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Après Gaza. Ce droit de veto qui « paralyse » l’action de l’ONU

Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier s’intitule « Le capitalisme expliqué à ma petite-fille en espérant qu’elle en verra la fin »(*), le sociologue suisse Jean Ziegler est un fervent partisan d’une réforme de l’ONU. Et notamment de l’abandon du droit de veto qui fait une fois encore la démonstration de son caractère nuisible avec le massacre de Gaza.

A chaque conflit (ou presque), à chaque atteinte aux règles du droit international, la question revient. Inlassablement. Que fait l’ONU ? Pourquoi les Nations unies ne parviennent-elles pas à assurer leur mission originelle qui est de garantir la paix sur la planète ?

C’est une nouvelle fois le cas avec le massacre de Gaza. S’il est communément admis que l’histoire ne se répète pas, elle semble néanmoins bégayer. Faisant référence à l’agression, en 2014, d’Israël sur les Palestiniens, le sociologue suisse et vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies Jean Ziegler déclare à la Marseillaise : « C’est exactement la même chose. » A une nuance près : « Le cynisme et le caractère meurtrier du blocus israélien auquel sont soumis deux millions de Gazaouis se sont encore aggravés. »

« Un meurtre de masse délibéré »

Et, face à ce qui constitue selon lui « un crime contre l’humanité, un meurtre de masse délibéré contre des civils non armés », toujours le même immobilisme de l’ONU. Une impasse mortifère qu’il attribue à ce qu’il nomme « le grand problème du veto américain, qui paralyse depuis maintenant cinquante ans toute intervention contre Israël ».

Jean Ziegler est de ceux qui alertent depuis de nombreuses années sur cette difficulté majeure. Il prône en effet une réforme de l’organisation internationale et notamment la disparition du droit de veto qui, s’il se justifiait à son sens à la création de l’ONU en 1945, est devenu au fil du temps un outil de blocage dont usent et abusent les membres permanents du Conseil de sécurité en fonction de leurs intérêts.

A l’heure où de nombreuses et diverses voix s’élèvent pour que l’assassinat de soixante Palestiniens et les graves blessures commises sur quelque 2000 autres ne restent pas impunis et, surtout, ne se renouvellent pas, Jean Ziegler plaide pour un certain nombre de mesures immédiates. « Le Conseil de sécurité de l’ONU doit transférer la question du crime contre l’humanité de Gaza à la Cour pénale internationale, afin que celle-ci ouvre une enquête, identifie nominalement les auteurs et les fasse condamner », déclare-t-il en premier lieu.

Il fait également sienne la revendication des Palestiniens qui « demandent la fin du blocus égyptien et israélien, une violation de la Convention de Genève, qui remet en cause les droits économiques et sociaux, comme par exemple à la santé, à l’alimentation, à l’habitat ».

Il préconise en outre que « des Casques bleus soient stationnés sur la ligne de démarcation entre Israël et Gaza pour protéger la population palestinienne ».

« Faire pression sur les gouvernements »

« Enfin », conclut Jean Ziegler, « il faut que des corridors humanitaires soient ouverts pour permettre l’importation de médicaments, de nourriture, etc., depuis l’Egypte et Israël ».

Autant de dispositions qui, souligne-t-il, sont « prévues par le chapitre VII de la Charte des Nations unies », mais entravées par le veto américain. Car ces actions nécessitent l’unanimité des cinq États permanents et la majorité des quinze membres du Conseil de sécurité.

Il en appelle à une forte mobilisation de l’opinion publique mondiale, « surtout européenne », précise-t-il, pour « faire pression et forcer les gouvernements à réformer la charte et à introduire la suspension du droit de veto dans tous les conflits où il y a crime contre l’humanité ».

Un scénario qui lui semble tout à fait plausible dans la mesure où « l’indignation est totale ». Forcément « révolté par ces massacres à répétition », Jean Ziegler n’en est pas pour autant résigné. L’un de ses précédents ouvrages, consacré à cette question, s’intitule d’ailleurs « Chemins d’espérance »(**).

Agnès Masseï (La Marseillaise, le 18 mai 2018)

(*) « Le capitalisme expliqué à ma petite-fille en espérant qu’elle en verra la fin », paru aux éditions du Seuil en 2018.
(**) « Chemins d’espérance », aux éditions du Seuil (2016).

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