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En France. Un front uni porté par 190 rassemblements

Au-delà de la bataille de chiffres sur le nombre de manifestants dans le pays, il n’en demeure pas moins que syndicats, partis et associations ont défilé côte-à-côte.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans toute la France à l’appel inédit d’une soixantaine d’organisations pour une « marée populaire » contre la politique d’Emmanuel Macron.

Avec 190 rassemblements, ce qui se voulait une « super fête à Macron », selon la formule de Jean-Luc Mélenchon, a rassemblé 93.315 manifestants à travers le pays, selon le ministère de l’Intérieur, les organisateurs annonçant entre 250.000 (CGT) et 280.000 personnes (Attac).

A Paris, 31.700 personnes ont défilé, selon le cabinet Occurrence, les organisateurs en comptant 80.000 et la préfecture de police 21.000.

Le collectif de partis (LFI, PCF, EELV, Générations et NPA…), associations (Attac, Amis de la terre, Mouvement de la paix…), syndicats (CGT, Solidaires, Sud PTT ou Unef) a salué « une très large participation citoyenne » et promis de « continuer, plus déterminés que jamais ».

Pour Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, qui a participé au cortège parisien : « ce n’est pas le camp du désordre comme l’a dit [vendredi] Emmanuel Macron. Au contraire, c’est un pays qui est en train de se rassemblée pour dire au pouvoir actuel, vous ne pouvez pas gouverner tous seuls, vous n’êtes pas plus intelligents que tout le monde. »

Concédant « un peu moins » de manifestants que pour « la fête à Macron » à Paris, Benoît Hamon a cependant estimé samedi soir sur BFMTV qu’il faudrait « sans doute qu’on cherche à diversifier les formes d’action ».

« La marée monte progressivement » et hier « c’était une étape importante », a jugé Alexis Corbière (LFI) sur la même chaîne.

Pour « une autre politique sociale »

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a, lui, qualifié de « finalement assez mince » la mobilisation parisienne, faisant l’hypothèse qu’« un certain nombre » de manifestants potentiels « n’y vont plus parce qu’ils craignent des violences, ou parce qu’ils commencent à voir les premiers effets de la politique menée par ce gouvernement ».

A Paris, des hospitaliers, retraités, chercheurs, salariés d’Air France ou d’Aéroports de Paris, cheminots ont défilé de la gare de l’Est à Bastille. « Macron, méprisant de la République », brocardait une pancarte du PCF représentant Emmanuel Macron en monarque. « Mai 1968, Mai 2018 : 50 fois plus de raisons de se révolter », affichaient des autocollants de Lutte ouvrière.

« Jupiter, on va te faire redescendre sur terre », « Macron usurpateur des voix du peuple de gauche », ou « SNCF mon amour », pouvait-on lire sur des pancartes à Nantes.

Très représentée dans le cortège, la CGT s’est mobilisée pour « une autre politique sociale car la politique pour les riches, ça suffit », selon Philippe Martinez, son secrétaire général. FO, la CFDT, l’Unsa avaient refusé de participer, comme le PS.

Face au gouvernement, « formez ce front populaire dont le peuple a besoin », a exhorté Jean-Luc Mélenchon sur le Vieux-Port à Marseille. Hier, le chef de file de la France Insoumise, a affirmé que « la marée fera des petits », tirant un bilan « fécond » de la mobilisation.

Entre 5.000 et 8.000 personnes, selon la police ou les organisateurs, ont défilé à Toulouse autour d’une pieuvre géante à l’effigie d’Emmanuel Macron.

Par avance, depuis la Russie, Emmanuel Macron avait averti vendredi que la marée humaine, « ça ne nous arrête pas ». « J’écoute les gens en permanence » mais « ça ne veut pas dire être la girouette de l’opinion publique et donc j’assume de ne pas présider à la lumière des sondages ou des manifestations parce qu’on l’a trop fait », a ajouté le président. Et le patron de LREM Christophe Castaner a fustigé samedi sur Twitter certaines attaques symboliques contre Emmanuel Macron.

Les organisateurs doivent se retrouver lundi pour faire le point. De leur côté, les syndicats préparent déjà une nouvelle journée d’action interprofessionnelle.

