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Alimentation. La santé des enfants sacrifiée sur l’autel des industriels

Sur un sujet aussi consensuel que la santé des enfants, le gouvernement a refusé d’aller –un peu– contre les intérêts des industriels malgré des sollicitations de divers groupes.

Pas d’interdiction des publicités vantant des produits trop gras ou trop sucrés en direction des enfants au motif que cela pourrait pénaliser le secteur audiovisuel car les publicitaires pourraient les abandonner au profit d’internet qui n’est pas gérable à l’échelle nationale. Pas d’obligation de mentionner un label extrêmement simple sur les qualités nutritionnelles -Nutri-Score, testé par des volontaires, affichant des lettres et un code couleur explicite- d’un produit dans une publicité au prétexte que cela pourrait, éventuellement, provoquer une action au niveau européen. Les débats dans le cadre de la loi agriculture et alimentation montre l’étendue de l’hypocrisie gouvernementale.

Hypocrisie car ministre -Stéphane Travert- rapporteurs et afficionados de la majorité ont coloré toutes leurs interventions de « nous sommes d’accord sur le fond ». Comment, effectivement, assumer que l’on ne veut pas lutter contre un fléau qui fait que, en France, un enfant sur six est en surpoids ? Surtout quand un rapport de l’Organisation mondiale de la santé de 2016 a constaté le lien entre l’obé- sité des enfants et la commercialisation d’aliments nocifs pour la santé et de boissons sucrées. Ou que le lien a également été fait entre publicité et surpoids, les enfants exposés à une publicité pour des aliments gras absorbant en moyenne 340 calories de plus par jour.

Aux côtés de l’amendement sur l’interdiction de la publicité porté par le socialiste Guillaume Garot figurent d’autres propositions allant dans le même sens écrites par des députés LR, Insoumis -Loïc Prud’homme qui affirme que le « lavage de cerveau » des jeunes est « un enjeu majeur »- et même la députée LREM d’Aix-en-Provence Anne-Laurence Pétel. Celle-ci ira jusqu’à rappeler à sa majorité que la Stratégie nationale de santé 2018-2022 a un « paragraphe intitulé Promouvoir une alimentation saine ». De son côté, le MoDEM (soutenu par LREM) Richard Ramos a proposé un amendement pour promouvoir le Nutri-Score. Mais si les failles se produisent dans la majorité, elles ne sont pas suffisantes pour enfoncer un coin. Sur les 69 députés ayant participé au vote sur la publicité, cinq députés En Marche et un MoDEM ont voté pour, aux côtés de deux députés insoumis, un communiste et trois Nouvelle Gauche.

Le chœur majoritaire continue de jouer sa partition préférée qui est, quel que soit le sujet, d’éviter « l’inflation de dispositifs » et de miser sur « la bonne volonté des industriels ». Une voix s’est même élevée, révélant tout le cynisme de cadres sup’ ayant endossé le costume de législateur. La LREM Cendra Motin ose en effet un « je considère qu’il ne faut pas déresponsabiliser les parents et je suis plutôt opposée à ces propositions ». Un argument balayé d’un « pas recevable » par le député communiste Sébastien Jumel, « il suffit de regarder les cartes des agences régionales de santé pour mesurer à quel point les problématiques de santé sont corrélées aux indicateurs socio-économiques ».

« Il y a deux écoles, comme toujours » a analysé le député marseillais Jean-Luc Mélenchon, « les uns pensent que par l’incitation et la sollicitation philanthropique, on finit par obtenir des résultats ; les autres, dont nous sommes, pensent que chaque système a sa logique, et que chacun va au plus loin de la performance attendue ».

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 29 mai 2018)

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