Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Internet. Plaintes pour pillage contre les géants du net

Les militants de la Quadrature du net s’emparent du nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles pour ramener les GAFAM dans la légalité.

C’est aujourd’hui qu’entre en vigueur le nouveau « règlement général sur la protection des données » européen (RGPD). Il impose des obligations strictes aux entreprises qui collectent des informations personnelles d’Européens, où qu’elles soient établies. L’objectif est de protéger les citoyens d’une utilisation outrancière de toutes les informations qu’ils donnent via leur « like », leur mail, leur adresse IP, les vidéos regardées etc. Ces entreprises doivent désormais obtenir un consentement réel. A défaut, des sanctions sont possibles pouvant aller jusqu’à 4% du chiffre d’affaire mondial. Pour exemple, le chiffre d’affaire d’Alphabet, société mère de Google a dépassé les 100 milliards de dollars en 2017.

Sur le papier, c’est une réelle avancée que les militants de la Quadrature du net entendent bien faire concrétiser. Lundi prochain, ils déposent devant la CNIL -commission nationale informatique et liberté- des actions de groupe contre Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, bref, contre les GAFAM. « Ces plaintes visent à faire pression sur les autorités pour qu’elles soient rigoureuses, fermes et prononcent des sanctions élevées sans attendre des années » explique Arthur Messaud, responsable de ce dossier dans l’association.

« Ces entreprises regardent tout ce que l’on dit, écrit, publie… Mais surtout ce que l’on fait : les groupes que l’on suit, ce que l’on "like" etc. » vulgarise le jeune homme. Des informations qui peuvent sembler anodines mais qui récoltées à très grande échelle en direct sur les services proposés ou via des traceurs, des cookies, des login, des pixels invisibles ou des profils fantôme sur les téléphones, les sites fréquentés, les applications de jeux… sont ensuite moulinées par des algorithmes. Les informations qui en sont tirées permettent à Facebook ou Google d’affirmer à leurs annonceurs qu’ils vont placer leur publicités auprès des bonnes personnes et au bon moment et de vendre ces publicités aux prix qui leur assurent leur très confortables bénéfices (16 milliards pour facebook en 2017). « Est-ce que ces publicités ciblées marchent ? On ne se prononce pas là dessus. En revanche, ce qui est certain, c’est que cela pousse les gens dans une direction, que cela tord notre vision du monde » commente Arthur Messaud.

Tout ce qui se cache derrière un « like »

Une étude réalisée par l’université de Cambridge ayant vérifié qu’une simple analyse des « like » permettait de trouver la couleur de peau des personnes dans 95% des cas, leurs orientations politiques (85%), religieuses (82%), sexuelles (80%), s’ils fumaient (73%), buvaient (70%)… Facebook s’est également vanté d’avoir mené en 2012 une expérience auprès de 700.000 utilisateurs démontrant sa capacité à influencer leurs humeurs.

Ces collectes sans autorisation claire ont été déclarées « illicites depuis au moins 2013 par les CNIL européennes si bien que le consentement des personnes est aujourd’hui officiellement demandé. Mais il est la condition pour accéder aux services ou il faut désactiver des cases pré-cochées. Mais qui le sait ? Qui le fait ? » détaille Arthur Messaud avant de présenter les avancées du RGPD : « le consentement doit désormais être explicite et les cases pré-cochées sont interdites ».

Ces actions illégales ont pour seul but de placer de la publicité ce qui a pour effet de « distordre entièrement le débat public » dénonce encore le militant. Pourquoi ? Parce que YouTube, second site le plus visité au monde et qui appartient à Google, 70% des vidéos regardées font suite à des suggestions de la plate-forme. Or, celles-ci n’ont qu’un objectif : garder l’internaute afin de lui faire regarder un maximum de publicités. Et qu’est-ce qui fait rester ? Les contenus agressifs, diffamants ou complotistes.

