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Catalogne. Le plan D des indépendantistes

Après un nouveau veto de Madrid à l’investiture à distance de Puigdemont.

Votée au Parlement de Catalogne, la loi pour une investiture à distance du président de la Generalitat a été signée hier par… le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, à la place du président (destitué) de la Catalogne. Et comme annoncé, la nouvelle loi, publiée immédiatement au Journal officiel (DOGC), a aussitôt fait l’objet d’un recours auprès du Tribunal Constitutionnel, signé par le même Mariano Rajoy après un conseil des ministres extraordinaire. Ce dernier s’est ensuite expliqué devant les élus du Congrès des députés à Madrid, évoquant « l’absurdité » d’une loi qui « permettrait qu’un fugitif de la justice espagnole puisse être investi » à la présidence de la Generalitat, et ce « depuis un pays étranger ».

Carles Puigdemont, exilé en Allemagne, ne sera donc pas investi président de la Generalitat… « Pour le moment », a souligné sa plus proche collaboratrice, et possible successeur Elsa Artadi. Président ou pas, c’est de Carles Puigdemont, placé à la tête de la majorité indépendantiste lors des élections du 21 décembre, que dépend la gouvernance de la Catalogne. Et le compte à rebours est lancé dans cette course à l’investiture, la date butoir avant la convocation de nouvelles élections étant fixée au 22 mai.

Après le plan A (Carles Puigdemont), le plan B (Jordi Sanchez, en prison préventive), le plan C (Jordi Turull, emprisonné au lendemain du premier round du vote parlementaire), le plan D est lancé et s’annonce serré, sachant que la majorité au parlement catalan ne tient qu’à une seule voix, les quatre élus de la CUP préférant s’en tenir à l’abstention, à défaut d’un candidat résolument républicain en lice. Or, l’exilé Toni Comín peut perdre le droit de déléguer son vote si le juge bruxellois (qui l’a convoqué ce lundi dans le cadre de l’examen du mandat d’arrêt européen lancé par le juge du Tribunal Suprême espagnol, Pablo Llarena), lève les mesures conditionnelles qui entravent sa liberté de circulation.

Un prochain dénouement

Carles Puigdemont a donc doublement intérêt à aller vite. Dès demain, il devrait communiquer le nom du nouveau can- didat(e) au président du parlement de Catalogne, Roger Torrent, lequel devrait engager un énième « round ». Le premier tour de l’élection pourrait avoir lieu samedi et le second, qui serait suivi de l’investiture, dimanche ou lundi matin.

Mariano Rajoy a tout intérêt dorénavant à faciliter le vote et l’investiture d’un nouveau président de la Generalitat. Au point de renoncer à déposer un recours devant le Tribunal Constitutionnel contre le vote par procuration des « exilés » ou « fugitifs » Carles Puigdemont et Toni Comin, comme l’a fait Ciudadanos. Albert Rivera, le leader de ce parti (qui talonne le PP, selon un dernier sondage), le lui a d’ailleurs violemment reproché hier en séance parlementaire. En colère, le jeune leader de la nouvelle droite a annoncé le retrait du soutien de son parti. Rajoy a répondu que le rétablissement d’un nouveau gouvernement en Catalogne était une « affaire d’État ».

La crise catalane devrait donc approcher d’un dénouement, sans doute provisoire, la semaine prochaine.

Le juge Llanera fragilisé

Reste à pacifier le marigot judiciaire, agité par un ma- gistrat dont certains pairs n’hésitent plus à pointer du doigt les cafouillages et le manque de rigueur face aux demandes des juges allemands ou belges, appelés à se prononcer sur le mandat d’arrêt européen qu’il a soumis à leur approbation. Après avoir pratiquement écarté la possibilité d’extrader Puigdemont pour un délit de « rébellion », inexistant en Allemagne, celui de « malversation de deniers publics » pour l’organisation du référendum semble lui aussi sérieusement mis à mal. Le Haut Tribunal du Schleswig-Holstein ayant réclamé un supplément d’information, le juge Llanera a répondu qu’il attendait des explications du ministre des finances espagnol Cristobal Montoro, lequel l’a publiquement contredit en affirmant à plusieurs reprises que « l’organisation du référendum du 1er octobre 2017 n’a pas coûté un centime au budget public de la Catalogne », puisque lui-même s’était dépêché de « prendre le contrôle des finances catalanes » avant même le référendum.

En tout cas, de nombreux leaders d’opinion, la majorité des médias catalans, des partis comme Esquerra Republicana (dont le leader Oriol Junqueras est en prison), ou Catalunya En Comú, voire le PSC, ainsi que l’association civile Omnium Cultural, font campagne en faveur de la mise en place d’un Gouvernement catalan, même réduit à la portion congrue. Selon eux, le rétablissement d’un pouvoir légal en Catalogne aurait plus de poids pour œuvrer en faveur des dirigeants politiques et sociaux incarcérés.

Joana Viusà (L’Indépendant, le 10 mai 2018)

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