La Marseillaise, le 28 mai 2018

Le mépris

Depuis la Russie, le président de la République a affiché la couleur dès vendredi : « ceux qui veulent bloquer le pays n’y arriveront pas. Aucun désordre ne m’arrêtera. Le calme reviendra. » Et le Premier ministre Édouard Philippe d’ironiser hier sur « un petit coefficient de marée » en minimisant le nombre de manifestants. Pire, Gérard Collomb n’hésite pas à accuser les manifestants de laisser faire les Black Blocs avant de carrément menacer : « pour pouvoir garder le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion puissent aussi s’opposer aux casseurs, et non pas, par leur passivité, être, d’un certain point de vue, complices de ce qui se passe. »

Mais n’en déplaise à l’exécutif, dans les faits, associations, syndicats et partis politiques ont battu le pavé ensemble pour dénoncer la politique macroniste : de la suppression de 120.000 fonctionnaires, à la hausse de la CSG pour les retraités en passant par la réforme ferroviaire.

Transformer l’essai

Le sondage BVA publié vendredi dernier ne fait que donner encore plus de crédit à la démarche quand « un Français sur deux » estime par ailleurs que l’exécutif n’accorde « pas assez de place au dialogue avec leurs représentants ou avec les syndicats ».

Ce temps fort de samedi a donné également à la gauche, jusque là atomisée, l’occasion de tester sa capacité à se rassembler. Reste désormais à transformer l’essai face au mépris jupitérien. Pour les organisations ayant appelé à manifester samedi, l’heure est au bilan. Mais il va falloir forcément aborder la question stratégique pour faire entendre la voix de « l’intelligence collective. »

Mireille Roubaud (La Marseillaise, le 28 mai 2018)

Ils n’y seront pas et refusent la « collusion » entre syndicats et partis politiques

Temps fort de convergence à l’appel d'une soixantaine organisations, la marée populaire n’a pas réalisé en revanche l’unité syndicale, à la différence du mouvement des cheminots ou de la journée de grève dans la fonction publique de mardi dernier.

Interrogé à l’occasion de son passage à Marseille, François Hommeril, président de la CFE-CGC assure qu’il n’est pas partisan pour autant de la division. « Mais quand il y a contamination du message syndical par les messages des partis politiques, ça nuit à l’efficacité », développe-t-il. « Il faut se mettre à distance du politique, être extraordinairement prudent on ne joue pas sur le même terrain, on ne joue pas le même jeu », insiste-t-il.

Une posture ? Du côté de la CFDT, en tout cas, le même son de cloche se fait entendre. Cyril Jouan son secrétaire départemental, n’y va pas par quatre chemins : « nous ne croyons pas qu’on soit en capacité de fédérer toutes les problématiques du pays pour infléchir la politique du gouvernement ».

Des revendications « salariales et catégorielles »

Néanmoins critique à l’égard du président de la République « qui ne laisse pas de place au corps intermédiaires », il affirme : « Nous ne voulons pas que le syndical soit le supplément d’âme d’un mouvement politique qui a du mal à fédérer autour de lui », ajoute-t- il, considérant que « la collusion entre politique et syndicalisme n’est pas une démarche qui permet d’efficacement défendre les salariés ».

Gilles Prou-Gaillard, secrétaire général de l’UD Unsa affiche la même conviction : « nos revendications sont syndicales et catégorielles. À la SNCF, nous portons les mêmes que les autres organisations syndicales et nous restons unis dans l’intersyndicale face à un gouvernement qui ne lâche rien ». « Notre objectif n’est pas de renverser le gouvernement Macron, les choix politiques sont fait par les citoyens aux élections », résume-t- il. S’il respecte le choix de la CGT de défiler « avec le PCF ou la France insoumise », il insiste : « nous ne ferons jamais ça ».

Croisés à la manifestation de la fonction publique mardi, plusieurs militants FO invoquent quant à eux « la charte d’Amiens » (séparation des partis politiques et des syndicats NDLR) mais s’accordent pour vouloir « bloquer le pays » si Emmanuel Macron continuait à faire la sourde oreille. Reste à trouver les modalités pour additionner toutes les forces qu’il méprise et continuer à construire un rapport de force de nature à infléchir sa politique.

Naïveté ? Idéalisme ? Restons réalistes, exigeons l’impossible.

La Marseillaise, le 28 mai 2018

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