Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Top 5 des magouilles pour verser des milliards en temps de crise

Décryptage des cinq manoeuvres ayant permis aux entreprises du CAC 40 de verser des milliards d’euros aux actionnaires en pleine crise.

407 milliards d’euros : ce sont les dividendes versés par les entreprises du CAC 40 entre 2009 et 2016. Dans un rapport publié hier l’ONG Oxfam détaille la répartition des bénéfices des grandes entreprises françaises côtées en bourse. Ils sont consacrés à presque 68% aux dividendes - un pourcentage qui n’était « que » de 30% dans les années 2000 et de 10% en 1970. Un record planétaire comparé aux autres places boursières : 60% au Royaume-Uni, 55% de moyenne en Europe, 48% aux Etats-Unis… Autant dire que ces entreprises ont dû déployer de grandes manoeuvres pour y parvenir alors que l’activité économique était en crise à partir de 2008.

1/ Le blocage des salaires

La premier subterfuge consiste évidemment à jouer sur la modération salariale, imposée aux salariés, pas aux PDG qui affichent des revenus 119 fois supérieurs à la moyenne salariale de leur entreprise. Si les échelles de salaire sont difficiles à découvrir, l’ONG Oxfam est parvenue à les restituer pour établir que Carrefour, par exemple, propose un salaire annuel brut moyen de 16.000 euros. Un chiffre abscons ? Divisé par 12, cela donne 1.333 euros brut mensuel. Pour Danone, il est de 23.906 euros, soit 1.992 euros brut par mois. Des chiffres bien en deçà de la moyenne nationale qui se situe à 2.998 euros.

2/ Les licenciements abusifs

Deuxième levier : les licenciements. La crise a en effet bon dos pour annoncer des plans massifs et injustifiés. En 2013, Danone a licencié 900 personnes alors qu’elle a distribué 1,6 milliard de dividendes, Sanofi a supprimé 800 emplois mais dégagé 5,3 milliards pour les actionnaires. En 2011, la BNP a supprimé 373 emplois attribuant dans le même temps 3 milliards.

3/ Le contournemet de l’impôt

Troisième ressort : échapper à l’impôt ou le contourner pour augmenter les bénéfices. Entre 2009 et 2016, le nombre de filiales du CAC 40 installées dans les paradis fiscaux a augmenté de 20%, filiales rarement déclarées pour des entreprises qui, au final, affichent un taux d’imposition parfois inférieur à celui en vigueur en France. Ainsi pour Sanofi un taux de 22% quand le taux français est de 33%. L’ONG Oxfam remarque également que le CAC 40 ne mentionne que très rarement dans ses documents comptables les milliards du Crédit impôt compétitivité emploi et du Crédit impôt recherche du gouvernement, et sans jamais en donner le détail de son utilisation.

4/ Le refus d’investir

Quatrième ficelle : baisser massivement les investissements. Ceux-ci n’ont été que de 27,3% sur la période. Une moyenne. Car en 2011 (année où les bénéfices chutent de 10%) les dividendes versés augmentent quand même de 15%, et les investissements, eux, baissent de… 38% !

5/ Le recours à l’endettement

Dernier subterfuge : contraindre l’entreprise à l’endettement pour satisfaire l’actionnaire faute de bénéfices suffisants. Engie a versé 27,6 milliards de dividendes à ses actionnaires avec 8,4 milliards de bénéfices entre 2009 et 2016. Idem pour Véolia (3,6 milliards et 3,2 milliards de bénéfices) et ArcelorMittal (3,4 milliards et 7,4 milliards de perte).

Démonstration est faite que, faible ou forte, la croissance est ava- lée par les profits…

Angélique Schaller  (La Marseillaise, le 15 mai 2018)

La bourse ne finance plus les entreprises, c'est l’inverse…

Il est un fait : c'est toujours le monde du travail qui paie in-fine ce que l'économiste Frédéric Lordon appelle l'ébriété de la finance. « Car, invariablement, la dégringolade des marchés frappe les banques, donc le crédit, puis l’investissement, la croissance… et l’emploi ». La boucle se boucle qui part d'un vol sur le travail et finit par une ardoise à payer par les travailleurs eux-mêmes. Les chiffres livrés ici le démontrent sans ambiguîté. La bourse finance les entreprises ? « Ce sont plutôt les entreprises qui financent la Bourse ! »  rétorque Frédéric Lordon. Et d'expliquer que « le capital actionnarial atteint (…) des sommets car, imposant des normes de rentabilité financière exorbitantes, il force à abandonner bon nombre de projets industriels… ». Ainsi passe-t-on d'une économie de la production à une économie de la rente. Où l'on voit des entreprises qui pour verser des dividendes à leurs actionnaires, ses pirates des temps modernes, s’endettent… « Dorénavant, ce qui sort des entreprises vers les investisseurs l’emporte sur ce qui fait mouvement en sens inverse… et donnait son sens et sa légitimité à l’institution boursière. » Au fond se réalise ici le grand rêve capitaliste moderne qui trouve usant de devoir encore produire, avoir des salariés, bref devoir s'activer un minimum pour gagner de l'argent. La bourgeoisie financière doit céder sa place à une aristocratie tout aussi financière mais qui ne veut plus s'embarrasser avec le travail, fût-il fait par les autres. Comme un retour à la case départ féodale.

C'est au fond ce « vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production » que Marx décrivait déjà il a 150 ans.

Frédéric Durand (La Marseillaise, le 15 mai 2018)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64