, la forme de l’entretien : il a sur le bureau, une petite pile de feuillets dactylographiés noircis d’une liste de questions qu’il pose d’une voix posée mais froide, les répétant inlassablement jusqu’à obtenir une réponse précise. « Je le déteste, mais j’ai du respect pour lui. Mais la société ne peut pas marcher s’il n’y a que des Tournaire », a lâché Bernard Tapie, sorti de son cabinet avec une mise en examen. Un sentiment que partagent certains avocats qui ne témoignent que sous l’anonymat. Pour l’un, « il use de manières de voyou ». C’est dans cet esprit que le Bâtonnier des avocats de Paris s’est indigné que Serge Tournaire ait osé mettre sur écoute un ancien Président de la République -Bien qu’il se soit agi de Paul Bismuth- et de Thierry Herzog, son avocat. Il pousse l’inquisition jusqu’à la perquisition de ses bureaux. Pas de chance pour le bâtonnier, le juge pointilleux n’a fait qu’appliquer ce qu’autorise la loi Perben 2 de 2004. « Pour lui les avocats sont tous complices de leur client », renchérit un autre. Toujours dans le même registre, Luc Febbraro, avocat au barreau d’Aix-en-Provence assure : « C’est un type techniquement très compétent avec une épouvantable mentalité d’inquisiteur. » Mais certaines voix se veulent plus modérées dans le monde des robes noires : « Il est froid, implacable, mais juste », estime un avocat dont le client est ressorti du cabinet du juge moins chargé qu’il était en y entrant. Il se trouve même des justiciables tel Ziad Takieddine -impliqué dans le dossier libyen de Sarkozy- à se trouver en empathie au point de se confier à lui au-delà de ce que l’on pouvait attendre.

Une surenchère des ego

La rigueur implacable et la froideur de la pratique d’un juge au fait du code de procédure, a subi un deuxième accroc après sa lointaine mésaventure Corse. Le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog aurait dû être cosignée par les deux juges en charge de l’affaire. Or, Renaud Van Ruymbeke s’y est refusé. Ce hiatus juridique a ouvert la porte à un appel de la mise en examen. Rien d’autre qu’une surenchère des ego, dit-on dans les couloirs du pôle financier. Depuis, paraît-il, les deux hommes ne se saluent plus.

Serge Tournaire n’est-il qu’un homme taillé dans la glace du code de procédure pénale ? « Dans le privé, il est charmant et est un véritable pince-sans-rire », confie un magistrat marseillais qui l’a côtoyé, mais sous couvert d’anonymat pour ne pas rompre une amitié maintenue.

Arrivé dans la vague qui a amené avec lui Guillaume Daieff -auquel il est associé dans plusieurs dossiers- Serge Tournaire a encore une quinzaine d’années devant lui pour faire trembler les mondes de la politique et des affaires. Lesquels, a-t-il démontré, ont tendance à se rejoindre.

Alain Bradfer (La Marseillaise, le 5 mai 2018)

Curriculum vitae express
  • Né en 1966 à Marseille Diplômé de Sciences Po Paris Passe trois mois à l’école nationale des Impôts à Clermont-Ferrand.
  • Intègre l’École nationale de la Magistrature à Bordeaux.
  • 1993 : premier poste de juge d’instruction à Ajaccio.
  • 1997 : juge d’instruction à Nice 2004 : Nommé à la Juridiction interrégionale spécialisée (le pôle financier) de Marseille 2009 : Nommé au pôle financier de Paris.
Il les a mis en éxamen :
  • Vincent Bolloré. Soupçonné de corruption dans ses affaires africaines.
  • Nicolas Sarkozy. Pour le financement libyen de sa campagne électorale et les fausses factures de Bygmalion.
  • Ernest-Antoine Sellière, ancien patron du Medef) et du Groupe Wendel pour fraude fiscale.
  • François Fillon. Pour les rémunérations fictives de son épouse Pénélope et les costumes.
  • UBS. Le numéro un des banques suisses pour démarchage illicite.
  • EADS et Airbus. Ses dirigeants et deux de ses actionnaires (Lagardère et Daimler) pour délit d’initiés.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64