Dernier élément à prendre en compte : l’impact que pourrait avoir les informations collectées par Facebook par exemple sur les tentatives de suicide, le diabète… si elles étaient confiées à des assurances de santé, à des banques etc. « Ce n’est pas possible en France mais çà l’est déjà aux États-Unis où des entreprises adaptent les prix de la mutuelle de leurs salariés en fonction de leur activité physique estimée sur la base de services numériques. Ce n’est cependant pas réalisé par des GAFAM qui se concentrent pour l’heure sur leur activité » apprécie Arthur Messaud. « Mais si Facebook se retrouvait ruiné par des amendes sanctionnant ses actions illégales, il pourrait être tenté de le faire ou il pourrait être racheté par des assurances… Et là, ce pourrait bien être le chaos » reconnaît-il. Un chaos où des tentatives de suicide pourraient renchérir le prix d’un prêt bancaire, ou du diabète pourrait faire monter le prix d’une assurance santé. Par exemple.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 25 mai 2018)

La start-up Nation de Macron

Servile avec les géants du net Emmanuel Macron ? Non, plutôt en phase totale avec la logique économique libérale et transnationale de ces multinationales qui sont aujourd’hui plus puissantes que les États, accumulant des profits colossaux sans s’acquitter de l’impôt -ou à moindre frais- ; bref sans participer aux financement des besoins collectifs. Sa proposition de vouloir « réguler » tout ça est de la poudre aux yeux.

En inaugurant vendredi à Paris le salon VivaTech consacré à la haute technologie, le locataire de l’Elysée a dit ce qu’il entend faire de la France et des Français que le monarque républicain ramasse en un mot exhumé de l’Ancien régime : « mon peuple » (sic).

Un projet de rupture

« Je veux faire de notre pays celui qui pense le monde que vous êtes en train de construire », a-t-il lancé à un parterre de patrons du secteur « high-tech ». Voilà qui a le mérite de la clarté pour ceux qui doutaient encore du projet de rupture de Macron: transformer le pays de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et du programme du Conseil national de la Résistance en Nation de petits patrons. Dans la novlangue on appelle ça la Nation start-up.

La rupture (disruption en novlangue) c’est, par exemple, remercier Uber « d’offrir » une protection sociale privée à ses chauffeurs en Europe. « Une première étape » pour Macron qui veut créer « un nouveau modèle social pour que les entrepreneurs qui rejoignent les plate-formes internet aient accès aux hôpitaux, une retraite ». Ce nouveau modèle, il veut en confier la réalisation aux géants mondiaux des nouvelles technologies. Une protection sociale au rabais, voilà ce que prépare Macron et son gouvernement. Un projet qui vient parachever l’abaissement des droits des salariés décidé par ordonnances et la suppression des cotisations, remplacées par l’augmentation de la CSG.

Françoise Verna (La Marseillaise, le 25 mai 2018)

Le tapis rouge déroulé par Macron devant le gotha du net

Microsoft va recruter une centaine de spécialistes de l’Intelligence artificielle en France dans les domaines de la santé, l’environnement/énergie, les transports, les services financiers et l’agro-alimentaire. La Fondation Google n’a rien annoncé sur le contentieux fiscal du groupe avec l’État qui les réclame 1,15 milliard d’euros de redressement mais a dit donner 100 millions de dollars sur 5 ans pour des projets à but non lucratifs de formation aux métiers du numérique en Europe, Afrique et Moyen-Orient. Facebook a lui promis de financer 48 bourses et 8 thèses consacrées à l’IA dans 4 universités françaises, soit le double de celles annoncées en janvier 2018.

Si les critiques montent en Europe contre les géants d’internet sur le pillage de données, les fausses nouvelles, les comportements prédateurs ou l’évasion fiscale, Emmanuel Macron leur a déroulé le tapis rouge durant deux jours. Dans le cadre d’un déjeuner à huis clos avec le gratin de la high-tech mondiale (les GAFAM mais aussi IBM, Uber…) tout d’abord et pendant le salon international des start-up Vivatech qui a ouvert hier, attendant -une première !- plus de 80.000 personnes dont les prestigieux dirigeants de ce gratin. Pour ne pas paraître trop servile, Emmanuel Macron a cependant répété qu’il était déterminé à plaider à Bruxelles pour une taxation des géants du net à 3% du chiffre d’affaires. Pour l’heure, sans effet.

La Marseillaise, le 25 mai 2018

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64