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Moussa Camara. Le jeune guinéen doit comparaitre le 12 huin

Gay ou pas, Moussa Camara sera sans doute expulsé.

Réponse de la justice française, le 12 juin prochain. En attendant, c’est la prison, pour Moussa Camara, ce militant gay guinéen sans-papiers de 28 ans, installé comme acrobate depuis 2015 à Nîmes, dans le Gard, qui se dit menacé, dans son pays d’origine, à cause de ses orientations sexuelles. Depuis jeudi soir, il est incarcéré, en détention provisoire, à la prison de Lyon Corbas.

Jeudi 3 mai, Moussa Camara a refusé de monter à bord de l’avion qui devait l’expulser, depuis Lyon, vers Conakry, la capitale de la Guinée, un pays à la politique trouble, dont la loi stipule encore que l’homosexualité est (sic) « contre-nature » et est passible de trois ans de prison. Le jeune homme, qui se dit gay, clame avoir peur pour sa vie, s’il rentre dans son pays. Il affirme avoir vu un de ses anciens amoureux se faire lyncher à mort. Ce qui est possible, mais pas prouvé. Reste que la Guinée, un pays à 85 % musulman, est régulièrement dénoncée par les ONG, pour son homophobie. (…) Aussi, d’après le site d’informations en ligne guinéen, « Aminata.com », les homosexuels feraient (sic) « l’objet de lynchages populaires et de massacres dans plusieurs quartiers de la ville de Conakry » (28 févr. 2014). Toujours est-il que le refus d’obtempérer de Moussa Camara lui a valu une convocation en comparution immédiate, devant le tribunal correctionnel de Lyon, dès le lendemain. Le Guinéen, qui parle assez mal le français, y a clairement dit avoir « trop peur pour rentrer ». L’affaire a été renvoyée, avec mandat de dépôt, au 12 juin prochain.

En danger de mort, ou menteur ?

Reste que ce qui sera jugé, c’est le refus d’obtempérer, et rien d’autre. La situation personnelle de ce demandeur d’asile ne devrait pas être ré- étudiée. Et pourtant, c’est vraiment la situation personnelle de Moussa Camara qui pose souci et est source de confusion.

Cet homme qui demande l’asile à la France est-il oui ou non gay, comme il le prétend ? Voilà bien un élément intime. Mais, comment « prouver » son homosexualité, qui pourrait effectivement lui causer préjudice, dans son pays d’origine ? C’est là le nœud du problème. Arrivé en 2015 en France, avec un visa de trois mois, Moussa Camara a été placé en centre de rétention fin mars dernier. Sa demande d’asile, déposée en novembre 2015 à l’expiration de son visa, a été rejetée en juin 2016, puis, en appel, en février 2017. Logiquement, la prochaine étape est l’expulsion.

Ce n’est que récemment que ce jeune homme aurait évoqué son homosexualité. Des propos remis en question par l’ex policière et actuelle députée LREM, Laurence Vanceunebrock-Mialon. Sur twit- ter, cette ex policière et élue de l’Allier, affirme que Moussa Camara aurait menti quant à son homosexualité et aurait une compagne en France. C’est aussi l’avis de la préfecture du Gard qui estime que « les craintes de persécution exprimées par l’intéressé du fait de son homosexualité ne pouvaient être regardées comme fondées ».

Rosanne Mathot (L’Indépendant, le 8 mai 2018)

Envoie-t-on un homme se faire tuer ?

Dans toute cette confusion, Vincent Autin, actif militant pro droits de l’Homme et premier marié gay de France, continue de défendre Moussa Camara, en expliquant, sur Facebook : « Je suis Moussa depuis 2016. Je n’ai aucune raison de remettre en question son histoire. Un drame est en train de se jouer, il n’est pas humainement concevable d’envoyer un homme au sacrifice. Désormais exposée, son histoire sera scrutée, sans cesse remise en cause et décrédibilisée ».

L’avocate de Moussa Camara, Me Florence Alligier, demande le renvoi du délibéré pour pouvoir se pencher « au-delà de l’infraction pénale (le refus d’embarquement), sur un dossier bien plus complexe ». Elle réclame notamment auprès de l’Ofpra (l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), une demande de réexamen de la demande d’asile de Moussa Camara.

L’Indépendant, le 8 mai 2018

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