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Les doux apôtres de la dictature (du marché) refont surface

Les apôtres de l’autoritarisme se dévoilent depuis l’arrivée de Macron au pouvoir. Du despostime doux à la dictature de la démocratie, tous les arguments sont bons dans le bras de fer qui oppose le pouvoir et le monde du travail.

Du « despotisme doux », revendiqué par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, à la « dictature démocratique » assumée par l’éditorialiste Jacques Julliard dans le dernier numéro de Marianne, les apôtres de l’autoritarisme se dévoilent sans trop de pudeur depuis l’arrivée de Macron à l’élysée. Les Français ne s’y trompent pas : ils sont 63% à penser que la démocratie « pourrait être vraiment remise en cause dans les années à venir », selon une étude Viavoice publiée en janvier dernier.

« Je n’ai jamais caché que, dans certaines situations de crise ou de marasme prolongé, la concentration du pouvoir entre les mains d’un homme dûment désigné et contrôlé par les instances régulières me semble le meilleur moyen de sauvegarder la démocratie », expose sans sourciller Julliard. Mais quelle est cette menace si redoutable qu’elle nécessite qu’on lui oppose sans délai l’arbitraire ? S’ils n’y font pas explicitement référence, ce sont bien les mouvements sociaux qui sont dans le viseur. Les idéologues libéraux, parvenus à la limite de leur patience, appellent donc désormais de leurs vœux une « dictature démocratique ».

C’est que le monde des affaires est arrivé au pouvoir dans les valises de Macron et qu’il n’entend guère repousser l’agenda. Cette « brutalité souriante » c’est le nouveau président lui-même qui l’incarne lorsqu’il parle, en septembre dernier, « des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien », ou quand il stigmatise « les illettrés »« les fainéants… ». Ou encore lorsqu’il s’attaque aux privés d’emplois leur disant : « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord ».

Quand les intérêts financiers veulent le pouvoir politique

Avant de tomber dans la marmite macroniste François Bayrou livrait une analyse sans fard des prétentions de cette gouvernance affairiste que nous vivons aujourd’hui : « Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers, qui ne se contentent pas d’avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique […] On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n’a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu’elles ont raté avec Strauss-Kahn » , expliquait le Béarnais dans Valeurs Actuelles en août 2016, avant de conclure : « Il y a la séparation de l’Église et de l’État. Moi je suis pour la séparation de l’État et de l’argent ».

Plutôt Hitler que le Front populaire

Et c’est ici que le bât blesse : la victoire électorale de Macron ne vaut pas victoire totale sur le peuple puisque la contestation demeure. Cet écart, devenu insupportable pour le pouvoir, justifie désormais la tentation autoritaire chez les scribes libéraux.

Et les rares fois où la démocratie a droit de cité dans les entreprises ses résultats démentent de façon plus cinglante encore les prétentions des gouvernants. A Air-France le projet proposé par la direction a été rejeté à près de 56% par 80% des 46.000 salariés du groupe. A la SNCF les cheminots ont décidé de prendre les devants et de consulter eux-aussi les salariés sur la réforme du rail proposée par le gouvernement. Il y a de fortes chances que ce référendum trouve la même issue que celui réalisé chez leurs voisins du transport aérien. De quoi doucher les espoirs d’un Macron qui pariait sur la mise à l’écart des syndicats et la consultation directes des salariés pour réussir ses manœuvres.

A l’évidence les « grands intérêts financiers » dénoncés par François Bayrou n’entendent pourtant pas céder sous la pression démocratique. « Plutôt Hitler que le Front populaire », revendiquait en 1938 une droite terrorisée à l’idée que le mouvement ouvrier puisse imposer ses vues au patronat.

Le despotisme doux

Aujourd’hui un appel aussi transparent aux tyrans pour protéger les intérêts d’une minorité n’aurait pas bonne presse. Raison pour laquelle c’est discrètement que le joug doit être passé. « C’est ce que les Romains appelaient dictature, en un sens qui n’a rien à voir avec le sens moderne qui implique arbitraire et violence », ose Jacques Julliard pour minorer le propos. Et le « despotisme doux » cher à Gérard Collomb est de la même veine. « Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance », explique Tocqueville à qui l’on doit la formule dans son fameux ouvrage, De la Démocratie en Amérique.

Pour le libéral Tocqueville c’est l’égalité qui devait mener à cette gouvernance douce et oppressive. Dans les fait c’est pour maintenir, voire creuser les inégalités, que le pouvoir et ses courtisans le plébiscitent aujourd’hui.

Aussi une élite financière composée de prétendus promoteurs de la liberté et de la démocratie livrent-ils un nouveau message au peuple que l’on pourrait traduire ainsi : votre liberté s’arrête où nos intérêts commencent. Et gare à qui voudrait franchir la frontière.

Frédéric Durand (La Marseillaise, le 18 mai 2018)

Le Pape et la « dictature mondiale de l’argent »

Le Pape François critique régulièrement « l’impérialisme de l’argent » qui « met en place une dictature économique mondiale », comme le rapportait La Croix en novembre 2016. Cette dictature infantilise car elle « gouverne avec le fouet de la  peur, de l’inégalité, de la violence économique, de la violence sociale, culturelle et militaire qui engendre de plus en plus de violence ». Le chef du Vatican soulignait qu’« aucune dictature ne peut se maintenir sans exploiter nos peurs ». En février 2017, il s’en prenait encore au capitalisme : « Quand le capitalisme fait de la recherche du profit son unique but, il risque de devenir une structure idolâtrique, une forme de culte ». Et il ajoutait : « la manière la meilleure et la plus concrète de ne pas faire de l’argent une idole est de le partager ».

La Marseillaise, le 18 mai 2018

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